Plume d’Eveil – De la perception (fin du chapitre)

Tressaillement de l’âme

Dans les lueurs irisées

Prise au piège de son doux rêve

 

Papillon déconcerté

Par le goût, le toucher

Ne plus rien reconnaître

Et ce qui ne se connaît pas

Qu’aucun sens ne peut répertorier…

Les synapses s’affolent

 

S’ouvrir encore,

Plonger en cette vue profonde

Mourir et naître

 

A chaque instant, ce jeu-là se fait

Un court instant que nous ne percevons pas

Parfois…

 

Impossible à dire si cela a duré

Si quelque chose de la personne

A investi ce mystère de la vie

 

Alors, le voile en un chant murmuré

Vibre doucement l’air, là devant les yeux

Devant cette âme plus sage, plus posée.

 

Plume d’Eveil – De la perception (33)

– Le cerveau humain, peut-il, en conscience, faire l’expérience de l’omniscience ? J’entends pas omniscience la connaissance directe ?

 

– T’entends quoi par connaissance directe ?

 

– Je crois, la connaissance sans filtre aucun, sans représentation.

 

– Ça ne peut exister, cela qui dit connaissance dit existence.

C’est qui, qui connaît ? Telle est la question.

Après cette question, il y a une autre question.

Ce qui est dans quelle condition ?

Mais il y a toujours un « qui ».

Ce qui implique une connaissance relative à ce « qui ».

 

– Oui, j’entends ce que tu dis… tant qu’il y a un qui, cela est impossible, le qui est le filtre et en même tant la possible connaissance.

 

– Oui.

 

– Mais tu sais… peut-être dans cet état de conscience si particulier, que tu appelles le lieu sans pitié, où présence et absence sont en même temps… peut-être quelque chose de cet ordre-là ?

 

– Non, chaque état génère son propre système d’alignement, ou d’agencement. Ce qui confirme encore la relativité.

– Pour toi, le fait d’être « vivant » ne se peut qu’à cette condition, c’est ça ?

– Oui.

– Toujours un alignement, réexplique-moi ce que tu entends par alignement.

 

– C’est l’ajustement qui se fait entre les émanations -matrice de toutes les formes- entre les émanations de notre être et celle du monde autour.

 

– Plus l’ajustement est précis, comme l’ajustement de deux pièces mécaniques, plus la conscience est clair, vaste, silencieuse… mais reste toujours un espace… oui, je me souviens tu avais parlé de cet espace, nécessaire pour que la forme soit.

 

– Non, tu ne saisis pas. L’alignement est toujours précis. Il est exactement ce qui peut se produire dans un instant à l’intérieur d’une personne. Il est différent pour chaque personne et pour chaque instant.

 

– C’est donc toujours parfait en tout point.

 

– Ce qui fait que ce qui prend forme ne prend forme que pour une seule personne et pour un instant.

La chose perçue, est le produit de l’alignement, elle est aussi unique pour chacun et chaque instant parce que les choses n’ont pas de formes en vrai. Elles n’en ont qu’à l’intérieur du processus relatif de la perception et ce processus dépend de chaque personne et de chaque instant.

Si les choses avaient une forme bien définie, tout le monde les percevrait de la même façon. Mais c’est faux, tu regardes ton enfant et ce que tu vois est extraordinairement différent de ce que voir ton mari, cependant vous faites abstraction de ces différences, et pourtant les humains s’arrangent pour créer un faisceau qu’ils appellent le « conscient collectif ». C’est-à-dire ce qu’ils peuvent bien partager en conscience, rejetant tout le reste.

Tout le monde est persuadé de voir le même bouquet de fleurs, et pourtant un bouquet de fleur fait parti de la liste des produits du « conscience collectif », mais personne ne voit les couleurs et les formes de la même façon.

Là pour illustrer l’exemple, je cite un fait qui concerne les yeux, mais par tous les canaux de la perception il en va de même.

Et c’est encore plus vrai pour ce qui concerne la conscience profonde, c’est-à-dire celle qui ne passe pas par les tuyaux des sens organiques.

