Plume d’Eveil – De la perception (21)

– Veux-tu définir la communication dans ce cadre-là ? Dans le langage courant on parle d’un émetteur et d’un récepteur et de l’un à l’autre un message, est-ce la même chose ?

 

– Non, ici il ne s’agit pas de communication entre raison et raison.

C’est souvent confondu avec le vrai phénomène de la perception. Dans ce premier cas, c’est la perception qui engendre la conscience, alors que dans le second cas, c’est la « conscience » qui engendre la perception. Mais la « conscience » n’est pas ce que les hommes nomment la conscience (sans guillemets).

La conscience (avec guillemets) est un champ dont nous ne sommes pas la source c’est un champ cosmique (le chant de la nature par ex). Ce champ exerce des pressions sur nos sens à l’insu de notre intellect le plus souvent tout à fait incapable de gérer la quantité d’informations.

Mais cette quantité varie selon l’activité de l’esprit. Le phénomène de perception augmente lorsque l’agitation des pensées diminue.

 

– Tu as dit : ce champ exerce des pressions sur nos sens, ces pressions font-elles des sensations ?

 

– Non, les sensations sont produites plus tard, lorsque l’esprit récupère les informations qu’il est en mesure de gérer, et ce, d’une manière consciente ou pas.

 

– Donc toutes les informations passent d’abord par l’esprit ?

 

– Celles qui font se former les sensations oui.

Plume d’Eveil – De la perception (20)

– La séparation entre esprit et corps est-elle ?

L’idée même de séparation a-t-elle du sens ?

Pour l’esprit lui-même il ne semble pas que pendant son activité, il soit capable de conceptualiser sans cet aspect séparatif.

Cependant lorsque l’activité de l’esprit est d’une nature plus légère et plus souple, la place au témoin de cette non-séparation se fait sans résistance de sa part.

– Comme une communication possible ?

– Une communication entre ?

– Le corps et l’esprit.

– Non, c’est seulement qu’il « sait », qu’il a admis que la séparation est une illusion dont il est la source. Son comportement n’est plus tyrannique, il sait ne plus être dupe de ces illusions, mais il ne peut pas être perceptif de cette non-séparation.

Il ne peut la connaître, mais il peut la savoir.

– L’esprit comme nous l’entendons là est conscience de… ?

– Oui, conscience dans le sens de « raison ».

– La perception est donc pour le corps ?

– Oui.

– La perception peut-on dire aussi communication ?

– Toute vraie perception est le résultat d’une communication que la raison apprenne à ne pas coller systématiquement une étiquette.

Plume d’Eveil – De la perception (19)

– « Notre outil de communication naturel s’est endormi parce que l’homme n’en a plus voulu. Il n’en a plus voulu parce qu’il le mettait face à lui-même, la fameuse histoire de la genèse. »

Te souviens-tu m’avoir dit ces mots ? J’aimerai que tu me parles de cet outil de communication.

 

– Oui comme les animaux nous possédons une faculté de communiquer qui ne dépend pas du don, des pensées et des mots, mais des sensations seulement.

Il paraît que les indigènes d’Australie n’auraient pas perdu cet usage, je n’en sais rien. Quand nous sommes des enfants, cet outil fonctionne très bien, puis il disparaît au fur et à mesure que le « mental egotique » se développe. Quelque chose en nous qui n’est pas de la raison voit les signes sur le corps (quand le corps est là, devant nous), et nous traduit avec grande exactitude ce que le corps de l’autre dit de sa vie, de sa souffrance et du reste, même quand la bouche dit tout autre chose, souvent le contraire.

Mais ce qui est extraordinaire, c’est de voir toujours cette même faculté œuvrer à distance à condition que les capteurs soient « allumés » en nous. Les ordinateurs ne sont pas à même de se parler si on les débranche, n’est-ce-pas ? Nous aussi nous avons besoin d’être branchés, et c’est notre attention qui nous connecte à la « source » ou au « réseau ».

Tout passe par là, il y a tout ce dont on a besoin, le plus petite de tes sensations est « récupérée » par la source, elle s’envole d’elle-même vers la source, et elle reste là, disponible à celui qui sait trouver le chemin.

Plume d’Eveil – De la perception (18)

– Cette dimension du corps, de la perception des choses, en dehors du mental, montre-t-elle une tout autre réalité ? Cette réalité est-elle tangible, ne laissant aucune incertitude sur son existence ?

