Du guerrier et de la conscience (9)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Dans le « non-faire » qui est l’opposé de toute action, c’est la participation d’un monde en toi, « tu » ne penses plus, « tu » ne sens plus, c’est le monde qui pense et sent en toi.

 

– Ça je connais. Sur le chemin de Compostelle, je baignais dans quelque chose de cet ordre-là, et c’est cette mouvance qui m’avait fait partir, presque du jour au lendemain. Avant, tout était toujours très compliqué, je pensais trop, dans la peur de ce qui pourrait arriver…

Mais je sens dans ce que tu dis, un niveau de profondeur, que cela n’a pas atteint chez moi.

Ça me quitte, ça revient… ce « fruit » ne m’est pas inconnu.

 

– Oui Michelle, c’est une expérience connue, j’en suis sûr.

Que peut-on ajouter sur les épaules de l’homme qui porte déjà sa charge maximum ? Une cerise sur son fardeau et l’homme est à terre. Bien entendu, il est aisé de tricher et de pratiquer l’auto-contentement, c’est pour cette raison que la vie du guerrier se veut intense. L’impeccabilité c’est surtout un moyen de disposer de toute l’énergie libérée par l’absence de ressentiments tels que le remord, le doute.

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Du guerrier et de la conscience (8)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Il y a un autre aspect que j’aimerais voir abordé, celui lié à la question de l’honneur et donc du déshonneur. Pour moi, il n’y a qu’un honneur qui importe, c’est le fait de pouvoir se voir sans avoir à rougir de ce que l’on est, de ce que l’on fait.

L’honneur du samouraï est-il de cet ordre là ?

 

– Pour moi, chaque homme peut avoir son code personnel, celui-ci se révèle à l’intérieur de sa relation à toute chose, il n’est pas nécessaire d’en publier les termes. Si cet homme ne respecte pas son propre code, il lui reste deux solutions, se corriger parce que son honneur l’implique, ou se couvrir du manteau de la mauvaise foi afin de trouver toutes les justifications suffisantes.

Personnellement je ne me ressens pas dans ces descriptions, je me suis échappé de ces plans, vivre à fond l’impeccabilité nous sauve de ces protocoles, doit-on mettre des barrières pour stopper le vol des oies sauvages ?

Si tu exiges le maximum de toi-même, tout en faisant attention d’exiger le moins possible des autres, si tu te contentes de ce qui vient et si tu sais faire de l’acceptation ta religion, tu peux ranger toutes les questions d’honneur au placard.

 

– Quel est le problème avec ce mot « Rônin » ?

Que celui qui le porte pour retrouver son honneur doive se donner la mort ? Et comme il est encore vivant, on estime qu’il est en déshonneur ?

Je vois en cela quelque chose de symbolique, et fort beau !

Quel déshonneur ?

Le but n’a pas été atteint. Voici en toutes circonstances ce que les êtres humains nomment « échec ».

Bon, celui-là a échoué.

Dans cet échec, je ne vois qu’une chose, l’évidence que l’être humain ne peut atteindre la perfection, il se veut dans la maîtrise, mais cela ne se peut.

Le rônin, est celui qui s’est trouvé face à son vrai visage. Il a vu l’étendue des dégâts d’avoir cru que par la discipline, la soumission, l’obéissance à un code, le service à un maître, il atteindrait l’impeccabilité !

Se donner la mort ? Mort il y a, mort aux croyances, mort à l’idée de devenir.

Le rônin peut alors poursuivre sa route tout ce qu’il engage est libre et authentique. Il sait qu’il ne sait rien.

Du guerrier et de la conscience (7)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Qu’est-ce que les intentions cachées ?

Comment les pensées peuvent-elles prendre appui sur l’air ?

 

– Il faut rappeler que ces mots ont été « prononcés » en référence à des conditions de combat au sabre, cependant le sens profond que je leur accorde reste valide dans tout autre contexte, autant pour le lion qui épie sa proie que pour un homme qui se déplace dans les couloirs du métro.

Les intentions de l’autre nous sont cachées dans tous les cas, je pense qu’elles le sont aussi pour son esprit, même s’il en fournit une expression ferme et claire. Je crois que nous n’avons conscience que de petits bouts de nos réelles et profondes intentions.

Cependant nous ne pouvons les dissimuler correctement, parce que nos intentions s’expriment en liberté quels que soient nos efforts intellectuels.

Elles sont sensibles par l’intermédiaire de l’énergie qui les anime. C’est ce que mon image sur « l’air fouetté » par les intentions voulait signifier. Lorsque je dis que nos intentions s’appuient sur l’air, bien entendu je veux dire qu’une énergie subtile se dégage de tous nos mouvements internes, comme se dégage le parfum d’une fleur.