 

– La peur d’être unique, séparé des autres … participe forcément de cette ignorance, et pourtant…

 

– Voir que les choses n’ont pas de formes fait de nous de grands savants (rires). Un grand savant est celui qui sait ne point pouvoir savoir, sait qu’il n’y a rien à savoir puisque tout dépend de notre alignement.

Ce qui est une autre façon de dire que cela dépend de ce que nous voulons bien, ou pouvons bien voir dans l’instant.

Les formes se mettent à notre service personnel et individuel en fonction de ce que nous pouvons, voulons bien voir dans l’instant.

S’éveiller est agir sur ce « pouvons », « voulons » afin que les choses ne soient plus des jouets entre les mains de nos caprices.

 

– Et de nos peurs !

 

– C’est la même chose.

 

– Oui. Ce que tu montres là… je suis en mesure de l’entendre sans que cela dise « non » en moi. Le silence, la méditation, permettra plus encore. Cela rend caduque tous les idéaux, les concepts philosophiques.

Oui, une large porte… encore que là, je crois bien qu’il n’y ait plus de porte du tout (Sourire).

Il faut une bonne assise psychologique pour que d’autres alignements se fassent, n’est-ce-pas ?

 

– Les alignements se font qu’elle que soit l’assise psychologique, ils se font pour tout ce qui vit. Ils se font en plus grand quantité chez l’idiot que chez le sage et plus on est éveillé, moins d’alignement il y a, puisque moins de caprice il y a. Je veux dire que ce n’est pas la quantité des alignements ou celle de la perception qui fait la richesse de notre communication avec le monde.

 

– C’est comme les rêves la nuit.

 

– Oui.

 

– Mais alors moins d’alignements… que deviennent les formes ? Les vois-tu dans leurs aspect illusoire ?

 

– Elles sont plus évanescentes, plus souples, moins prisonnières de nos fantasmes.

 

– Ah, comme lorsque le ciel vacuité fait vibrer les couleurs et les formes ?

 

– Le ciel vacuité (rires) est une chose pour toi. Je conduis ma voiture en ne regardant que très peu, comme je fais tout d’ailleurs.

Les yeux ouverts mais fermés au fond. C’est pareil avec la musique, si bien que lorsque j’entends un morceau, j’entends des tas de choses qui ne sont pas écrites sur la partition de papier, mais dans celle du sang de l’interprète.

 

– Cela est se couper de « la bonne forme, celle qui est attendue, convenue par tous ?

 

– Il n’y a pas de bonne forme, Michelle. Il y a évanouissement des formes.

 

– Je peux te donner l’impression de ne rien comprendre, et forcément que je ne comprends pas vraiment, mais cela fait écho en moi, vraiment.

 

– Oui.

– Nous y croyons à cette forme commune, et même, nous nous battons pour elle, au nom de la patrie. C’est fou !

– Oui.

 

– Bon sang, ça c’est vraiment révolutionnaire.

 

– (Sourire)… C’est la chose la plus vieille du monde aussi.

 

– Oui, révolutionnaire pour nos façons de faire, pas pour le monde, pas pour toi, pas pour les éveillés.

 

– Tu sais que je t’ai déjà dit tout cela hein ?

 

– Oui, je sais, plein, plein de fois, même tu as sûrement fait que ça, en mots, et dans le silence.

 

– Oui (sourire)…

 

– Oui, mais à chaque fois un nouvel alignement.

 

– Mais ton alignement est autre cette fois-ci. (Rires). Et les précédents ont été utiles pour celui-ci, comme ce dernier le sera pour le suivant.

Plume d’Eveil – De la perception (32)

– As-tu des choses à me dire ?

 

– Non.

 

– Alors c’est que tu es dans le silence.

 

– Oui, tout simplement. Tu peux m’en faire sortir si tu veux.

 

– Non, pourquoi t’en faire sortir ? Juste trouver la juste attitude pour que tu puisses exprimer quelque chose de là où tu es.

Lorsqu’on observe le microcosme, lorsqu’on va au plus loin du possible de cette observation, je ne parle pas de conscience là mais bien d’observation (ce sont les scientifiques qui font ça, pour nous seulement ce qu’ils en disent), on arrive à un point qui est le même que lorsqu’on observe le macrocosme, n’est-ce-pas ?