 

– Je crois que la réalité du contact physique, nous saute aux yeux par l’effet de nos interprétations egotiques. « L’imagination » peut elle aussi démontrer son pouvoir de création. Toutes les sensations qui explosent en nous dans ces contacts de proximité sont synthétisées de la même manière qu’elles le sont dans nos « rêves » ou dans notre « imaginaire ».

Ce sont les mêmes processus qui se déroulent. Lorsqu’on raconte une histoire à un enfant, il est facile de constater que son corps se met à l’unisson avec ce que vit et ressent son esprit. De même l’homme habité par une passion et une foi intense en son Dieu peut voir surgir dans ses mains ou ses pieds les stigmates de la passion qui passe en son « imaginaire ».

Tu as remarqué que je mettais des guillemets autour du mot « imaginaire » ?

C’est parce que dans mon vocabulaire, ce terme indique une fonction de l’esprit qui s’apparente au sens de la vue. Imaginer c’est voir en soi, voir implique l’image, mais il n’y a aucune connotation ici par rapport à ce terme. Nous aurons sûrement d’autres occasions de nous entendre sur ce mot.

La distance entre très peu comme paramètre décisif de la notion de « réalité ». Si je dis que je te touche, toi qui est si loin physiquement, c’est qu’il est réel pour moi en cet instant que je te touche, dans mon corps cela prend forme en sensations. La netteté de ces sensations dépend de la netteté des images créées par mon esprit, mais c’est exactement ce qui se passe en toute situation, je veux dire avec une personne qui est là juste à côté. Si elle me touche et que mon esprit est sollicité ailleurs, la réalité de son contact est diffuse, partielle, incomplète.

Si pour moi il est réel que je touche, il n’en va pas de même pour toi, car nos esprits ne fonctionnent pas ensemble. C’est ainsi dans tous les cas, et je ne vois pas ce que change réellement la question de la distance. Nous parlons de distance en mètres ici, mais nous pouvons aussi parler de distance en temps.

Sais-tu qu’il m’arrive de toucher ou de sentir des personnes qui ne sont plus de ce monde ? Même parfois des personnes que je n’ai pu connaître, parce qu’elles ont vécu à d’autres siècles. Je ne sens pas de différence réelle dans ces rapports avec ceux de mon quotidien. Je ne veux pas dire que j’entre en contact avec des âmes de disparus, non pas du tout. Le rapport est à sens unique dans ce cas bien-sûr, par l’imagination nous créons. La question : « mais est-ce bien réel ? » n’a pas lieu d’être. Ce rapport est vivant en moi, si je suis vivant il est réel.

Nous nous coupons un doigt, mais si nous sommes sous anesthésie, la douleur est absente. Quelle est la nature réelle de cette blessure ?

Elle est forcément incomplète. La quantité de sang, la sensation, le pouvoir de cicatrisation, le délai de guérison, etc. Tout cela devra compter avec la conscience, donc « l’imaginaire ». La teneur en réalité est amplifiable à l’infini Michelle, voilà ce que je crois.

Cet espace qui s’ouvre entre deux personnes qui commencent à communiquer, et il suffit d’un regard pour communiquer, est l’espace de l’imaginaire.

L’imaginaire est ce qui crée le réel. Tout autour de nous en découle. La vie ne peut éclore sans imaginaire.

Je sais que ça doit te paraître farfelu ce que je dis là, j’ai beaucoup de difficultés à l’expliquer. C’est là que je me sens désespérément extraterrestre (rires). Pourtant tout cela est bien terrestre.

Si les corps ne possédaient que la langue pour se parler, le monde serait bien sombre.

C’est cela et ce n’est pas que cela, parce que le monde a deux visages, celui pour nos sens et l’esprit et celui pour nos cellules. Pour les yeux le plein, pour l’esprit le vide, mais c’est le vide qui contient toute l’énergie, toute l’essence.

Dans le « grand », les corps et encore des corps, dans le « petit » le lien entre les corps, l’onde qui rend les corps au-dedans des autres corps, ici et là, ici dans là. Le passé et le futur dans les mailles d’un présent, mais un présent qui ne se succède pas à un autre présent, ni un autre encore, un présent qui s’éternise en fondant dans tous les temps.