Ce parfum voyage sur l’air, il entre en nous par nos voies respiratoires, c’est un phénomène subtil pour ma perception. J’insinue donc que d’une manière similaire, il est possible de connaître la nature de ces messages qui échappent d’ordinaire aux sens de vue ou de l’ouïe.

Du guerrier et de la conscience (6)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Qu’est-ce que le mouvement intérieur ?

 

– Pour parler du mouvement intérieur permets-moi d’utiliser une image. Prenons celle de la bouteille pleine d’eau que tu tiens dans ta main tout en cheminant. Comparons la rigidité du contenant, la limitation qu’il représente, la densité de son matériau, etc., à notre volonté incarnée dans nos muscles, nos organes et nos os. Cet ensemble se tient et s’unit dans le mouvement. Comparons maintenant le liquide contenu dans la bouteille, nous savons que bien qu’il en soit prisonnier, il n’en est pas solidaire, il possède son mouvement à lui et ne cesse de s’agiter au gré de tes pas. Associons maintenant notre respiration et l’ensemble des activités neurochimiques relatives à notre activité pensante, émotionnelle, et sensationnelle (de sensation), et nous pouvons commencer de conceptualiser deux plans d’expériences parallèles. Chacun de ces plans a son mouvement, son rythme, en fonction du moment. Le regard vers l’intérieur permet de visualiser les arythmies, les oppositions et frictions de ces deux plans en nous.

 

– Il y a une chose que je n’ai pas bien comprise, au sujet du mouvement intérieur. Tu parles de deux plans d’expérience parallèles, quels sont ces deux plans ?

 

– Les deux plans parallèles sont celui de la « volonté » de l’esprit qui ordonne au corps (en tant qu’outil) de s’animer dans une direction déterminée par elle, et celle du « vouloir », qui est connaissance profonde de l’être mais ignorance de l’esprit. Dans toute situation ces deux forces s’affrontent servant des causes éloignées et étrangères, sauf quand la paix est atteinte, je définis la paix obtenu par la fusion de ces deux forces.

Du guerrier et de la conscience (5)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Que penses-tu du traité des cinq roues ?

 

– Bien entendu, l’ouvrage est dédié au rythme, la technique sans conscience de l’espace et du temps n’est que gesticulation.

Mais qu’est-ce que le rythme sinon un calage savant sur le mouvement intérieur.

Et ce mouvement doit être perçu. C’est donc encore un pouvoir des sens.

Le regard doit être là, non perçant et fixe, car il serait suspendu aux tensions internes.

Le regard est là, c’est une vision qui ne s’arrête sur rien, c’est un regard vide.

Vide de tout trouble, vide de tout questionnement, vide de toute attente, vide de toute fuite.

Alors ce ne sont plus des formes, des masses, des objets qui se tiennent là devant. Mais des mouvement d’air, de l’air fouetté par les intentions cachées.

Comme celui que le son frappe, envoyant des rouleaux de souffle sur nos tympans, et le tintement apparaît.

Un être vivant s’appuie sur l’air, cela semble évident quand il se déplace, mais pour le regard du guerrier chacune de ses pensées s’appuie sur l’air également.

C’est ce mouvement de l’air qui fixe le rythme, c’est ce mouvement qu’il faut pouvoir percevoir. Afin que le sabre ne soit pas agi par la main et les muscles mais par le rythme du souffle.

Du guerrier et de la conscience (4)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Dans ma langue personnelle, un Rônin est un homme libre de tout « besoin  de servir », ce qui est plus vaste que le fait de devoir « servir ».

Mais je n’en ai pas rencontré encore (sourire), ce doit être rare.

 

– Mais qu’est-ce-que la voie du Samouraï ?

 

– La voie du samouraï, celle que je connais bien entendu, parce qu’il y a de nombreuses compréhensions, est la voie de l’attention et de la perception.

La vie d’un guerrier repose essentiellement sur le souvenir permanent de l’imminence de la mort mais sans goût morbide bien sûr. La conscience de notre mort nous maintient dans celle de notre « rienté » de « l’essentialité » de l’instant présent et de la modération en toute chose.

Elle est la voie de l’humilité, non pas l’humilité en tant que parure de l’intellect, mais de celle qui se nourrit de la conscience du lien avec toute chose.

Elle est la voie de « l’impeccabilité », qui seule nous sait préserver l’énergie vitale, cette énergie nécessaire pour traverser chaque instant comme s’il était le dernier, nous impulsant le souffle du « sacré », c’est-à-dire le pouvoir de nous donner « tout entier » et de recevoir chaque chose dans sa totalité, sans la tronquer par nos jugements et pensées de toute sorte.