 

– Non.

 

– Ah ?

 

– Le monde a deux facettes, comme nous avons deux cerveaux, les règles, principes, ou lois physiques n’ont pas du tout les mêmes plans, ni les mêmes résultats.

Dans le monde des formes grossières, les lois sont « facilement énonçables », comme « facilement éprouvables ». Ce sont les lois plus ou moins connues, qui restent valables, et fidèles aux observations qui les ont découvertes. Elles sont stables, vérifiables ici ou là, par telle ou telle autre personne.

Selon ces lois, on peut dire qu’un objet a telle masse et prévoir sa trajectoire dans l’espace, si les paramètres nécessaires sont pris en compte. Un objet est blanc, ou bleu, ou vert, etc.

Dans le microcosme, les lois n’ont pas de stabilité. Elles sont si variables qu’elles ne peuvent être retenues comme telles, c’est le monde de la mécanique Quantique.

Un aspect du monde correspond à un aspect de notre cerveau, où les choses sont définissables. L’autre aspect de monde correspond à notre cerveau paradoxale, où il est impossible de définir le réel, un objet est blanc et noir en même temps, ainsi que bleu et vert, et jaune, etc.

Sur le plan de la physique classique un ballon de basket rebondi sur le sol, et la seule réalité pour mes sens est que je ne dois pas le quitter des yeux si je désire m’en saisir. Le ballon n’est donc qu’à un seul endroit à la fois, et tous les autres effets de sa présence, de son déplacement ou de ses rebonds ne sont pas présents dans ma conscience, donc exclus du monde réel, réel pour moi. En fait le ballon est à des milliers d’endroits à la fois, il y a des milliers de ballons et les ondes produites par ses milliers de rebonds ont des effets tout aussi réels. Mais ces aspects de la réalité n’appartenant pas à mon cerveau rationnel sont non-considérés.

 

– Peut-être me suis-je mal exprimée, peut-être aussi que malgré ça tu réponds à ma question. En parlant de macrocosme je voulais parler de cette observation de la formation de l’univers avec ce point théorique « zéro » où rien n’est définissable. Et je faisais le constat que dans les deux dimensions, l’observation arrive à ce point où rien n’est définissable.

 

– Non, tout est définissable dans le monde « réel » parce que justement ce qui fait le monde réel est la définition.

L’autre monde est insaisissable, parce qu’il n’est que le produit de la définition.

 

– Alors nous pourrons dire que le mondé réel naît de l’observation faite par un observateur.

 

– Oui.

 

– La conscience étant l’autre moyen d’entrer en contact avec le monde et là rien n’est définissable ?

 

– Non la conscience entre en contact (c’est une façon de parler car la conscience ne peut pas entrer en contact) avec l’autre monde, pour l’adapter à ses besoins de définir.

 

– Lorsque je parle de conscience, je parle de l’état de silence.

 

– La conscience n’est pas silencieuse comme tu le crois, elle est en effet moins bruyante que la pensée ordinaire, mais elle est encore de la pensée, et il demeure toujours trop de bruits en elle, même lorsqu’il s’agit d’états particulièrement élevés.

Dans le monde de l’autre côté, c’est aussi le monde de l’autre coté de la conscience, on ne peut y entrer avec la conscience, car c’est le monde du « non-faire », donc de la non-pensée, du non-vouloir, du non-conscient.

 

– Aucun acte délibéré ne peut toucher cela, mais il arrive que ?

 

– Non, c’est ton esprit rationnel qui pense qu’il est le sujet qui fait, qui touche, qui approche, qui voit, etc.

L’esprit et tout ce qui est dedans ne font aucun pas vers l’inconnaissable, c’est l’inconnaissable qui s’empare.

 

– Qui s’en empare lorsque le niveau de bruit a baissé ?

 

– Oui, puisque la tension interne s’abaisse, donc la résistance aussi.

 

– Nous savons que nos activités de pensées ordinaires n’utilisent qu’un part infime des capacités du cerveau, est-ce à dire que lorsque « l’inconnaissable » s’exprime de nouvelles connexions se font ?

 

– Oui.

