… mais aussi, Faux cotonnier, Couilles du pape, Petite ouate…

Sur un tas destiné au compostage, j’ai ramassé de longues tiges avec ces drôles de boules, légères, gonflées, transparentes on les dirait.

Quel beau bouquet, zen, dépouillé, comme j’aime.

Du vert tendre, quelques boules, chaque jour un peu plus, sont passée au kaki.

Se fendre en deux sous l’impulsion d’un germe blanc sortant d’une coque de grains noirs

Et puis, ce matin…

Que c’est beau !

Éclatement du germe en douces et si légères fibres cotonneuses

Porteuse chacune d’une petite graine noire

Sculpture aérienne, suspension d’un moment, une à une elle s’envole

Qu’un coup de vent vienne à passer, pffffffffffffffffffff

Et là j’ai cherché sur l’internet, et ce que j’ai trouvé

Tant de graines, de formes, de façon d’être dans la relation au monde

Tellement, tellement…

Quelle puissance de création dans la nature !

Incroyable, et puis j’ai trouvé

Boulestrier quel joli nom, approprié.

Galopade de nuages

Nous avons été avec Maxime, faire cette promenade en haut de la montagne par le chemin rouge, il y avait un silence comme il y a longtemps que je n’avais perçu, comme un écho à autre chose, en ouverture !

Le soleil descendait, ici il se couche vite. Sur l’océan un voile de brume, mais le ciel était clair et les sommets étaient dégagés.

Nous avons décidé de rentrer, et brusquement derrière nous, une galopade de nuages surgis de nul part. En quelques secondes, nous étions encerclés par cette valse pressante, un ciel noir et chargé, nous poursuivant.

Le petit a pris peur, il disait « Les nuages se chargent de pluie ». Il ne comprenait pas ma joie, devant ce spectacle si vivant de la nature.

Nous sommes arrivés juste à temps à la voiture, et l’enfant capricieux et malheureux de l’après midi avait disparu, il était là si doux, si gentil, prévenant, et me disant des choses douces.

Tellement authentique, touché, lui aussi, par l’intensité du vivant.

Pain noir, pain blanc

Le 05 Mai 1999

Au petit matin, la cape laissée dehors, suspendue à une branche du tilleul, était coupée net, un danger aura passé tout près.
Elle a repris la route, et n’y a plus pensé.

« Il vaut mieux manger son pain noir avant son pain blanc ». C’est ce que tu répétais, si souvent, ma tante. L’enfant aimait ces mots, promesse d’une récompense puisque le pain noir nous le mangions, et puis tu les disais avec tellement d’entrain.
Trahison, ma tante, trahison, que cela !
Tout est là, notre résignation à subir, la confusion de nos esprits, la persistance de l’illusion que demain sera meilleur, notre fuite en avant. Sous cette prétendue sagesse, l’arme fatale, celle qui mène du fol espoir à la désespérance. Comme si quelque chose pouvait être définitivement acquis ! Il n’en est rien, pain noir et pain blanc se succèdent dans cet état d’impermanence.
Ainsi, il en va de, marcher, s’arrêter pour se reposer et encore marcher. Inutile de se lamenter devant la route droite à n’en plus finir, se laisser pénétrer par ce rythme lent, ne pas se séparer.
Et puis… ces étincelles : la dame du bistrot n’a pas voulu que je règle le café, comme ça… Comme si ce n’était pas elle et que ce n’était pas moi, comme si quelque chose de définitivement beau pouvait exister, traversant les lois de la nature.

Chateaumailland. Intense émotion devant une vierge du rosaire, une vague qui prend, emporte et redépose, là. L’église est très belle, elle résonne aux battements du cœur.
Au presbytère, elle est accueillie par un père d’une communauté dont elle ne retient pas le nom. Il lui offre du café, de la compote de rhubarbe tellement rafraîchissante. Il lui parle d’une voix douce et chaleureuse, elle ne retient rien de ses mots, tout son être est à l’écoute. Dans une si grande intimité, cet homme la pénètre en quelques « secrets ». Il a proposé le gîte et le couvert, elle a refusé, prétextant qu’il était trop tôt pour s’arrêter. Il lui faut poursuivre son chemin.
 
La ville, je l’ai traversée sans même m’en rendre compte, et me voici dans les faubourgs sans eau, sans pain, sans soupe.
J’ai continué comme ça, jusqu’à 19 h. Arrêt entre Chaume de Bois et Montlévicq. Dans cette campagne, largement ouverte, de champs et de prés, m’en suis allée vers un petit bois qui pourrait offrir quelque abri. Dès que je franchis la lisière une atmosphère lugubre me tombe dessus, ce n’est que désolation en cet endroit sombre, comme si des bêtes féroces avaient dévasté.
De toute manière, le sol y est trop défoncé pour y planter la tente ! Je m’éloigne et monte la toile sur le chemin, espérant qu’aucun engin n’aura besoin de passer par là.

La vue est belle, elle s’étend en lignes courbes, au loin une ferme isolée. Dans la prairie, de jeunes bœufs sont venus se frotter le cuir aux troncs déracinés, puis ont disparu à la tombée de la nuit.
Je suis seule maintenant.