Rencontre…

Le 18 Mai 1999

Le soleil est au rendez-vous ce matin, mais des orages sont prévus. Il faut aller avec cette menace.
Buissière-Galant, un drôle de village coupé en deux par un plan d’eau et son coin de campagne. Entre la queue et la tête, au bord du lac, je pique nique et je mets le linge encore humide à finir de sécher. La scène est plutôt comique, toutes ses frusques étalées sur bancs et tables. A voir la superficie occupée, je me demande comment tout cela peut tenir dans le sac. Mystère du déploiement, nous avons dans le ventre entre 5 à 7 m d’intestin !

 

 

« Si vous aviez compris la souffrance…Vous n’auriez pas tant souffert. »
Ah, ces mots ! Ils auront servi à condamner, ou encore, à sanctifier, esprit duel qui ne cesse d’opposer !
Comprendre qui est prendre en soi, retrouver le chemin du corps, entendre au cœur des molécules le chant des énergies. Voilà bien ce qui doucement, se réveille en elle. Ces mots, elle les entend vibrer quelque chose de cette immensité qui s’ouvre là, mais pas encore assez de force, alors, elle en appelle à plus grand : « Que n’ai-je pas compris ? Viens me dire et me redire. Laisse-moi me reposer près de ton ombre et me réveiller dans ta lumière, s’il te plaît ! »
Après la longue traversée de Buissière-Galant, deux villages reliés par un trait d’union, c’est ce qu’elle se dit,  la route passe sous un pont de chemin de fer. Là où l’ombre et la lumière se touchent encore, une borne : la départementale change de nom, voici la Dordogne.
Quelque chose de franchement différent s’impose d’emblée au marcheur : plus de clôtures, elles ont disparu comme par enchantement, sur les bas côté de la chaussée des fleurs inconnues, blanches, sur de longues tiges. Une sensation d’espace, de liberté, d’apaisement. Cet endroit est il magique ? L’endroit ou le moment, ou les deux à la fois ?
Qu’importe, le cœur s’allège, et un peu plus loin, un coin d’eau et de verdure. Elle l’a trouvé au bout d’un petit chemin, s’y installe, s’y allonge. Non, elle ne s’y endort pas, juste cette suspension du corps et de l’esprit, l’un dans l’autre, c’est si intime… 

 
Les habitants seront-ils aussi accueillants que leur belle campagne ? Pour le moment je traverse une terre inhabitée, la route va, seule.
A St Pierre de Frugie, je les entends mais ne les vois pas. Et ceux que j’aperçois au loin disparaissent à mon approche. Je décide de mettre fin à ce jeu de cache-cache, en franchissant la porte de l’unique café.
Personne, si ce n’est le patron. Il regarde la télé et reprend son activité dés qu’il m’a servie. Je l’interroge sur les possibilités d’hébergement dans la prochaine ville. Il ne sait pas, il me dit qu’il serait possible de camper sur son terrain qui se trouve en face. Je remercie, mais le soleil brille et j’ai encore des forces, j’irai jusqu’à La Coquille.
De gros nuages sont arrivés. Menaçants, ils m’ont accompagnée, traversant avec moi la profonde forêt, entrant en même temps dans la ville.
La Coquille, je suis déçue par l’insignifiance de cet endroit : une côte sans fin, bordée de pavillons proprets, jardins tirés au cordeau, une église en béton, pas une pierre.

C’est qu’elle attendait ici, à cause du nom évoquant la coquille du pèlerin, un lieu de pouvoirs, qui vibrerait à quelques mystères. La voici doublement agacée, à la déception s’ajoute le constat de ces attentes idiotes. Elle se dit que finalement elle se récite des mantras, sans même le savoir, qu’elle en appelle à la liberté, tout en attachant ses pas. Mais pas le temps de s’attarder,  à la boulangerie elle apprend que le camping est encore à plus de deux kilomètres.