 

– Dans le cerveau ?

 

– Oui.

 

– Et alors de nouvelles possibilités de « définitions » du monde plus larges ? Non pour la définition en tant que telle mais en concomitance avec d’autres comportements plus adéquates ?

 

– Oui aussi. C’est à l’infini que le cerveau peut produire des définitions à partir de ses connexions avec l’inconnaissable. Et ainsi, engendre des nouvelles formes de monde connaissable. Lorsqu’il observe cela d’un point de vue reculé, il appelle ce qu’il voit « nouvelles lois », « nouvelles découvertes », ou alors « nouveau changement du monde », de là, il en déduit qu’il y a « évolution ». Alors que la totalité du monde ne change en rien, il est et a toujours été ce qu’il est. Aucune différence entre un petit point bien condensé, et le même point en expansion. Il n’y a condensation ou expansion, les deux sont dans le même temps, dans le même lieu. C’est notre esprit qui les sépare. La raison est faite pour cela et bien faite.

 

– Le mouvement de la pensée, est-il observable entre ces deux points ?

 

– Il n’y a pas deux points. Observateur et observations sont une unique chose.

 

– Oui, une chose unique, mais on peut observer comme un mouvement… Encore du domaine de l’illusion, c’est ça ?

 

– Oui.

 

– Le cerveau est déjà dans la cellule, je veux dire les « fonctions » ?

 

 

– Oui, absolument.

 

– Dans notre cerveau, un plus grand nombre de connexions possibles ?

 

– Oui, certainement, si l’on se base sur son potentiel imaginatif.

 

– J’allais dire comme l’expansion de l’univers, mais je pense que dire cela est une erreur, c’est encore confondre la définition et l’inconnaissable.

 

– (Sourire), non pas comme l’univers. La matière est stable en quantité, rien de plus, rien de moins. Le cerveau lui est un organe définissable et pesable. Sa quantité et sa masse peuvent augmenter ou diminuer, comme celle de n’importe quel autre organe.

 

– Lorsque le cerveau, le mien, travaille ainsi avec le tien, que se passe-t-il ?

 

– Nous « partageons » (Rires), ce qui signifie que nous multiplions des champs de connexions. J’adopte certains plans qui t’appartiennent, et tu fais de même.

 

– Oui, et cela se fait par nos « différences » de compétence, dans un mouvement d’ouverture à l’autre ?

 

– Oui et lorsque je dis ces mots de nouvelles connexions se créent immédiatement. Plus les mots sont bien ciselés, et plus les connexions sont propres et productives.

Plume d’Eveil – De la perception (31)

– Ce n’est pas facile de parler de l’espace car la raison s’en empare aussitôt et tu aimerais savoir si l’espace est indépendant de ces forces, s’il est un en lui-même.

 

– Non, il en est dépendant, pour moi, il résulte du temps en tant qu’énergie.

 

– Peut-être…

 

– Peut-être, une autre façon de voir, un autre plan pour une même chose.

 

– Méfions-nous, parler de l’espace est un piège pour l’esprit.

 

Pourquoi un piège ?

 

– Parce qu’il faut utiliser des concepts et que l’espace dépasse tous les concepts.

 

– Mais la vie, le temps, l’énergie aussi.

 

– Non, la vie est mouvement, elle se perçoit. Le temps est une force, il se vit et se ressent.

 

– Mais l’espace aussi se perçoit dans le déplacement.

 

– Non, tu confonds la place et l’espace. Dans une salle de danse, il y a de la place, et de l’espace.

La place est un concept, l’homme peut la produire, il lui suffit de construire quatre murs et il crée la place entre ces quatre murs, puis il peut remplir de meubles la place et la faire diminuer. Plus il met d’objets dans la place qui est entre les quatre murs, plus il diminue la place. Mais il ne voit pas l’espace, ni il le produit, ni il ne peut le diminuer, ni le faire accroître.

 

– Et la vie, tu dis que c’est un concept !

 

– Non, j’ai dit qu’elle pouvait être conceptualisées parce qu’on la voit, on ne voit pas l’espace. Mais le concept n’est pas la chose, juste une représentation.

