Ce n’est pas une question de mémoire

 

Je suis aussi amnésique, c’est naturel ça.

 

Oui, c’est curieux, parce qu’en même temps nous sommes attachés à tant de souvenirs, en forme de regrets.

Alors peut être que la place que prend cet encombrement…

 

C’est toujours la même chose, on se rattache aux souvenirs parce qu’on a peur de s’en aller.

Mais ce sont des souvenirs arrangés.

Dans les meilleures mémoires, il y a encore beaucoup trop d’amnésie.

 

Oui, mais écoute, cela occupe une grande place, ces souvenirs en forme de regrets, peut être la place nécessaire à une "juste" mémoire, non ?

 

(Rires…), tu ne vas quand même pas élever la mémoire sur une estrade !

Mémoriser c’est quoi ?

C’est figer !

Et figer, c’est tuer.

Rien ne peut être figé.

Alors je laisse courir, car attraper des papillons c’est tuer mille chenilles et rendre stérile un million de fleurs.

 

Tu as raison, ce n’est donc pas une question de mémoire, c’est une question d’avoir l’esprit libre et vivant.

 

Oui, pour regarder ce qui se présente là devant nous qui ne se représentera pas deux fois.

 

Oui, et ce que je faisais, c’était de me dire chouette, je tiens enfin quelque chose qui prend sens.

Mais cela n’est vrai que dans l’instant.

 

La mémoire ne concerne l’esprit qu’un espace de temps très court, elle n’est pas à stockée dans les cellules de la tête sous forme de souvenirs.

La mémoire concerne l’eau qui est dans nos cellules.

Elle fait son travail en sculptant la future chair de nos enfants et des générations multiples qui viendront.

 

L’esprit n’a pas besoin de se préoccuper de ce travail, cela se fait, c’est ce que tu dis ?

 

Oui.

 

Et lorsqu’il retient, c’est toujours pour une raison égotique, se rassurer, désir de maîtrise, etc.

 

Oui.

 

 

  

Rien n’est grave…

 Comme si tu disais :

 « Tu vois, c’est un jeu, rien n’est grave, sauf si on décide que c’est grave »

 

Oui

 

Oui, rien n’est grave, mais il y a tellement de façons détournées de rendre les choses graves.

 

Oui (sourire)

 

 

Qu’importe le temps que l’on mettra

Le temps n’est que pour la résistance

Qu’on lui oppose

Il fait la désespérance

 

La perfection du monde

Ne se voit pas de cette fenêtre là

 

Elle est en nous

Ce nous qui se délie

 

 

Doucement, glisse, la barque …

 

Travail et laisser être

Cela est t’il ignorance que se laisser travailler par les choses, n’est ce pas cela être feuille au vent ?

 

Non, il ne s’agit pas de se laisser, et tu ne te laisses pas d’ailleurs, heureusement pour toi et moi.

Non, il s’agit d’un choix de dynamique et de réactions.

Je te dis une chose, soit elle te convient et tu dis : je suis d’accord.

Soit tu y vois tout un bouquet de sens possibles te remettant en cause, ou niant ce que tu sais de la vie, etc.

 

C’est cela je crois que j’appelle « se laisser travailler » tout un bouquet de sens me remettant en cause… la vie ne nous remet t’elle pas sans cesse en cause dans ce que nous croyons savoir ?

Je l’accepte de la vie, comme de toi.

 

La vie oui.

 

La vie se dit aussi dans les autres.

Dans la relation, toutes les relations.

 

Aussi.

 

 

 

 

 

 

Responsables et non coupables

La question de la responsabilité, ou autrement dit le « devoir » de répondre de ses actes est inévitable, ineffaçable.

Dans tous les règnes de vie, le devoir de responsabilité est opérant.

C’est incontournable, quelque soit le niveau de conscience, parce qu’on n’est pas perdu sur une île déserte tout simplement.

En fait même ce que je viens de dire est faux, ce devoir opère d’un individu à l’autre, d’un individu à la famille ou l’espèce et d’un individu à lui-même.

