Le soir en rentrant de la ballade
Il y avait ce petit chat dans la cour
Aussitôt sur les talons
Sur le bureau elle s’est installée
C’est une fille
Entre ses petites pattes
Elle prend mon visage
Ce geste…
Nul besoin de ramener le souvenir
Ce geste porte tout en lui.

Les maîtresses de la maison
N’aiment pas, elles s’absentent
Et puis, c’est la nuit
Elles vont chasser.

Dormir…
Un vacarme dans la cuisine
Que se passe-t-il ?
Un chien !
Il grogne alors que j’entre dans la pièce
« Allons bonhomme ! »
Nous nous regardons…
Mon dieu, un pauvre chien
Tout maigre, dépoilé
Autour de son cou une cicatrice
Celle d’une ficelle au bout de laquelle
Il aura été attaché !
Ils font ça ici, je crois que c’est exprès !
Près de la porte ouverte, celle par laquelle il est entré
Il pourrait s’enfuir, ne le fait pas, il me regarde.

Je lui donne à manger
La petite chatte sur les talons
Elle piaille encore et encore
Me retourne, plus de chien 
Ah il sera parti !
Je le retrouve dans la pièce borgne
Celle qui est au milieu de la maison
Couché en boule, près du matelas
« Dors mon gars, on verra ça demain ! »
Bien décidée, à le garder.

Au matin, il a disparu
Je ne l’ai pas revu
Il est passé
Il savait ce qu’il voulait
Il l’a pris
Et a poursuivi son chemin
Bonne route à toi
Petit chien.

La vie, sauvage !

Le petit chat d’un jour

Un jour, sur le chemin de Compostelle, un passage difficile entre France et Espagne, la fatigue d’un voyage à pieds déjà si long, et puis ne pas parler espagnol, et puis la pluie, et puis… l’envie poignante de rentrer à la maison.

La veille il y avait eu Janine, accueillante au gîte de St Jean Pied de Port, c’est fou quand cet espace s’ouvre entre deux personnes ! Je ne montrais ni ma peine, ni ma souffrance, et mes larmes ne coulaient que dans la solitude du chemin, mais j’ai si bien senti tout son corps, recevoir, caresser, consoler, dans le silence, comme si de rien n’était. Ouahhh, ça c’est très fort ! Elle m’avait aussi donner quelques conseils : avec ce temps ne pas aller seule par la montagne, préférer alors la route pour se rendre à Roncesvalles.

J’avais pris rendez-vous avec un petit groupe de filles, mais le matin à l’aube, j’ai attendu en vain, alors j’ai pris la route…

Me suis arrêtée, la frontière passée, sur un parking. Que cet endroit était sale et inhospitalier ! Flaques boueuses tachées d’hydrocarbures, poutres métalliques, rouilles, tout le désastre de la civilisation me pénétrait. Mais il y avait nécessité, un peu me reposer, poser le sac, manger…

J’étais là, assise du bout des fesses, lorsqu’est arrivé un petit chat… doux jésus, il était si maigre, borgne, dépoilé. Ouahhh la vague ! Incommensurable vague, la misère, la souffrance, la peur, je ne pouvais plus y résister, elle m’a emportée comme elle emportait tout en cet endroit, croisement de lignes invisibles…

Puis, j’ai donné à manger à ce pauvre minou, l’ai caressé, lui ai parlé : « Je ne peux pas t’emmener, il faut que j’y aille ». Alors, sans plus me retourner, j’y suis allé.

Le vivant se nourrit du vivant

Là, sortant les chiens… un ciel, de ceux que je nomme ciel vacuité.

Peu à peu les yeux découvrent l’ampleur du processus, la crête des montagnes si nette, les feuilles, les branches vivantes dans cette profondeur, c’est un bruissement lumineux, chaque brin d’herbe s’anime de l’intérieur.

Le corps se meut, sans effort. Il n’y a plus de réelles frontières entre dedans et dehors, ce n’est que transparence. Lorsqu’on présente à cette lumière la main, elle devient diaphane, la ligne rosée de la peau ébauche une forme.

L’acuité visuelle est grande, elle s’éveille à la vibration, voit ce qui tranche sans séparer. L’air plein de cette énergie qui se déverse en tout.

 Absence d’émotions.

Pas de Ho, de Ah, que c’est beau !

 

Ce n’est pas le silence, au plutôt si, le silence est là, au-delà des bruits de la vie qui n’ont pas cessé, au-delà des pensées qui suivent leur train.

Tout est comme à l’habitude, et même l’énervement après ce chien qui n’écoute pas, mais derrière, tout près, le silence en cette intensité.

 

Nous voici sur le chemin du retour, et brusquement Noireau plonge dans le fossé, avec tant de puissance qu’il casse la laisse et là, tout près, un petit chat roux, qu’il tue, en un instant.

Je le vois, qui plonge ses crocs dans le ventre doux du jeune animal…

Hallucinant, dans cette intense lumière qui pénètre tous les corps, ce chien, qui prend sans pitié, la vie en l’autre.

Il s’éloigne avec la victime en sa gueule, puis il revient triomphant déposer à mes pieds cette offrande. Juste, là, dans cette herbe inondée de l’intense lumière.

 

Un homme arrive qui voit la scène et le chat en la gueule du chien, et le chat déposé à mes pieds. Désignant le chaton inerte : « Celui là était là-bas ce matin, je l’ai vu, mais comment a t-il fait pour venir jusqu’ici ? »

 

Moïse sauvé des eaux

 Il a gravi le panier en osier comme il le fait à chaque fois qu’il est en besoin de nourriture, ou de caresses.

Les premiers temps, il est tombé quelques fois, maintenant il a compris et reste juste accroché en haut du panier, lançant le cri qui dit : « Viens j’ai besoin de toi ! »

Là, les chiens m’ont devancée, et Moustique le saisit en sa gueule, le lâche me voyant me précipiter.

Le chaton tombe au sol, et sans bruit, vif comme l’air, il se réfugie sous le meuble.

 Il a compris qu’il y a grand danger pour lui.

C’est là, palpable, l’intelligence en ce petit corps qui fait l’action silencieuse, ce mouvement furtif… droit au but.

Le petit chat est mort

La chaleur avait commencé à monter
Il ne pleuvait plus depuis plusieurs jours
Bien que le ciel fut bas
Ils sont tous rentrés, derrière les portes fermées
Tous les cinq, ils sont là
Glissement…

Devant la maison, là-bas de mes 13 ans
Je suis seule, avec le petit chat
Est-ce celui que le papet avait caché dans la voiture
Une portée qu’il avait découvert trop tard, il n’avait pas eu le courage
On avait dit ça ! de les supprimer. Les parents ne voulaient pas de chat
Aller savoir pourquoi !
Je ne sais plus…

Il fait beau, c’est un printemps
Le pêcher est en fleur
Le chaton joue dans les fleurs
Je ris de le voir si… joyeux
Instant, instant qui fait tout en Un
Une abeille, elle butine
Le petit chat se dresse
Il attrape l’abeille
L’avale.
Entre mes mains
Instant, instant…
Il rend son dernier souffle.