 

– Bien sûr, mais une représentation qui a son utilité puisque c’est la forme qu’elle prend dans notre raison.

 

– Oui, si nous voyons bien que cela n’est pas la réalité.

 

– Mais pourquoi ne pouvons-nous pas faire la même chose avec l’espace ?

 

–  Je te l’ai dit l’espace ne passe pas par les sens qui sont les outils de la raison.

 Il ne passe que par l’infiniment petit de nos cellules.

Plume d’Eveil – De la perception (30)

– Tous les temps… tu m’en as souvent parlés. Cela reste un mystère, et pourtant je dis « Oui, je sais, cela ». Tous les temps, comme en l’arc-en-ciel, aussi les strates de la terre…

 

– Quand tu sens le vent, tu ne sens pas qu’un vent, un vent unique avec ses particularités, tu sens toute une quantité de vents dans le même instant.

Mais ton esprit n’est pas capable de les distinguer.

Alors tantôt il pense : qu’il est fort ce vent, ou qu’il est doux, ou qu’il est irrégulier, ou qu’il est entêtant, bruyant, etc.

Mille facettes du même vent que ton esprit rangera sur une même ligne parce qu’il ne peut que les traiter séparément.

 

– Ah, mais le vent est une image ? Parce que le vent violent n’a pas le même effet que la nature que celui qui est léger.

 

– Les effets sont tous là dans le même temps, mais nous choisissons de retenir ceux qui nous arrangent.

 

– Mais il y a un consensus parce que nous sentons tous le même.

 

– Non, c’est faux.

 

– Je veux dire que tous parlent et voient le cyclone.

 

– Pas plus que l’eau n’a le même goût pour chacun de nous.

Non, le cyclone, tous en retiendront ce que l’esprit collectif a choisi de retenir. Le consensus n’est rien d’autre qu’un arrangement qui exclut le reste.

 

– Un seul fait, et des multitudes de perceptions ?

 

– Non, des multitudes de faits également.

Ceux que la multitude d’esprits se bornera à qualifier de réels et les autres que le consensus général écartera.

Plume d’Eveil – De la perception (29)

– Tout le monde émet et reçoit ?

 

– Si ce n’était pas le cas, toutes ces générations qui ont participé à construire de monde aussi creux et dangereux d’incohérence n’y seraient pas parvenues.

 

– Oui, donc la déformation va aussi loin que ça ?

Évidemment ! Tout le dit.

 

– Mais n’oublie pas que toute déformation, tout travers, toute déviance ou anomalie que nous pouvons constater et souvent regretter, ne sont rendues possible que par « l’intention du monde ».

 

– Mais l’intention du monde est aussi qu’autre chose se fasse, non ?

 

– Oui, mais rien d’autre que sa « volonté » (intention) ne se fera.

 

– Mais, on ne peut pas dire que l’intention du monde soit ce monde incohérent ?

 

– (Sourires), ce monde incohérent qui semble voguer comme un bateau ivre n’est pas une finalité. Ce doit être un passage obligé vers une île meilleure…

 

– Obligé comme le sont nos erreurs, nos résistances, mais qu’on pourrait faire autrement ? Obligé parce que cela est ?

Quand je suis venue vers toi, après des moments de crise et je t’ai posé quelque fois la question et tu m’as répondu, « oui, on peut toujours faire autrement, mais c’était utile »…

Pour ce monde, résultat de nos échanges, c’est donc pareil ?

 

– Oui, toutes nos erreurs sont le fruit de nos faiblesses, et si nos faiblesses ne produisaient pas ces erreurs, il n’y aurait pas de changement.

Nous ne pourrions pas « comprendre ».

 

– Je suis d’accord, l’intention n’est pas ce monde-là, et nous devons voir et changer.

 

– Oui.

 

– Donc l’intention du monde entre en contact avec toutes ces intentions peu profondes et brouillonnes, mais il ne peut d’un coup de baguette changer tout ça. Cela veut dire que l’humain a un rôle « important » qu’il ignore.

 

– Je crois que son rôle n’est pas plus important que ceux des autres espèces.

 

– Les autres espèces semblent ne pas être perturbatrices.