Il est impossible de l’extraire de chaque être vivant, serait-ce une fourmi.

Y compris chez les fous à lier, il est encore présent mais défectueux.

Oui, mais lorsque le niveau de conscience est plus élevé, l’acte lui même, n’est t’il pas en parfaite adéquation avec ce qui est, alors qu’à un niveau plus bas, la personne doit s’arrêter pour interroger ses actes ?

 

Parfaite adéquation ??????

Rires

Quelle idéaliste fais-tu !!!

Oui, vouloir que ce soit parfait, en adéquation, avec je ne sais quoi, une idée que l’on se fait, je comprends ce que tu dis.

Alors faut t’il renoncer à faire le mieux, non, n’est ce pas ?

C’est juste au niveau du résultat ?

 

Il faut s’efforcer de faire le mieux mais le mieux n’est pas le mieux. C’est le mieux d’un certain jour, un certain moment.

Le mieux réel est inatteignable.  Est dangereux pour tout le monde celui qui vit dans l’illusion de l’atteindre.

Alors plus de conscience, dans ce cadre là, c’est plus de renoncement, à atteindre la perfection ?

 

Oui

Toujours moins de maîtrise.

 

 

Diable que ça te dérange !!

Non ?

Non, pas vraiment, pas là, mais je suis encore dedans c’est certain.

Il me faut sentir en ma chair et non pas le penser.

 

Oui

Alors sentir, c’est ne pas savoir ce que l’on sent ?

 

C’est voir les quelques grains de sable qui sont restés dans la main quand tu l’a serrée et fait s’échapper tous les autres sans mentir en disant qu’il n’y a plus rien dans ta main, refusant et niant le cadeau que te fait l’âme du monde.

Comment ça refusant le cadeau que te fait l’âme du monde ? A quel moment ce refus ?

 

Ben, c’est en pensant que tout le sable s’en est enfui, tu frottes tes mains laissant tomber les derniers grains, ceux qui sont restés accrochés à ta peau.

En regrettant tous les autres tu rejettes ceux-là, c’est ce que nous faisons tous à chaque instant.

 

Le monde est parfait

Un début de connaissance avouée est sans doute base de sagesse ou d’humilité.

 

Avouée, parce que cette connaissance est « je ne sais rien », humilité pour l’état de celui qui reconnaît « ne rien savoir » ?

 

Oui.

« Je ne sais rien », « feuille au vent », « se laisser être », parlent de la même chose ?

 

Il me semble.

 

Ce qui meut alors la personne, peut t’on dire que c’est l’énergie amour ?

 

Pfffffffff, tu veux vraiment trouver quelque chose à dire sur ce qui peut nous mouvoir.

L’amour est une connerie humaine, Il nous meut pas, c’est nous qui le mouvons.

 

D’accord ne donnons pas de nom et n’en disons rien

Alors parlons de l’état dans lequel est celui qui est mu, pouvons nous ?

 

Oui.

 

C’est un état de grande sensibilité ? Celui-ci fait t’il la personne en état de faiblesse ?

 

Non ce n’est pas un état de grande sensibilité

Sinon, oui, ça nous rendrait faible.

 

Je ne parle pas de sensiblerie, je parle de sentir les choses.

 

Ok, alors oui.

Mais tu sais déjà que la sensibilité ne rend pas faible, au contraire.

 

Elle ne rend pas faible, mais elle fait des remous, parce que sentir c’est aussi sentir la souffrance du monde, des enfants, etc.

 

Non, Ça c’est ressentir.

Sentir ne laisse pas la place à ce genre de comportement.

 

Que se passe-t-il en celui qui se laisse mouvoir devant la souffrance d’autrui ?

 

Il y tombe, s’écrase.

 

Je ne comprends pas… celui qui est feuille au vent s’écrase dans la souffrance d’autrui ?

 

Non, celui qui se meut dans la souffrance d’autrui, ce ne sont pas les mêmes.

