Le mensonge

Ma mère devenait infiniment attentive, et présente

Lorsque nous étions malades

C’était une récompense d’être alité avec de la fièvre

Pourtant je n’aimais pas être malade

Je n’aimais pas non plus cette sollicitude passagère

Je regardais cela et c’est ainsi que je compris

Combien la peur de perdre l’objet de désir

Influence les comportements

Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun espoir, alors la colère

Première phase du processus de deuil

Cela n’est pas amour, chantait la voix en moi

 

Surtout ne faire grief à personne

Toutes des victimes innocentes

Du mensonge organisé autour de fragments de vérités

Des rayons de lumière qu’il faut savoir laisser traverser

 

Krishnamurti racontait cette parabole :

Un ange marchait sur le chemin en compagnie du diable

Devant eux, un homme se penche et ramasse un éclat de vérité

L’ange dit au diable : « Vous, voici mal ! »

« Mais non, répond le diable, je vais l’aider à l’organiser. »

 

« Tout ce qui se lie… »

Cela a été dit : « Tout ce qui se lie, se délie Sauf si une intention profonde… »

 On aura cru qu’il était de notre devoir

De vouloir si fort que cela ne se délie pas

Nous aurons oublié que l’intention du monde

N’est pas de notre volonté

 

Mais alors quoi ?

Pourquoi tout ce remue ménage ?

 

S’accorder à ce mouvement profond

Surfer la vague

C’est trouver cet espace de paix, joie tranquille

Si je vois l’évidence, je ne me bats plus contre elle

Sans choix

Dans ce lâcher prise, sensualité illimitée

Le monde est jouissance par-delà le mur

Des convenances

 

Mais alors quoi ?

Pourquoi tout ce remue ménage ?

 

Brusquement… ce n’est pas un nuage gris

C’est le visage d’un enfant qui pleure

C’est tout son corps qui trésaille

De l’horreur

Et son regard vide, posé sur un monde

Hagard de ses incohérences

La jouissance se fait douleur

Les incompréhensions prenant corps

Les mots jetés à la figure

L’arrogance révélée

La beauté jetée en pâture

 

Feuille au vent Voit

Conscience

Discernement

Tout n’est pas à sa juste place !

Les hommes ont dressés des barrages

Sur le fleuve du vivant

Les hommes ont mis le feu aux savanes

Les hommes ont détruit l’âme de la forêt

Les hommes se battent pour des idées

Les hommes piétinent les fleurs sauvages

Je ne peux pas aimer ce désastre

Je ne peux pas me laisser convaincre

 

 Alors …

Aimer ne se suffit plus

S’il ne se marie à la lucidité

L’intelligence ne se suffit pas

Si elle n’épouse  l’amour

 Lorsque ces deux bras se touchent

Et s’enlacent

Le miracle de la vie

Union sacrée en soi

 

 

« Tout ce qui se lie, se délie, sauf si une intention profonde… »

 

 

Le réel …

Quel est donc le visage du réel ?

Nous savons que nos sens nous offrent des représentations variées, ainsi le monde perçu par la pieuvre n’est pas celui du dauphin, ni celui du chien, ni celui de l’homme.

Nous savons que selon l’état de la psyché humaine, il s’offre encore en des colorations qui influencent les actes.

Nous savons que les hommes s’affrontent pour des idées, qui ne sont  que des représentations du réel.

Nous savons que les sciences remettent en cause toutes les certitudes acquises.

 

Le chercheur découvre chaque jour, ses limitations de la vieille…

 

Le sens commun s’insurge devant ce fait : « Comment pourrions-nous vivre sans pouvoir décider et dire le réel, l’opposer à l’illusion, séparer le vrai et le faux ! »

C’est sûr, cela met à mal tous les systèmes de pouvoir qui trouvent leur justification dans l’assertion de vérités concernant le réel, cela nous met tous au même niveau, nous ne pouvons prétendre dire ce que Cela est, juste témoigner d’une subjectivité.

 

C’est ici, même, que s’élève le chant, bruissement d’un monde toujours nouveau, dont la seule loi est amour, mourir et naître d’instant en instant, anéantissant toutes les arrogances.

Toutes les discussions prennent fin, toutes les séparations s’effacent, en cette musique.

Naissance au cœur de la vague…

 

Oui …

Quoi que nous fassions, en tant d’efforts, en compromissions

En cette saison. Position dans le cosmos

De l’hiver dans le nord, et de l’été dans le sud

L’éloignement est si grand …

Que nous ne pouvons que la discorde

Un jour peut être…

Plus que cet indicible qui nous lie

Nous pourrons

Parler doucement,  tout simplement…

 

Assumer nos états d’âme

N’en rendre responsable

Aucune personne, aucune cause

C’est se libérer du poison

De l’éternel remord

 

Oui, tout est là,

Merveilleux jardin …

Je marche, et vois si bien

C’est saisir qui ne va pas

Vouloir garder

Mettre un arrêt

A l’éternel mouvement

 

Rien n’est interdit

Dans la mouvance

Intention …

 

 

 

 

Le silence

On aura pris les choses à l’envers

A partir d’ici chercher un chemin qui conduise là-bas

Cela fait si longtemps que nous procédons ainsi

Taillant avec tant de hargne dans les broussailles

De ce pays qui séparent, là, dans ce monde hostile

A l’amour, au partage, à l’intelligence du cœur

 

On aura pris les choses à l’envers

Se battant contre le laid, l’indifférence, la haine

Et même contre la mort

Il est tellement évident que cette attitude

Qu’elle soit vers l’extérieur, ou contre soi

Est de même nature que celle qu’elle prétend combattre

 

Mais alors ?

Rendre les armes, abandonner tous les combats ?

Si ces mots ne sont pas pour meubler

Écouter …

Non pas en imaginant les conséquences

La pensée ne connait rien de cet état

Écouter…