 

– Oui tu as raison dans ce sens-là, mais je crois pas réellement à cet aspect destructeur et négatif. Cela est ressenti ainsi par nous qui ne pouvons connaître la portée de tout ce qui est en mouvement.

 

– Oui, tu as raison, je ne suis pas en mesure de connaître ce qui en résulte pour l’humanité tout entière. Je vois ce qui ne va pas et c’est bien, cela me booste à changer.

Peut-on prolonger cette réflexion, en se demandant pourquoi nous ne parvenons pas à être suffisamment marqués par ces instants de lucidité en un changement profond ?

Pourquoi certains n’y accèdent pas du tout ?

 

– Parce que l’amnésie est un processus inhérent de la vie, elle veut que nous oublions, que nos blessures cicatrisent et que nous n’en soyons pas traumatisés longtemps.

Il en est ainsi de notre conscience, elle est éphémère, mais son temps de vie n’est pas trop court pour nos cellules, elles savent l’utiliser. Pendant ce « temps  de conscience » ce qui a été perçu va se cristalliser sous la forme des émotions. Et de forme en forme se construit un message qui a un sens pour les petites parties actives de nos êtres, qui se grave dans nos gênes. Le reste n’intéresse que l’ego.

Plume d’Eveil – De la perception (28)

– Conscience n’est pas connaissance, dans le sens de « savoirs », que dirais-tu sur la conscience qui n’est ni une chose, ni un état ?

Accepterais-tu comme synonyme : clarté, silence, intelligence, totalité, unité ?

 

– La conscience est comme une lumière qui peut transformer toute zone sombre en espace éclairé, juste un faisceau de lampe qui se déplace ou reste immobile.

Nous sommes dans une grande pièce presque toute entière plongée dans le noir, juste une petite place reçoit un peu de lumière diffuse, nous apprenons peu à peu à nous contenter de cet espace que nous considérons comme notre monde connu.

En général nous traversons toute la vie en restant ignorants de notre pouvoir d’élargir le faisceau de la lumière, ainsi toute la maison reste invisitée, hostile, nous ne saurons pas l’habiter. Son obscurité nous tiendra au dehors et nous interdira les titres de propriétés.

 

– Cette maison est notre personne, n’est-ce-pas ?

Tu parles, donc, de connaissance de soi, dans l’instant…

La relation participe de cette connaissance, comme un miroir, qui nous révèle, sans jugement, ni justification.

Au fond la seul chose qui soit importante est que la relation se poursuive, que nos foutues personnes ne parviennent pas à en faire un champ de bataille, ni un désert. Bien sûr, elles parviennent à cela !

 

– Suffit de cesser l’absurdité, et une goutte jaillit du désert, et le silence sur le champ des morts.

La seule chose qui compte est d’être là, en simplicité, en respect, en justesse, en économie de l’autre, sans attendre ni réclamer, car trois mots suffisent dans tous les cas pour se dire ce qui tient en trois mots.

Les choses essentielles, vraies, pures, justes, sans suffisance, toutes ces choses belles et importantes ne tiennent que dans trois mots. Jamais les mêmes sans doute, mais trois mots.

 

– Tu sais, la feuille rencontre le vent et le vent parle à la feuille, la caresse, l’emporte, la dépose ailleurs.

Et bien tout s’est fait, mais, je n’en ai rien ramené, je n’étais pas là.

 

– Et ?

 

– Je suis bien, paisible, pleine d’énergie. Il est donc vrai que là où il se passe quelque chose, on n’y est pas avec la tête ?

 

– Oui, l’esprit est très lent.

 

– Ce n’est pas la première fois que cela arrive, souvent maintenant. Mais je ne pouvais pas reconnaître en cela des moments de … je ne sais pas comment nommer la chose, parce que je n’en sais rien.

Juste qu’après tout est beau et paisible.

 

– De conscience accrue…

 

– Accrue ? Mais ça, je ne sais pas.

Je ne dors pas, c’est sûr.

Pas grave, vivre ce qui se présente…

Toi tu es présent à ces moments de conscience accrue ?

 

– Je suis attentif au-delà de ce que les humains le sont habituellement. Ce qui suffit à me faire apparaître le monde légèrement différent.