 

Ah, mais je ne parlais pas de celui là, je parlais de celui qui est feuille au vent.

 

Non, je crois que tu mélanges, tu prêtes à celui-ci des orientations ou des choix qui n’existent pas.

 

Je me suis mal exprimée, mais je parlais bien de celui qui est sans direction.

Que se passe-t-il en lui, rien ? Cela le traverse ?

 

La joie tranquille de voir que tout est à sa place et qu’il n’y a pas lieu de désirer un dieu bienveillant pour les souffrances de ce monde, c’est « autre ».

 

Tout est à sa place… je n’arrive pas à trouver tout à sa place, peut être formulé autrement… parce que tout à sa place j’entends une justification des souffrances.

 

Le monde et la vie ne peuvent être sans souffrances, comme ils ne peuvent être sans mort, alors si tu vois là une justification, que ça en soit une.

 

Je ne parle pas d’une vie sans souffrance.

Je ne peux pas éprouver de la joie tranquille devant une situation humaine pleine de souffrances, je dis humaine, parce que dans le monde des animaux les choses ne sont pas perverties.

Je ne peux pas dire que tout est à sa place.

Devant la nature je le peux, même si la foudre vient tuer près de moi l’enfant.

Alors, il y a peut être quelque chose, que je ne vois pas, quelque chose qui n’est pas du domaine ordinaire de perception des choses.

 

C’est ton droit.

 

Non, ce n’est pas mon droit, tu crois que je revendique quelque chose.

 

Oui, tu revendiques ton droit à rêver un autre monde, un monde plus juste et plus tendre, et ton combat est là, travailler à faire changer le monde selon ce que tu te le représentes

 

Non, ce n’est pas ce que je fais là, en ce moment même.

 

C’est ce que tu fais tout le temps dame.

 

Écoutes moi, s’il te plaît.

Là, je ne le fais pas, je suis devant un constat et j’essaie de voir.

 

Mais tes désirs et tes empathies t’en empêchent hein ?

 

Je veux voir mes désirs et mes empathies.

 

Tu te places au sein de tes peurs pour voir le monde.

 

Mais non, des choses concrètes.

 

De là le fait que tu entendes de travers ce que je te dis.

Le monde est parfait.

Il n’y a que toi et moi, et les autres qui ne le sommes pas, mais c’est une façon encore de dire que le monde est parfait

Car notre imperfection est le fruit, l’intention de ce monde

C’est parce que nous sommes faibles et sourds que nous sommes imparfaits.

Le monde nous a fait faibles et sourds dans sa perfection pour que tout soit en mouvement.

Le monde lui-même évolue, change, ce qui signifie qu’il est imparfait et son imperfection est la seule manière d’être parfait.

Si nous ne savons accepter cela, il ne nous reste que les regrets et autres ressentiments.

Tout regret et tout ressentiment est un acte de violence envers tout ce qui vit.

La seule façon d’être en amour avec ce monde est de l’aimer tel qu’il est et l’aimer tel qu’il sera.

Ainsi, réellement nous serons en mesure de contribuer en conscience à la perfection de ce monde.

Tout le reste est suffisance.

 

Alors ce que j’appelle sensibilité est encore de la sensiblerie, parce qu’il faut pouvoir même devant la connerie humaine dire « cela est bien », cela participe.

 

Oui, vois-tu une autre façon d’être en harmonie ?

Je sais que ce n’est pas facile, c’est même la chose la plus difficile, tendre la joue droite.

 

Oh, il ne s’agit pas de moi, mais c’est quand même une façon de tendre l’autre joue.

Oui, c’est la chose la plus difficile à faire.

Voir la souffrance dans le regard de l’autre, de celui qui ne peut se défendre.

 

Chaque souffrance a son histoire, refuses-tu de rouler en voiture alors qu’elle tue des milliers de petites filles chaque jour ?

 

J’entends ce que tes mots montrent, et c’est la seule chose que je puisse faire, aujourd’hui.

