Plume d’Éveil – De l’animal et de l’homme (4)

Lorsque les mouvements les plus ordinaires, les regards simples et apparemment vides, lorsque les 500 kg de chair et d’os, toute une organisation de matière quoi, se révèlent dans la lumière d’un jour qui ne finira pas, parce que ne finissent jamais les jours où tu t’es réveillé un peu.

Lorsqu’à cet instant, tout en toi est près de basculer parce qu’une montagne intelligente te perce de lumière, te force à te découvrir à toi-même, car en vérité tu te pensais bien caché et tu l’étais, mais à tes yeux et aux yeux aveugles de tes congénères.

C’est comme un regard d’ange posé sur ta noirceur, et tu sens une porte qui s’entrouvre sous la force de ses doigts, et tu sens la chaleur te remuer les entrailles, et tu sens un peu ce qu’est la vie, ce qu’est la vérité, tu n’en sens qu’un petit bout, mais un petit bout suffit à lancer un incendie.

Tu te découvres tellement pauvre devant son regard tellement démuni, tellement insensé, ce qui signifie : privé de sens. Et tu te sens envahi d’une absolue nécessité, tu ne peux plus te permettre d’être idiot, car c’est indécent, oui, tu te sens envahi d’une implacable nécessité, celle de l’humilité.

Car tu passais devant lui dans ton habit d’arrogance, de supériorité, te disant en dedans : je suis l’homme, il est l’animal, je vais lui apprendre cela.

Mais non ! Tu ne lui apprendras rien ! Il sait déjà tout de toi ! Il sait que tu n’est pas grand chose, qu’un petit tas de chair en vrac qui fait n’importe quoi, n’importe comment, n’importe quand.

Lui vit dans un monde « sacré », les étoiles défilent à grande vitesse et il sait les compter. Lorsqu’il tourne sa tête et regarde, c’est bien pour voir et rien d’autre.

Tu le conduis où tu veux, forçant son pas, t’imposant de ta volonté d’homme, tu le mènes jusqu’à ce passage difficile, ce passage aussi dangereux pour lui que la corde du funambule, et tout s’emballe, tu ne diriges plus rien, tu sens ta mort toute proche, c’est étrange comme dans ces moments-là il est difficile de songer à la mort de l’autre, sentir sa mort toute proche nous sépare encore plus.

Tu lâches tout, comme sous l’effet d’une intelligence sous-terraine, tu t’abandonnes contre tout bon sens, mais en réalité quelque chose sait en toi qu’il n’y a que ça à faire.

Laisse-lui ta vie, il te la rendra bien.

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