St Léonard de Noblat

Le 15 Mai 1999

 

Chaque jour, chaque pas, pour se rapprocher de l’essentiel… un corps qui a froid, qui a chaud, qui a faim, qui est fatigué, les sens en alertes. 
Chaque jour, chaque pas, pour se confronter à la folie qui l’habite, à la folie de cette espèce qui cherchant la sécurité dans la production de connu, n’a trouvé qu’une peur grandissante.
En ce jour, elle a cédé à la peur de manquer de nourriture. Les kilomètres, défilant sous ses pieds meurtris, ne traversant aucun village où se ravitailler,  elle s’inquiète. Elle n’a rien mangé, si ce n’est la soupe du soir, restent dix kilomètres pour atteindre Chatenet en Dogon. Qui sait, si elle y trouvera des commerces ouverts…
Le paysage charmant, la petite route qui monte et descend dans un joli cadre de verdure, ne parviennent à distraire l’émotion qui l’étreint. Marcher certes, mais pas le ventre vide ! Le bébé brailleur s’est réveillé, il réclame, son lait, son sein, il ne veut pas de cette incarnation qui fait le manque, il ne veut pas de cette naissance par l’inconnu.

Chatenet a été accueillante : boulangerie, mais aussi superette, boucherie,  église ouverte.Restaurée, elle se dit que ce n’était pas raisonnable, cette panique, qu’il n’y avait pas péril en la demeure.
Et puis, elle lâche le ronron des explications en justification, et sa cohorte de questions creuses.  Elle reprend le chemin d’un pas alerte.

L’après midi touche à sa fin. Où dormir ? Tout est privé, privé de liberté, en cette contrée. Pas un coin qui ne soit barbelé, et ce depuis Manicourt, pays d’élevage. Il reste bien quelques bois mais ils sont accrochés à des pentes raides, il y a bien des rivières mais les berges ne sont pas praticables.
Comme si la nature était en cage, un vrai camp de concentration avec des pics hérissés. La main de l’homme partout, écrasant la sauvagerie en une domestication servile. Et pour finir, c’est lui qui se retrouve en cage…

Je décide de rejoindre St Léonard de Noblat. Arrivée en ville je me renseigne pour un camping. La jeune fille, qui me reçoit au syndicat d’initiative, me donne les indications pour rejoindre le camping, elle me dit de m’y installer, même si celui-ci est fermé. Je lui laisse mon sac, et part découvrir la cité.
St Léonard libère les prisonniers, tous les prisonniers. Marcher sans le sac est vraiment une libération !
Le camping au bord de la Vienne est bien fermé, sans aucune hésitation j’entre et choisi un emplacement.

2 commentaires sur “St Léonard de Noblat

  1. Merci Miche….Pour ce pas de plus …!

    J’ai noté ce passage qui me parle beaucoup :
     » Le bébé brailleur s’est réveillé, il réclame, son lait, son sein, il ne veut pas de cette incarnation qui fait le manque, il ne veut pas de cette naissance par l’inconnu  » …

    Cette illusion de la séparation…nous aura suivi longtemps …!

    Bon weekend chère amie de la Réunion …
    Et pour la ième fois ….lol …. BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2012

    Tendresse
    Manouchka

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  2. michema dit :

    Ce n’est pas une illusion, mon amie, la séparation… Sans elle, pas de vie !
    C’est bien sur ce fil tendu que marche le funambule vivant.

    Douceur de mon île, en plein été austral.
    o))))), merci pour tes voeux !!!!

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