Plume d’Éveil, Du chemin (12)

– Tu parles bien du « vouloir » ? Ou veux-tu dire la volonté ?

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– Je parle sûrement de la volonté, « je veux ceci… »

*

– Oui, en effet, la volonté coûte cher, le vouloir enrichit…

Tout ce qui est fait en notre volonté n’est pas fait dans l’accord du monde.

Il y a donc des frictions et des pertes.

Comme lorsqu’on court contre le vent, ou crache aussi, l’image fonctionne bien encore (sourire)…

Ce qui explique tout.

Tout est question de niveau.

La volonté est produite par la personne.

Le vouloir est produit par les profondeurs de l’être. Il est dit souvent que le « vouloir » est produit par le corps.

Ce n’est pas exact, mais ce n’est pas faux non plus…

Et l’intention est produite par l’échange entre l’être et le monde.

*

– Tu as dit, aussi, qu’à chaque niveau de conscience on peut agir…

*

– Oui.

*

– Je ne sais pas encore ce que tu veux dire exactement par agir en chaque état de conscience.

*

– C’est simple, chacun de nos actes et donc chaque production des trois forces ne peut pas rester sans effets.

*

– Les trois forces ?

*

– La volonté, le vouloir et l’intention. Ce n’est pas clair ?

*

– Si, tu dis que forcément l’une de ces trois forces se manifeste sous une forme ou une autre.

*

– Oui.

*

– Considères-tu que la volonté s’exprime encore au niveau de l’inconscient ?

*

– Oui, et elle peut aussi finir par se transformer en « vouloir », car tout ce qui tombe dans « l’inconscient » peut manifester du « vouloir ».

*

– Le vouloir concerne-t-il les manifestations egotiques ? Sert-il la suffisance ?

*

– Non, mais quand un état de fait descend du mental de la personne au mental de l’être, il se légitime du même coup. Par légitime, il faut entendre que les émanations de l’être sont toujours « justes » même quand elles sont incorrectes ou insensées.

Par exemple :

Une femme fait apparaître les stigmates du christ en sa chair à cause de sa foi et dévotion, le vouloir crée ce phénomène et perce des trous saignants aux pieds et aux mains.

Cela est rendu possible parce que le « conscient » de la personne a admis comme « vrai », le fait qu’on ait percé les pieds et les mains du christ.

Mais si les historiens démontrent que non, la crucifixion ne se passait pas ainsi, pas de trous, juste une mort par étouffement due à la pendaison par les mains et donc blocage de la poitrine…

Le fait est que même si le christ est mort noyé, les stigmates seront toujours des trous saignants puisque la source officielle affirme qu’il en est ainsi.

Le Vouloir du corps ne peut être mis en cause, rien ne peut le remettre en cause.

*

– Oui, je comprends, c’est l’esprit qui décide et non le corps.

Plume d’Éveil, Du chemin (11)

– Bon, voilà que vient en première ligne la question de la confiance en soi, je ne vais quand même pas faire comme si je n’entendais pas.

Si le manque de confiance prend forme dans l’éducation que l’on a reçue, je vois son origine bien en deçà.

Notre personnalité repose sur la saisie d’une ego, cette séparation entre le penseur et son objet, « je suis cela qui pense, qui veut, qui agit ».

Comment une chose illusoire pourrait-elle trouver confiance en elle ?

Pourtant, il y en a sur cette terre qui ont grande confiance en eux et même beaucoup d’arrogance dans leur façon d’exister au monde.

Ceux-là font partie des gagnants, des gouverneurs, des oppresseurs, de ceux qui savent pour les autres.

Je n’ai jamais pu faire partie de cette race triomphante.

Manque de confiance ? En aucune façon, je ne peux m’affirmer. Mais pour un projet qui n’est pas le mien, qui s’impose comme une évidence, le doute disparaît, alors la flèche va droit au but.

Aussi, il y a ce qui se passe dans la transformation quand ce qui émane de la personne est amour.

Ah comme tout est facile et sans question, dans cet état ! Mais avant que cela s’installe, il faut faire avec ce poison, comme avec la colère, le désir, la jalousie… Ce sont les portes pour passer de l’autre côté.

*

– Sur cette question de la confiance je me retrouve assez dans tout ce que tu dis (et là c’est un signe de notre ressemblance en esprit).

Que dire de plus ?

Nous ne pouvons (si nous sommes réellement sages) être généreux de cette confiance envers nous-mêmes, seuls les fous ont capturé cette confiance-là.

Je peux dire que j’ai une certaine confiance dans la pureté de mes intentions, bien que cette confiance n’ait jamais été la même tout au long de ces années. Je veux dire que par le passé je devais être plus généreux, ma générosité envers moi n’ayant d’égales que mon arrogance et ma bêtise.

Devenant de plus en plus vigilant et sévère, je peux voir souvent que dans la nature de l’homme est la nature animale brutale.