On me dit, « C’est pas loin ! »
Les bougres, ils ne marchent pas ceux là, ou bien ils ne sont pas fatigués. Deux kilomètres, en ce moment précis, avec l’orage qui menace, ça ne me fait pas rigoler et le mécontentement grandit.
De grosses gouttes commencent à tomber, le tonnerre se fait entendre et se rapproche. Mais la colère qui gronde en moi fait plus de bruit encore.
Et  la goutte qui fait déborder le vase, j’en vois un qui de loin me regarde crapahuter, et qui rentre se dissimuler dans l’ombre pour continuer à m’observer (des fois que je lui aurais demandé quelque chose !). Ca explose en grands fracas.
Je fulmine contre tous ces…, contre ceux qui passent en voiture et qui s’en foutent pas mal que je risque de prendre la saucée, j’en ai après la terre entière.
J’y vais d’un bon pas, la colère ça donne de l’élan, quand déboule du haut d’une prairie un jeune mouton. Il descend à vive allure vers moi, en bêlant comme un désespéré. Il a quitté le gros du troupeau qui paît là haut sans se préoccuper, ni de l’orage, ni de ce comportement surprenant de l’un des leurs.
Le voici, juste derrière la clôture, il me regarde avec ses grands yeux fendus, ses lamentations prennent une intonation de reproches. Quelque chose comme : « Mais d’où viens-tu ? Tu es en retard, je t’ai attendu tout l’après midi, et avec ce temps qui se gâte… »
Et de lui répondre en accélérant le pas : « Qu’est ce que tu me veux ? Tu vois bien que je n’ai pas le temps, il faut que j’arrive avant la pluie, que je monte la tente avant le déluge. D’abord je ne te connais pas, tu fais erreur sur la personne, désolé ! » Et je file, sans me retourner. Lui continue à m’appeler, et ces appels prennent une intonation de tristesse. Mais je suis loin, mon cœur s’attache encore un peu plus.
Lorsque j’arrive au camping, je fonce sur un homme qui est entrain de tondre la pelouse. J’aboie, vrai, je ne suis pas aimable. Il me répond calmement et m’indique un endroit où je peux m’installer.

La tente est montée, j’ai même pu cuire la soupe et la manger, avant que l’orage ne perce son abcès.
Là, j’ai été battue à plate couture, grand comme ça je ne saurais le faire. Toute la nuit, il a rugi à la tête de son armada : le vent, le tonnerre, les éclairs, et… la pluie.
La rage qui était en moi a cédé, elle a trouvé son maître.  J’ai applaudi à deux mains ce déferlement d’énergie, le spectacle grandiose ne laissant aucune place pour un quelconque triturage de méninge.
Plus rien ne semblait pouvoir calmer la fureur des cieux, alors le spectateur enthousiaste a quitté les lieux, pour laisser place à une attention sans faille, un sentiment d’infini vulnérabilité et de respect.
L’humidité a, peu à peu, pénétré mon antre. Me suis recroquevillée dans un coin un peu sec, à chaque fois que je bougeais, ne serait ce qu’un doigt, de l’eau me dégoulinait dans le cou, sur le visage.
J’ai somnolé dans cette moiteur, sans même envisager que je pourrais quitter ce lieu.
Cette nuit s’ouvrit, alors, sur ce qui n’a de fin, je ne m’appartenais plus, j’étais toute cette démesure, cet ordre parfait.

6 commentaires sur “Rencontre…

  1. bleuemarie dit :

    Toujours surprenant ton récit………..comme ta colère avait devancé celle du ciel……….et la fraicheur de tes souvenirs !

    Bonne journée
    Marie

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  2. Captivant ce chapitre ….

    La tempête intérieure faisant corps avec celle extérieure….dans tous les sens du termes …!
    Une colère bien légitime qu’il fait bon d’extirper ….
    Ça sent la naissance….À quoi ? …À qui ?….Je ne saurais le dire encore …
    Un travail utérin….dans le ventre de Dame Nature …et celui de nos assimilations…

    Pour le mouton, son comportement m’a intrigué, je suis allée voir dans mon dicitonnaire des symboles … » Le mouton peu représenter l’adaptation du principe de César, suivant lequel il faut une vie humaine pour que les dieux acceptent de rendre une vie humaine. C’est un des principes fondamentaux de la transmigration des âmes  »…..

    Voià Miche ….Merci

    Tendresse
    Manouchka

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    • michema dit :

      Nous mettons des mots sur ce qui nous traverse, et puis vient le moment, où nous ne pouvons plus signifier…
      Les animaux nous parlent, c’est bien certain.

      Douce nuit à toi, qui doit être entrain de dormir.
      Je t’embrasse Manouchka

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  3. Drenagoram dit :

    En Résonnance avec les Cieux ,la Colère Grondait sous Couvert ,
    Il a Fallu entendre l’Air , pour voir la Nuit t’ouvrir les Yeux ,
    Sur le Chemin allant vers Dieu , une Claire Conscience est néccessaire ,
    La Foi se Trouve sans la Lumière , Panurge n’aurait pas fait bien mieux.
    ~
    NéO~
    ~
    Becs au Berger

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