Ces oublis…

Le 29 Mai 1999

Au moment de partir, je m’aperçois que j’ai oublié le bâton au café où j’ai fait un arrêt hier soir. Je vais donc retourner en ville, j’en profiterai pour téléphoner aux enfants.

Tigra, le vieux chat, est mort hier, Fred a du le faire euthanasier : « Man, j’ai pris cette décision tout seul, mais il le fallait. J’ai pleuré. Je suis resté avec lui jusqu’au bout, les yeux dans les yeux. Je l’ai enterré dans le jardin.». Hier, c’était hier…
La maladie s’est déclarée après mon départ et très vite son état s’est aggravé, un abcès dans la gorge l’empêchait de manger et ces derniers jours de respirer.

Nous restions, des heures, sur le coussin, assise dans la position du lotus, toi dans le creux de mes jambes. Nous méditions ensemble, c’est bien certain. Je t’ai parlé de mon départ, je t’ai expliqué que ce n’était pas une question de choix, que je ne pouvais pas t’emmener, te seras-tu senti abandonné ?
Allez grimpe sur mes épaules, mon ami, tout est possible maintenant. Viens, qu’ils viennent tous, nous partons pour Compostelle. Puis nous irons jusqu’au bout du bout, le Finistère, là vous pourrez vous en retourner en paix.

Je quitte la ville, il est midi. J’ai retrouvé le bâton qui n’avait même pas bougé de place.
La traversée des Landes qui commence ici, c’est comme un plongeon, sur la carte j’ai vu les routes tellement droites, tellement. Vrai, la vision de cette rectitude m’effraie…

Les dernières heures sont toujours difficiles. Ce soir, je ne me sens pas assez forte pour du camping sauvage, alors je me renseigne. Pas de camping à proximité, mais il y aurait un gîte à Giscos. Quel genre de gîte ? Qu’importe, le moment n’est pas aux tergiversations, plus aucune pensée ne vient s’interposer.
La maison est cossue, avec interphone, pas du tout le style d’un gîte d’étape. Un monsieur très doux, si calme, me reçoit et m’écoute. Ils sont au complet.
 « Je vais voir », me dit-il. Je m’empresse de faire savoir que je peux planter ma tente sur un bout de terrain si cela ne dérange pas, et vrai ça m’arrangerait bien, j’ai peur de détonner dans ce décor.
Ils me font entrer dans le vestibule, « On trouvera une solution » dit sa femme. Je rappelle que j’ai une tente, que je peux… Laisse toi faire !
Me voici, à nouveau, plongée dans un bain bien chaud, avec de la mousse jusqu’aux oreilles. Elle m’a gentiment poussée jusque là, nous avons traversé la chambre de son fils qui était allongé sur son lit. Cette fois-ci, l’effet « petites bulles » apporte un regain d’énergie. Comme la vie peut être simple et belle !

Le sac n’est plus dans le couloir, déjà dans une chambre qu’on a libérée pour moi. Devant un apéritif, j’apprends les circonstances de cette soirée pas ordinaire. Venaient d’arriver, alors que mes hôtes s’apprêtaient à partir en weekend, deux couples attendus pour la semaine prochaine. J’ai été la cerise sur le gâteau.
Le monsieur très doux est malade, gravement, je le sens. Il y a dans cette maison, un haut niveau de lâcher prise, plus de colère, plus de refus, juste de la disponibilité, celle que l’on s’offre quand on sait que le temps nous est compté.
Autour d’un très bon et copieux repas, les discussions allaient bon train, quand la fatigue m’a contrainte à aller rejoindre Morphée.

Aimer…

Aimer,  est la seule chose qui se puisse

Par delà les distances, toutes !

Chacun y trouvant sa place

Plus de trop, de pas assez

Le champ fleuri de tant de couleurs

 

Voilà !

 

Ta vie qu’est pas la mienne

Là, je la vois, si belle

Et cela fait, la mienne… encore plus belle

Mais déjà, ce n’est plus tout à fait, la mienne…