Plume d’Eveil – De la perception (18)

– Cette dimension du corps, de la perception des choses, en dehors du mental, montre-t-elle une tout autre réalité ? Cette réalité est-elle tangible, ne laissant aucune incertitude sur son existence ?

 

– Je crois que la réalité du contact physique, nous saute aux yeux par l’effet de nos interprétations egotiques. « L’imagination » peut elle aussi démontrer son pouvoir de création. Toutes les sensations qui explosent en nous dans ces contacts de proximité sont synthétisées de la même manière qu’elles le sont dans nos « rêves » ou dans notre « imaginaire ».

Ce sont les mêmes processus qui se déroulent. Lorsqu’on raconte une histoire à un enfant, il est facile de constater que son corps se met à l’unisson avec ce que vit et ressent son esprit. De même l’homme habité par une passion et une foi intense en son Dieu peut voir surgir dans ses mains ou ses pieds les stigmates de la passion qui passe en son « imaginaire ».

Tu as remarqué que je mettais des guillemets autour du mot « imaginaire » ?

C’est parce que dans mon vocabulaire, ce terme indique une fonction de l’esprit qui s’apparente au sens de la vue. Imaginer c’est voir en soi, voir implique l’image, mais il n’y a aucune connotation ici par rapport à ce terme. Nous aurons sûrement d’autres occasions de nous entendre sur ce mot.

La distance entre très peu comme paramètre décisif de la notion de « réalité ». Si je dis que je te touche, toi qui est si loin physiquement, c’est qu’il est réel pour moi en cet instant que je te touche, dans mon corps cela prend forme en sensations. La netteté de ces sensations dépend de la netteté des images créées par mon esprit, mais c’est exactement ce qui se passe en toute situation, je veux dire avec une personne qui est là juste à côté. Si elle me touche et que mon esprit est sollicité ailleurs, la réalité de son contact est diffuse, partielle, incomplète.

Si pour moi il est réel que je touche, il n’en va pas de même pour toi, car nos esprits ne fonctionnent pas ensemble. C’est ainsi dans tous les cas, et je ne vois pas ce que change réellement la question de la distance. Nous parlons de distance en mètres ici, mais nous pouvons aussi parler de distance en temps.

Sais-tu qu’il m’arrive de toucher ou de sentir des personnes qui ne sont plus de ce monde ? Même parfois des personnes que je n’ai pu connaître, parce qu’elles ont vécu à d’autres siècles. Je ne sens pas de différence réelle dans ces rapports avec ceux de mon quotidien. Je ne veux pas dire que j’entre en contact avec des âmes de disparus, non pas du tout. Le rapport est à sens unique dans ce cas bien-sûr, par l’imagination nous créons. La question : « mais est-ce bien réel ? » n’a pas lieu d’être. Ce rapport est vivant en moi, si je suis vivant il est réel.

Nous nous coupons un doigt, mais si nous sommes sous anesthésie, la douleur est absente. Quelle est la nature réelle de cette blessure ?

Elle est forcément incomplète. La quantité de sang, la sensation, le pouvoir de cicatrisation, le délai de guérison, etc. Tout cela devra compter avec la conscience, donc « l’imaginaire ». La teneur en réalité est amplifiable à l’infini Michelle, voilà ce que je crois.

Cet espace qui s’ouvre entre deux personnes qui commencent à communiquer, et il suffit d’un regard pour communiquer, est l’espace de l’imaginaire.

L’imaginaire est ce qui crée le réel. Tout autour de nous en découle. La vie ne peut éclore sans imaginaire.

Je sais que ça doit te paraître farfelu ce que je dis là, j’ai beaucoup de difficultés à l’expliquer. C’est là que je me sens désespérément extraterrestre (rires). Pourtant tout cela est bien terrestre.

Si les corps ne possédaient que la langue pour se parler, le monde serait bien sombre.

C’est cela et ce n’est pas que cela, parce que le monde a deux visages, celui pour nos sens et l’esprit et celui pour nos cellules. Pour les yeux le plein, pour l’esprit le vide, mais c’est le vide qui contient toute l’énergie, toute l’essence.

Dans le « grand », les corps et encore des corps, dans le « petit » le lien entre les corps, l’onde qui rend les corps au-dedans des autres corps, ici et là, ici dans là. Le passé et le futur dans les mailles d’un présent, mais un présent qui ne se succède pas à un autre présent, ni un autre encore, un présent qui s’éternise en fondant dans tous les temps.

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