Plume d’Eveil – De la perception (17)

Je ne parle pas de cette pression qui est de l’esprit, mais de celle qui est de la matière, cette pression qui assemble les fibres du bois, les atomes du métal, les vingt-quatre images par seconde du film dont nous sommes incapables de distinguer pour chacune leurs formes, et l’espace vide entre chacune encore.

Imagine une pomme au fond d’un trou dont tu voudrais t’emparer.

Cependant une trappe s’ouvre et se ferme au rythme de 24 mouvements par seconde ne te laissant pas le loisir de passer ta main. Tu discernes à peine le mouvement de la trappe qui trancherait tes doigts si tu osais.

Là tu es sous la pression de ce temps, de ce mouvement, car le temps est indissociable du mouvement, et pour oser te saisir de la pomme tu dois accélérer ton propre mouvement, ce qui revient à ralentir celui de la trappe.

Si la trappe maintenant menait ton mouvement à cent voyages par seconde, tu ne distinguerais plus sa présence, l’orifice te semblerait libre et tu penserais que la pomme est facile à retirer, et pourtant… et pourtant…

Plume d’Eveil – De la perception (15)

– Ce sont les axes forts de la vie qui sont à l’origine du conditionnement, le monde s’adapte à lui-même nécessairement.

 

– Le monde végétal et animal, pour peu qu’on décide de catégories, semble être dans cette adaptation.

Et là, dans ce qui pourrait être une ouverture, cette chose inadaptée qu’est l’humanité.

Comment avons-nous pu échapper au mouvement du vivant ?

 

– L’esprit se trompe d’action tout « simplement », il sépare là où il doit faire fusionner, c’est une anomalie.

Mais à notre échelle nous ne pouvons pas considérer que cette anomalie soit le signe d’une dérive quelconque. Elle doit nécessairement être incluse dans le chemin d’évolution.

Plume d’Eveil – De la perception (14)

– La perception n’est-elle limitée que par la pensée ?

 

– La pensée colle son interprétation en « divisant » la perception en deux, ce qui regarde le conscient et ce qui regarde l’inconscient. Une part intellectuelle et une part physique.

 

– Hors du champ de la pensée, elle ne serait plus la somme de conditions particulières, même pas celles qui sont physiques ?

 

– Oui hors de l’intervention de la pensée elle se réserve pour la matière, ce qui chez moi est une autre façon de dire « pour la conscience ».

 

– Il arrive que le cerveau soit vraiment fatigué pour ne plus voir l’évidence, et même qu’il doute encore d’avoir bien raisonné. Il est vrai, on nous l’a dit et je l’ai expérimenté, le cerveau a d’autres aptitudes que celles que nous utilisons communément. La perception authentique relève donc de ce potentiel encore endormi ?

 

– La perception concerne la dualité corps/mental, j’ai choisi de considérer que la perception globale (car je ne puis traduire authentique) résulte de la qualité de la conscience, ce qui est pont tendu entre les deux parties.

Plume d’Eveil – De la perception (13)

– Intellectuellement j’ai admis depuis longtemps que le monde n’a pas l’apparence que je vois. Mais c’est curieux, il y a quand même une frontière comme une ligne à franchir.

 

– Je ne sais pas pourquoi tu parles de frontières. Il n’y a pas de lignes.

 

– Je sais, mais de là, on dirait qu’il y en a une. Elle est pensée, résistance, et le seul moyen, je le sais, c’est l’ouverture.

Plume d’Eveil – De la perception (12)

Un mystère qui n’est pas

Parler de l’intensité dans notre coeur.

Tendre vers…

Vers l’incommensurable, l’infini

Mais l’infini quoi ?

L’infini « amour »

Qui est naissance dans toute mort

Qui est mort dans toute vie

Une fraction de seconde de mort

Une fraction de seconde de vie.

 

Ce spectacle, nos sens ne le perçoivent pas.

Et pourtant quelque chose, en nous, nous persuade que

c’est là.

Là devant.

Là derrière.

Là tout autour.

Là-dedans.

Nous savons que quelque chose nous échappe.

 

Cela échappe sans échapper puisque nous savons.

Nous savons que trop bien en vérité.

Et ce qui nous perturbe, c’est que nous voulons le nommer.

Parce que pour l’homme, nommer les choses,

C’est les comprendre.