Que cela est encore arrogance, ça je peux me le dire.

Demain peut être je pourrai dire que ce monde est parfait.

 

Oui

 

Là, dans les yeux de celui-là, je ne le vois pas parfait, voir que ce que mon corps ressent ce n’est pas pour juger de ce monde, pour autre chose sûrement que j’ignore.

 

 

De l’importance des mots

Tu as dit :

« Une importance cruciale, peut-être que rien ne serait sans eux…. »

Tu répondais à la question :

« Faut-il accorder de l’importance aux mots ? »

 

Oui

 

Rien ne se serait sans eux, que veux-tu dire ?

 

C’est ironique, les humains le croient profondément

Suffit de voir tout ce qu’ils basent sur les mots.

 

Mais personne n’aura entendu que tu faisais de l’ironie.

 

Personne n’entend rien de toute façon.

 

Dis moi, n’espères-tu pas malgré tout que quelqu’un entende ?

Espérer, n’est pas le bon mot

 

Sourire, ce n’est pas mon affaire en quelque sorte.

Je traîne dans mes chaussures des graines qui finissent par tomber sur le sol.

Je ne me retourne pas pour voir si elles ont germé.

 

Tu vois ces mots ironiques sur l’importance des mots, je les ai entendus autrement.

Parce que les mots, lorsqu’ils parlent de plusieurs niveaux sont le véhicule de quelque chose d’important.

Et peut être que sans eux, rien ne serait, en tant que graine à germer.

 

Oui, ironique ne signifie pas creux ou stérile.

 

Oui, mais je t’avais posée la question, pourquoi ?

As-tu trouvé cette question inutile, pour me faire cette réponse ?

Ou bien fallait t’il que je puisse laisser les choses se dirent ?

 

Une question n’est jamais totalement inutile dame.

 

Ce n’est pas moi qui te dirais le contraire.

Alors il fallait poser l’acte de ne pas s’arrêter aux mots

Aller au delà, laisser se dire l’intuition…

 

Une oreille fine entend la musique même au milieu du chaos.

Des mains délicates devinent l’objet dans son emballage.

Ainsi il faut marcher dans le monde sans se laisser détourner par les apparences et les pensées parasites.

Voler comme la flèche vers sa cible.

 

 

Se laisser être

Mon silence ne dépend pas de moi, mais de vous… et bien alors entends que je me laisse porter comme plume au vent par vos faits et gestes et que cela est bien quelque soit le résultat. 

 

Tu vois, face au fait que pour toi tout est pareil, je me sens dans l’obligation de comprendre pourquoi pour moi c’est important.

 

Oui, sourires.

 

Je sais que j’ai toujours porté ça… que cela soit possible.

L’essentiel, je le sais là, en moi, partout, et dans la mort y retourner, dans l’oubli de sa personne.

Mais dans ce monde des humains…

 

Le monde est toi d’abord, pas celui des humains ou des rats.

Le monde est toi, c’est toi d’abord qui le fait et c’est cette seule partie là qui doit retenir ton attention.

Le reste est suffisance.

 

Investir la relation est suffisance ?

Oui, porter l’attention à nos actes, il n’y a rien d’autre à faire, mais parmi ces actes, la relation aux autres.

 

La relation,

Est au delà de nos désirs ou souhaits

Au delà de ce que l’on cherche à en faire

Au delà de nos regrets et remords.

 

Alors nul besoin de lui donner de l’importance, elle prend sa place tout seule…

 

Oui.

 

Je suis avec la relation, comme ceux qui pensent qu’ils doivent sauver la planète.

Bon, si j’ai rien à dire, je ne viendrais plus juste parce que je pense que c’est important, je resterai dans le silence.

Celui qui n’a rien à dire est de fait silencieux.

 

Oui, il y a tellement à faire seulement pour se laisser être

Qu’il est bon de ne pas faire de bruit si ce bruit n’est pas nécessaire à se laisser être.