Si je sens parfois en moi un peu de cette brutalité, un peu de cette egoïté, ou même de ces pulsions, un « champ » survient pour les stopper, par conséquent, l’auto-confiance ne peut être que relative.

Encore une fois je crois que le juste milieu associe une certaine confiance (qui est absence de doute) et une remise en question permanente qui doit s’accompagner d’une totale sérénité face à l’inexistence des certitudes, l’inexistence même de la quête des certitudes.

Ceci est l’état que je maintiens, ou qui se maintient de lui-même.

Avoir confiance en ses intentions ?

C’est surtout de la nature qu’il s’agit. L’ego n’est qu’une image déformée et réduite de ce que nous sommes, il ne nous représente pas. Rien ne peut nous représenter, c’est pourquoi l’emploi du terme « nature » restera imprécis mais tout à fait à ma convenance, car je ne prétends pas vouloir définir l’être.

Michelle, sens-tu ce que je veux signifier là ?

Nous sommes « quelque chose » avant que l’ego se construise, se mette en place, et je ne pense pas que l’éducation qu’on nous applique vienne changer ce quelque chose en profondeur.

C’est pourquoi lorsque je parlais « d’intention », j’évoquais une profondeur de l’être, en deçà du mental, cette chose, je consacre beaucoup de temps à l’observer chez les petits enfants de tout âg

Plume d’Éveil, Du chemin (10)

– C’est un fait que lorsqu’une « volonté intérieure » nous pousse vers la réflexion profonde (pour ne pas prononcer le mot « éveil »), le changement de regard sur chaque chose et nous-mêmes engendre une métamorphose impossible à contrôler, mais ce n’est pas qu’il faille faire quoi que ce soit pour obtenir ce résultat.

Il ne s’agit pas de se dire « nous sommes mauvais, il nous faut changer du tout au tout ».

Nous ne sommes ni bons, ni mauvais, mais quand la nature change les choses, elle les change de telle manière qu’il est impossible de revenir sur ses pas.

Oui, heureusement tout être sait reconnaître ce qui vient de la vérité naturelle.

–Nous ne la reconnaissons pas dans les moments de trouble.

–La nature est toujours là devant nos yeux comme référence.

Ce qui est conditionnement correspond ou se rattache à l’individu ou au groupe ethnique, à sa culture, à ses connaissances relatives, etc.

Ce qui est référence naturelle est universel, et valable pour tous.

– Le conditionnement se présente aussi comme des certitudes.

– Oui surtout, mais combien de temps les certitudes tiennent-elles face au chant de la nature ?

Pas longtemps.

– A condition d’être disponible au chant de la nature.

C’est là qu’il faut être libre.

– Oui.

C’est la condition.

C’est cela le travail.

C’est cela le chemin.

L’attention.

Mais c’est un chemin qui n’est indiqué par personne, il est indiqué par la nature seulement.

Plume d’Éveil, Du chemin (9)

La spiritualité

Lorsque je pense à toi et que ton sourire

S’affiche au-delà de mes yeux.

Lorsque je me souviens le respect

Et l’amour que je te dois

Lorsque je connais le sens de mes mots.
Lorsque je me souviens de la direction de mes pas.
 

 

Lorsque je n’oublie pas que le silence

Est plus grand que mon tapage

Que toute chose à son utilité

Que rien ne vaut moins que moi-même.

 

C’est de la spiritualité.

 


			

Plume d’Éveil, Du chemin (8)

– Nous pensons le monde, cela n’a pas de sens…

 

– Oui, il ne faut pas le penser. Les mots que je dis sont comme des cartes postales qu’on ramène d’un voyage.

 

– Oui, c’est beau une carte postale surtout si elle est bien choisie, mais elle ne dit rien de ville, des gens…

 

– Oui, ce n’est pas ma part. Ma part c’est juste montrer un petit bout. Si l’autre ne se découvre pas le goût du voyage, rien ne sera vrai, et mes mots s’effaceront dans sa mémoire, comme les lettres dessinées dans le sable.

Plume d’Éveil, Du chemin (6)

– As-tu des rêves, Ron, as-tu encore des rêves pour toi, pour ta vie ?

– Je rêve d’une étendue toute verte où l’absinthe et l’armoise se battent pour l’espace, où les parfums des thyms et des menthes sauvages te remplissent le nez lorsque tu foules le sol. Une vaste étendue peuplée d’animaux, de lièvre et de lapins, d’élans ou de chevreuils se cachant dans les bois, parce qu’il faut bien que les bois succèdent aux prairies et les prairies aux bois. Des rivières indomptées et des torrents libres dévalant les vallons.

Je rêve d’espace pour la vie, et de sens pour nos pas, d’humains vivant en petits groupes et nomades, laissant la vie se refaire derrière leurs passages. Je rêve de la disparition des routes et des cités, de la décomposition des bétons.

