Glissement …

Le 20 Mai 1999

Le réveil est difficile, je traîne. Marie est venue me proposer de partir avec sa fille qui se rend à Périgueux pour un stage. « Merci, Marie, j’irai à pieds. »
La pluie a cessé, mais impossible de s’arrêter, tout est trempé, et il fait froid. Ne pouvant faire de poses, je me fatigue vite. Avancer sur la national n’arrange pas les choses, je ne vois que bitume et véhicules. Où fallait-il aller pour trouver ces chemins de terre et de pierres serpentant à travers monts et vallées ?
Il est 15 heures, aux portes de Thiers. Poursuivre ? Ce serait s’engager pour du camping sauvage et là, je ne le sens pas.
Arrêt au café de la gare, je me renseigne, le camping n’ouvre pas avant Juin. C’est aussi bien ! Une nuit à l’hôtel ? Ca ne serait pas raisonnable. C’est alors qu’une petite lumière clignote, la liste remise par le docteur de Bénévent !
J’ai téléphoné, c’est ok, ce soir vers 19h30, l’association Partage m’accueillera. Trop fatiguée pour partir en visite à travers la ville, je retourne au café, l’esprit tranquille.
La grande salle est déserte, chacun vaque à ses occupations. Une femme âgée tricote, un homme qui pourrait bien être le fils, finit la vaisselle, le chien dort près de la porte. Je sors cahier et stylo.

Nez au vent, quelques pensées en ordre dispersé viennent atterrir sur la feuille, elles sont sans importance. Ce qui se passe avec l’écriture, ce glissement, qui entraîne ailleurs, en d’autres lieux en similitude. Les cafés, elle a toujours aimé, s’assoir dans un coin, en ces atmosphères de bout du monde. Vides ou pleins, ces endroits s’ouvrent toujours sur cet espace vacant en soi.
L’adolescente allait ainsi de port en port, dans la ville de Chartres, retardant le retour à la maison paternel. Elle prenait le dernier train, trichant avec son emploi du temps, séchant parfois les cours, préférant se perdre ainsi dans la ville.
Quand la brume automnale effaçait le connu des rues, elle marchait des heures, atteignait les vieux quartiers derrière la cathédrale, retrouvant d’autres pas, en d’autres cités.
Elle attendait ce moment, où son corps glissait dans les mailles du filet, alors la marche devenait une danse, suspendue dans cet espace infini qui s’ouvrait là.