Ce qui suffit aussi à me trouver dans des moments plus rares et moins intenses.

Ce qui suffit à me faire accepter un certain nombre de choses.

Ce qui suffit à trouver tout extraordinaire pourtant.

L’esprit est lent, ce qui produit un décalage.

L’attention réduit ce décalage, mais il y aura toujours un décalage.

Plume d’Eveil – De la perception (27)

– Peux-tu me reparler du niveau de conscience dans lequel se trouve ce silence que tu rejoins dès que tu le peux ?

 

– Aujourd’hui ce silence me rejoint dès que je ne lui oppose pas de résistance. Mais ce ne fut pas toujours ainsi, je devais développer de l’énergie pour stopper mes pensées, les réduire plus précisément, c’est presque le contraire maintenant. Le processus est donc naturel, spontané.

Je me refusais d’être distrait, je voulais tout attraper au vol, ainsi, j’ai vite compris que la solution était dans la concentration, le temps de l’attention que j’allais accorder à chaque objet qui volait vers moi. Ce temps devait être intense mais aussi court que celui de la vie d’une étincelle. Ceux qui allaient trop vite, et que je sentais ne pas pouvoir saisir je devais les lâcher des yeux et de l’esprit au plus vite, sinon les échecs allaient se choquer les uns après les autres comme le voitures dans un carambolage.

A force de répéter ce mouvement alterné « d’attention » et de « lâcher prise », mouvement que j’appliquais en continuité jusque dans mon sommeil, le processus de la pensée s’est inversé. Je pensais trop, énormément, et maintenant penser me demande un effort certain, remonter un simple souvenir est une action difficile. Cette attitude ne représente pas en elle-même un état de conscience, mais elle rend plus accessible tous les états de conscience.

Le silence est disponibilité au vivant et donc à l’expérience.

Plume d’Eveil – De la perception (26)

– Quand brusquement une part de « moi » redevient vivante, alors même que je l’avais oubliée, est-ce aussi un autre niveau de conscience ?

 

– Oui, mais les pensées se rajoutent par-dessus ta perception dans un processus difficile à stopper, « stopper le monde » des pensées est une grande œuvre, un art.

C’est « stopper le monde » que l’on fabrique par nos automatismes pour laisser grandir dans les sensations les échos de notre « connaissance silencieuse », échos vivant et endormis qui s’alignent selon notre vacuité au spectacle de la vie. Le vivant s’adresse au vivant qui nous habite lorsque la pensée ne lui fait pas obstacle.

 

– Quand des sensations très fortes me traversent le corps, sans qu’aucune pensée ne se manifeste, s’agit-il d’émotion ?

 

– Il y a deux origines aux sensations.

Les sensations sont ordonnées par la rencontre de notre vie interne avec la vie qui s’exprime tout autour. Mais nos pensées ont le moyen de synthétiser des tas d’émotions différentes, par conséquent ces émotions sont capables de générer elles aussi des sensations. Donc, la sensation est une validation de ces deux processus, il reste à savoir identifier ce qui les a générées, les pensées ou la « connaissance ».

Plume d’Eveil – De la perception (25)

– Dis-moi, lorsque le corps retrouve la perception, dans toutes ses sensations, cela se peut-il que l’esprit s’égare ?

 

– L’esprit s’égare souvent tu sais. Et je ne saisis pas tout le sens de ta question. « Lorsque le corps retrouve la perception, dans toutes ses sensations » Que veux-tu dire ?

 

– Je veux dire que lorsqu’on vit coupé du monde, quand on est dans cet état moribond, les sensations, on les cherche, mais il y en a fort peu. On fait tout un cirque pour se sentir vivre.

 

– Oui.

 

– Donc quand cela redevient vivant en soi. C’est quelque chose ! Cela m’a troublée, c’était difficile de vivre ça simplement, d’où ma question : peut-on dans ce réveil, s’égarer ?

 

– Moins sans doute mais dès qu’on cogite, on s’éloigne.

 

– Oui, mais je crois que ça cogite aussi au niveau de l’inconscient, ou encore ça rentre en écho avec des informations à ce niveau-là ?

 

– Oui.