Plume d’Eveil – De la perception (28)

– Conscience n’est pas connaissance, dans le sens de « savoirs », que dirais-tu sur la conscience qui n’est ni une chose, ni un état ?

Accepterais-tu comme synonyme : clarté, silence, intelligence, totalité, unité ?

 

– La conscience est comme une lumière qui peut transformer toute zone sombre en espace éclairé, juste un faisceau de lampe qui se déplace ou reste immobile.

Nous sommes dans une grande pièce presque toute entière plongée dans le noir, juste une petite place reçoit un peu de lumière diffuse, nous apprenons peu à peu à nous contenter de cet espace que nous considérons comme notre monde connu.

En général nous traversons toute la vie en restant ignorants de notre pouvoir d’élargir le faisceau de la lumière, ainsi toute la maison reste invisitée, hostile, nous ne saurons pas l’habiter. Son obscurité nous tiendra au dehors et nous interdira les titres de propriétés.

 

– Cette maison est notre personne, n’est-ce-pas ?

Tu parles, donc, de connaissance de soi, dans l’instant…

La relation participe de cette connaissance, comme un miroir, qui nous révèle, sans jugement, ni justification.

Au fond la seul chose qui soit importante est que la relation se poursuive, que nos foutues personnes ne parviennent pas à en faire un champ de bataille, ni un désert. Bien sûr, elles parviennent à cela !

 

– Suffit de cesser l’absurdité, et une goutte jaillit du désert, et le silence sur le champ des morts.

La seule chose qui compte est d’être là, en simplicité, en respect, en justesse, en économie de l’autre, sans attendre ni réclamer, car trois mots suffisent dans tous les cas pour se dire ce qui tient en trois mots.

Les choses essentielles, vraies, pures, justes, sans suffisance, toutes ces choses belles et importantes ne tiennent que dans trois mots. Jamais les mêmes sans doute, mais trois mots.

 

– Tu sais, la feuille rencontre le vent et le vent parle à la feuille, la caresse, l’emporte, la dépose ailleurs.

Et bien tout s’est fait, mais, je n’en ai rien ramené, je n’étais pas là.

 

– Et ?

 

– Je suis bien, paisible, pleine d’énergie. Il est donc vrai que là où il se passe quelque chose, on n’y est pas avec la tête ?

 

– Oui, l’esprit est très lent.

 

– Ce n’est pas la première fois que cela arrive, souvent maintenant. Mais je ne pouvais pas reconnaître en cela des moments de … je ne sais pas comment nommer la chose, parce que je n’en sais rien.

Juste qu’après tout est beau et paisible.

 

– De conscience accrue…

 

– Accrue ? Mais ça, je ne sais pas.

Je ne dors pas, c’est sûr.

Pas grave, vivre ce qui se présente…

Toi tu es présent à ces moments de conscience accrue ?

 

– Je suis attentif au-delà de ce que les humains le sont habituellement. Ce qui suffit à me faire apparaître le monde légèrement différent.

Ce qui suffit aussi à me trouver dans des moments plus rares et moins intenses.

Ce qui suffit à me faire accepter un certain nombre de choses.

Ce qui suffit à trouver tout extraordinaire pourtant.

L’esprit est lent, ce qui produit un décalage.

L’attention réduit ce décalage, mais il y aura toujours un décalage.