… mais aussi, Faux cotonnier, Couilles du pape, Petite ouate…

Sur un tas destiné au compostage, j’ai ramassé de longues tiges avec ces drôles de boules, légères, gonflées, transparentes on les dirait.

Quel beau bouquet, zen, dépouillé, comme j’aime.

Du vert tendre, quelques boules, chaque jour un peu plus, sont passée au kaki.

Se fendre en deux sous l’impulsion d’un germe blanc sortant d’une coque de grains noirs

Et puis, ce matin…

Que c’est beau !

Éclatement du germe en douces et si légères fibres cotonneuses

Porteuse chacune d’une petite graine noire

Sculpture aérienne, suspension d’un moment, une à une elle s’envole

Qu’un coup de vent vienne à passer, pffffffffffffffffffff

Et là j’ai cherché sur l’internet, et ce que j’ai trouvé

Tant de graines, de formes, de façon d’être dans la relation au monde

Tellement, tellement…

Quelle puissance de création dans la nature !

Incroyable, et puis j’ai trouvé

Boulestrier quel joli nom, approprié.

Passer

Elle est assise sur un tabouret, dans la petite cour, devant la maison. Elle vient de perdre sa voisine, son amie, peut être sa sœur. Je le sais pour être passée en voiture, il y a deux jours. Impossible de doubler, la chaussée est si étroite, un fourgon bloquait le passage. L’un des hommes du village s’est empressé de venir me dire, qu’ici, une dame est morte.

Elle est là, assise, sur le petit tabouret

Le chapeau en paille chouchou 
Orné d’un ruban bleu 
Enfoncé profond jusqu’aux yeux 
Les mains croisées sur ses genoux 
Le corps prostré 
Elle répond à mon salut 
Un léger sourire.
  
C’est la petite fille qui est là 
Assise sur son tabouret 
Et qui pleure silencieuse 
Le départ d’un être aimé 
Qu’on connaissait depuis toujours 
Qui ne sera plus là
Chaque jour. 
  
Plus loin, plus loin encore 
La ligne d’horizon 
Petite fille écoute… 
Mais elle n’entend pas 
Pas encore 
Le jour s’approche 
Dans ce monde agissant. 

Le langage des oiseaux

Partie marcher, les chiens sur mes talons courent devant

Dans cette case, dans la cour de cette case, de grandes volières

Les perruches multicolores et leurs appels

Je ne m’arrête pas, juste ralentir le pas

L’homme est là, dans l’embrasure une tasse à la main

« Elles sont belles, hein, mes perruches ? »

 

Arrêt, je le regarde

« Moi, les oiseaux je ne les aime pas en cage. »

Il est embarrassé, pas parce que je pense cela

Non, parce que je le dis

« Mais, ces oiseaux là sont nés en cage !

– Oui, c’est un peu comme nous quoi »

Il me dévisage.

« Ben oui dans nos têtes nous sommes bel et bien en cage. »

Sûr, il me prend pour une barge…

 

La plainte

Elle est là, assise sur le trottoir, son chapeau en paille chouchou sur la tête, un pansement barrant son font.

Près d’elle un jeune homme qui s’empresse de la quitter me soufflant : « Ça va mal… »

Il fait presque nuit, ce n’est pas prudent de rester ici, une voiture pourrait…

Elle s’en fout, elle ne veut pas rentrer chez elle, elle s’écoule en mots plaintifs, la souffrance n’a pas de pudeur. Elle raconte ce que l’on connaît trop bien.

Avancer coûte que coûte, engranger du grain pour l’hiver, se battre comme il faut le faire, et puis profiter, profiter de ce qui est Notre vie, que ça fait chacun la sienne. Et le temps a passé, les enfants ont grandi et s’en sont allés, tout ce qui donnait sens, ne reste que le vieux compagnon qu’on ne supporte plus, alors lui reprocher ses insuffisances, tous ses manquements, jusqu’au premier, qu’on a rien oublié.

Elle est celle qui voit ce qui ne va plus, les divorces, les maladies, les accidents. Elle regrette ce temps où, la famille ça voulait dire quelque chose tous ces dimanches qui rassemblaient en grands cercles élargis où, trois voir quatre générations vivaient dans le même îlot.

Et puis là, le frère qu’est mort, brutalement comme ça, ouvrant encore plus grand la béance en soi.

 

Écouter… écoulement de tous ces mots, évoquer son dieu qui fait la pluie et le beau temps, et même quand ça arrange le malheur de quelques méchants. Mais en cet instant, il n’a aucun pouvoir, c’est évident.

 

Là voilà qui se redresse, et décide de rentrer, elle ne veut pas que je l’accompagne, sa peine lui suffit.

Dans la nuit, elle s’enfonce, l’obscurité la grignote peu à peu.

 

Voir l’étendu des dégats… ou dans les yeux de Luna

Parlons encore d’évolution, celle de nos modes de vie, de la culture intensive, de la production raisonnée, de la nourriture que nous ingurgitons et nous parlerons de notre niveau de sensibilité.

 

Ne pas confondre la sensibilité et la sensiblerie.
La seconde sert à tenir à bonne distance ce qui pourrait nous toucher, voir nous réveiller.

La première nous met dans un rapport étroit à toute chose, de telle manière que nous sommes en continuelle transformation.

 

Voici un lien : 

http://www.spi0n.com/blog/animaux/torture-de-poussins/

 

La page s’ouvre sur cet avertissement :

 *Âmes sensibles s’abstenir, images choquantes*…

Les âmes sensibles regarderont sans vaciller, l’étendu des dégâts.

 

 

Voici encore un lien :

http://dianeliberte31.spaces.live.com/blog/cns!E872343306C365B3!8296.entry

Il vous conduira sur le blog de Diane, un billet sur une autre insensibilité…

 

Ce monde que nous faisons

 
Ces gens-là…

 

Comme ils traitent la nature, comme ils sont à l’intérieur.

La relation de l’homme à l’animal, est un livre ouvert, où tout se montre à voir.

 

Obliger de passer par la route, les chemins sont inondés par les radiers. Les chiens sont excités par ce changement d’habitude.

Près de la rivière, un cri plaintif…

Un peu plus loin, au bout d’un terrain en friche, une maison. Un chiot, semble en équilibre, de l’autre côté d’une clôture rudimentaire.

Il appelle.

 

Prévenir ces gens, n’entendent t’ils pas ?

Faire le tour, personne.

 

Retourner … Le petit a chuté, je ne vois pas exactement ce qui se passe, mais il est en danger.

Attacher les compagnons…

Il est entrain de s’étrangler, au bout d’un fil à linge…

Il y a là tout près, une chienne attachée à une chaîne, sur le terrain vague qui me regarde approcher. Un husky, « œil bleu-œil marron ». D’autres chiots dans la courette qui jouxte la maison.

 

Hésitation un court instant, avec des points d’interrogation sur la réaction de la mère, et déjà j’ai le chiot dans mes bras.

La corde lui serre tellement le cou, impossible de la faire passer par-dessus la tête, et ils ont fait tant de nœuds !

D’une main, c’est difficile…

Derrière la clôture, deux autres, l’un deux est également empêtré, coincé, gémissant.

 

J’appelle, que l’on vienne m’aider… j’appelle fort… dans ce village ils sont tous sourds, dès qu’il se passe quelque chose.

Celui que j’interpelle, qui passe là-bas sur la route, poursuit son chemin.