Dans le baiser d’un dernier soleil

A l’horizon s’est ouvert un chemin de lumière

De l’océan à l’infinité du ciel.

Sur le chemin rouge nous avons rencontré la famille tangue

Les petits, le nez levés, humaient

La chatte le nez baissé en faisait de même

Aucune agressivité.

Ils ont disparus dans les fougères et autres herbes

Le soleil a bu le chemin de lumière, l’a emporté de l’autre côté.

Le château de Duras

Le 26 Mai 1999

Réveil à 6 heures, le soleil se lève dans un ciel vacuité. J’aperçois près de ma couche un crapaud. Il est plus apeuré que moi le bougre. Hier, j’ai entendu parler du sort qu’on leur réserve, alors, je m’emploie à le chasser de la véranda. Mais l’animal ne comprend pas, il ne semble pas savoir que je cherche à le sauver, et il résiste là où il lui faudrait prendre la poutre d’escampette. Je n’ose pas y mettre les mains, un crapaud quand même ça doit donner des boutons ! C’est à l’aide d’un balai que je réussis à le remettre en liberté.
Le coup du baiser ? J’ai pas essayé, qu’est ce que je ferai avec un prince charmant dans cette aventure ?

Parfois, comme en ce matin si beau, vrai, elle marche, c’est à peine si elle touche le sol. Le sac n’est plus, alors, un poids sur les épaules qui écrase et tasse, il se dresse droit dans le ciel, et le bâton fend une eau qui chante.
Soudain, à la sortie d’un virage, une horde sauvage. Elle se frotte les yeux, s’arrête, les comptent, ils sont plus d’une dizaine. Certains à petits trots, d’autres au pas, ils avancent sur la route, en toute liberté. Ils la dépassent, un seul corps, encore étourdie par la vision, elle se dit qu’elle ne peut pas rester sans rien faire. Une voiture pourrait arriver à vive allure et ce serait l’accident.
Pas « âme qui vive » à l’horizon, plus loin sur une route adjacente qui serpente un mont, une maison. Elle sonne à la porte, après un long moment une femme vient ouvrir. C’est la sœur du propriétaire, elle prend l’affaire en main.

 

Achats à La Sauvetat du Dropt, l’église était ouverte. Les paysans se pressent pour rentrer les foins, de l’orage est prévu pour ce soir.

J’arrive de bonne heure à Duras. Une nouvelle fois, impossible de trouver la carte IGN. Le camping est fermé. Au château, on me dit que je peux m’y installer, qu’un employé municipal viendra m’ouvrir les sanitaires.
Les tours s’élèvent au ciel, les murailles affrontent les fossés, le camping est là, sur le chemin de ronde.
Il est trop tard pour faire la visite. En « d’autres temps » j’aurais ragé. Je ne pouvais  passer près d’une chose « digne d’intérêt », sans vouloir à tout prix en profiter, pas devenir propriétaire, mais goûter, toucher, découvrir, et cela depuis l’enfance. Je me souviens de moments de frustrations si puissants.
Ce soir, ce n’est pas la fatigue, c’est sans importance, rien ne manque. Le château est là,  avec tous ses secrets. Je crois bien que je les entends se murmurer…

Il y a eu sur le coup de 20 heures, une grande affluence. Le camping c’est aussi le parc public, au moins à cette époque où il est fermé. Les habitants viennent y flâner, et profiter du coucher de soleil. Celui-ci avec son chien, celle là avec mère grand, un petit groupe de familiers papote un peu plus loin, tous sont très surpris de me trouver installée ici. Mais déjà on m’oublie, c’est que ce soir, le couchant n’en finit pas de parer le ciel de pourpres couleurs. Chaque soir… on ne s’habitue pas à tant de beauté.

Dans des rougeoiements enflammant tout le ciel, la terre a basculé du coté de son ombre, elle a plongé inexorablement dans la grande nuit. Le témoin est saisi, ce moment est unique. Il plonge dans ce mouvement de la terre qui n’en finit pas de se tourner vers son ombre, et de sans extirper.
Et puis, au milieu de la nuit, le témoin s’éveille : lune est au zénith, accompagnée de deux sentinelles, l’une d’entre elle tellement lumineuse.