Plume d’Éveil, Du chemin (5)

– Mais les pièges sont différents de cultures à cultures ?

*

– Non, ce sont les mêmes pour toute l’humanité depuis des centaines de milliers d’années.

Le malentendu qui est entretenu dans ces livres est le malentendu de notre espèce et par conséquent loin d’apporter des solutions pour un passage vers la liberté, il conduit dans le même sens que tous les édifices de nos cultures, de toutes les cultures, c’est à dire vers une prison mentale.

Je veux dénoncer ce fait à ceux qui croient voir dans les livres de Carlos Castaneda un message de liberté. Une illusion qui vient de la nuit des temps, celle qui s’est juxtaposée à la réalité et à la simplicité du monde, par notre refus de ce monde dans son évidence.

Une idée qui est en accord avec nos sens, c’est notre désaccord qui a produit ce monde.

Si stopper le monde est un acte possible, il ne se peut que dans l’acceptation d’un monde inconnaissable et surtout pas en imaginant des mondes qui se chevauchent, s’entassent les uns sur les autres, tout cela parce que nous sommes incapables de nous adapter à ce monde simplement sans religion.

L’idée du chamanisme rejoint les idées de toutes les religions, c’est-à-dire, le fait de nier que la connexion avec notre monde est accomplie dès que nous apparaissons, l’idée qu’il n’y a qu’à respirer pour baigner dans cette connexion.

Plume d’Éveil, Du chemin (4)

– Comment pouvons-nous espérer voir un changement dans ce monde Ron ? L’homme ne se comporte-t-il pas simplement comme un animal ? Les lois de la nature ne lui dictent-elle pas ses comportements ?

Quel avenir montre le bout de son nez dans chacun de nos choix et de nos actes quotidiens ?

*

– Si nous cherchons des solutions naturelles aux problèmes que nos actes naturels créent, nous ne ferons que répéter les actes déjà accomplis par tous ceux qui nous ont précédés.

Et nos actes à nouveau s’inscriront dans un plan où les lois de la nature dictent le besoin de posséder, de consommer, de produire, de défendre notre territoire et nos biens, de nous montrer donc en harmonie, en accord avec les principes « sauvages » de la vie.

Nous nous comportons comme n’importe quelle bactéries ou virus, car « quelque chose » au fond de nous fait que nous croyons en ces lois, que nous croyons impossible d’y échapper.

Nous avons appris que la nature émet des lois et des règles, nous avons appris que cet ensemble de lois maintient un certain équilibre dans ce monde vivant, et finalement notre violence, notre agressivité, qui découlent de nos instincts primaires et de nos peurs s’en trouvent excusées, légitimées.

Supposons un instant que les apparences ne révèlent pas toute la vérité de ce monde, que ce ne soit pas des lois de la nature qui créent ainsi le vivant, mais plutôt que le vivant implique par son attitude les lois que la nature reprend et multiplie dans le monde.

Supposons que l’humain réalise qu’il est dans son pouvoir de modifier ces lois… quelqu’un a dit un jour : « vous êtes des Dieux », et celui-là paraît-il, a marché sur l’eau, triomphé de la mort d’autrui, redonné la vue à des aveugles.

Presque tous ses mots le mettent en marge de ces fameuses lois naturelles. Ne disait-il pas : « ne vous souciez pas du lendemain ! » Mais quelle espèce peut se permettre d’appliquer ce précepte ? Aucune encore à ce que je peux voir !

Il a dit aussi : « n’amassez pas, ne possédez pas ! » Toutes les espèces se battent pour la possession de leur territoire, ou pour tout simplement leur survie.

Cela revient à dire qu’il faut cesser de se battre pour notre propre survie ?

Faut-il entendre que la souffrance est engendrée par le besoin de survivre, l’injustice que l’on ressent devant le spectacle d’un enfant qui meurt de faim ou de froid ?

Faut-il chercher une solution dans une idée irrationnelle ou contre-nature ?

Car il me paraît bien antinaturel de ne plus connaître la peur, tout aussi bien que de marcher sur l’eau, ou de cesser d’avoir besoin de se nourrir.

Plume d’Éveil, Du chemin (3)

– Quelle est la place du « je » dans l’expérience ?

 

– Sujet plein… (Sourires), comme tu vois le « je » est sujet, l’expérience se partage donc entre le sujet et l’objet, c’est-à-dire qu’en toi sont le sujet et l’objet et que chaque expérience vécue l’est pour les deux sans que la forme soit la même pour les deux.

Humm… disons que je visualise un citron à l’instant… il y a le citron jaune dans ma tête… mais je ne vois pas du tout de « je ».

Le « je » est celui qui a identifié le citron pour ce qu’il est, c’est celui qui a plein de choses à dire sur le citron aussi.