André Chouraqui… vision

 

“Il serait illusoire, et à certains égards néfaste, d’imaginer qu’une langue universelle puisse s’imposer à tous mais, dans toutes les langues, il serait nécessaire que des méthodes nouvelles de traduction puissent enrichir le langage de valeurs nouvelles, en harmonisant ses significations globales. A vrai dire, le silence seul peut forger l’unité du langage humain. Seul le silence permet de forcer le mystère de la pluralité des voix intérieures de l’humanité. Une science nouvelle, fondée sur une analyse de la nature du langage, doit dépasser les problèmes posés par Babel et nous rapprocher du jour salvateur où l’humanité aura réintégré dans sa vie réelle les transparences nées du silence. Une humanité nouvelle est en train de naître. Si quelque cataclysme, hélas trop prévisible, n’en anéantit pas les éclosions, elle cherchera à donner lieu à l’utopie aujourd’hui inconcevable où, aux sources du silence, toute traduction paraîtra inutile, de nouveaux types de communication s’étant établis entre les humains.”

 André Chouraqui, réflexion sur le langage

Le revenu de base…

XXX

XX

X

Ca  fait un bout que cette évidence cherche à s’imposer !

La modernisation de l’outil-travail, a condamné un système qui comme tous les précédents étaient au service de l’enrichissement pour le pouvoir de quelques uns.

La masse devant produire, puis consommer… même privée de travail…

 

Le revenu de base ?

Une utopie ?

Un regard qui interroge  notre réalité sociale ?

Je ne crois pas aux solutions dictées par la raison,  mais au pouvoir du regard visionnaire qui nous conduit à remettre en cause, nos certitudes, nos à quoi bon, la force d’inertie dans laquelle la représentation unique nous plonge.

Que ceux, qui perçoivent en esprit, puissent continuer à partager ces visions. Non pour un résultat de perfection, mais pour le travail qui s’accomplit… que nous puissions, de plus en plus nombreux, Voir, et non seulement raisonner notre relation au monde.

X

XX

XXX

 

 

Partage… Krishnamurti

 Peut-être l’ai-je déjà diffusée, cette vidéo, la seule que je connaisse de Krishnamurti parlant en français,  je ne sais plus…

 

J’aime à la retrouver facilement, écouter, c’est à chaque fois un intense moment de partage.

 

“La liberté est un pays sans chemin…”

“Marchons, comme deux amis qui se sentiraient, infiniment concernés par ce qui se passe dans ce monde …”

 

 

*

En huit parties, les six autres à découvrir sur la chaîne de Diane : http://www.youtube.com/user/DIANELIBERTE#p/p.

 

 

*

 

*

 

*

Quand la petite graine quitte le grenier …

 

 

 

 

 

 

 

Quand ma Tristesse est née, je l’ai nourrie avec soin et j’ai veillé sur elle avec ma tendresse amoureuse.

Et ma Tristesse grandit comme toutes les choses vivantes : forte et belle et pleine de merveilleux délices. Et, nous nous sommes aimés, ma Tristesse et moi ; et nous aimâmes le monde qui nous entoure, parce que Tristesse avait un cœur tendre et le mien était tendre avec Tristesse.

Quand nous conversions, ma Tristesse et moi, nos jours étaient ailés et nos nuits remplies de rêves, parce que Tristesse avait un langage éloquent et le mien était éloquent avec Tristesse. Et quand nous chantions ensemble, ma Tristesse et moi, nos voisins s’asseyaient à leurs fenêtres et écoutaient, nos chansons étaient aussi profondes que la mer et nos mélodies pleines d’étranges souvenirs.

Quand nous nous promenions ensemble, ma Tristesse et moi, les gens nous fixaient avec des yeux affectueux et chuchotaient des mots d’une douceur exquise.

Et il y a ceux qui nous regardèrent avec envie, parce que Tristesse était noble, et j’étais fier de Tristesse.

Mais ma Tristesse mourut, comme toute chose vivante ; et seul, je suis réduit à méditer et à réfléchir.

Et, maintenant, quand je parle, mes mots tombent lourdement dans mes oreilles.

Et quand je chante, mes voisins ne viennent plus m’écouter.

Et quand je me promène dans les rues, personne ne me regarde plus.

Dans mon sommeil seulement, j’entends des voix disant avec compassion :

“Regardez, là dort l’homme qui a perdu Tristesse.”

 

Khalil Gibran, Le Fou

L’homme qui marche

 

Extrait de l’Homme qui marche

Christian Bobin

 Le temps qu’il fait

 

 Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit.

 

Ce qu’on sait de lui, on le tient d’un livre. Avec l’oreille un peu plus fine, nous pourrions nous passer de ce livre et recevoir de ses nouvelles en écoutant le chant des particules de sable, soulevées par ses pieds nus. Rien ne se remet de son passage et son passage n’en finit pas.

 

         Ils sont d’abord quatre à écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l’événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille. Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d’avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d’elle-même. Deux mille ans après lui, c’est comme soixante. Il vient de passer et les jardins d’Israël frémissent encore de son passage, comme après une bombe, les ondes brûlantes d’un souffle.

 

         Il va tête nue. La mort, le vent, l’injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas. À croire que ce qui le tourmente n’est rien en regard de ce qu’il espère. À croire que la mort n’est guère plus qu’un vent de sable. À croire que vivre est comme il marche – sans fin.

 

         L’humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous : c’est une des choses que dit cet homme. C’est l’unique chose qu’il cherche à faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l’autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance à cette venue. C’est ce qu’il s’épuise à nous dire, l’homme qui marche : ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire.

 

         Il va droit à la porte de l’humain. Il attend que cette porte s’ouvre. La porte de l’humain, c’est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un. Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient aux déportés de les regarder dans les yeux sous peine de mort immédiate. Celui dont je n’accueille plus le visage – et pour l’accueillir, il faut que je lave mon propre visage de toute matière de puissance – celui-là, je le vide de son humanité et je m’en vide moi-même.

Chögyam Trumgpa

 

« Si je dis que le chaos est ordonné, c’est que notre confusion est méthodique. En d’autres termes, elle est voulue.

Elle est voulue parce que nous décidons de nous évader de nous-mêmes intentionnellement. Nous décidons de boycotter la sagesse et l’éveil. Nous voulons continuer à nous livrer à nos marottes, qui sont passion, agression, et autres choses de ce genre »

Chögyam Trungpa