Du silence (3)

– Ce silence, il est paisible pour toi, n’est-ce-pas ?

 

– Oui.

 

– Tu pourrais ne plus parler, sans que rien ne te manque, alors tu ne parles que pour les autres ?

 

– Oui.

 

– Est-ce donc aussi vivant que ça en toi ?

 

– Le fait est que le silence s’installe parce que les interrogations ne sont plus et si les interrogations ne sont plus, c’est parce que le train-train des peurs et autres schémas n’est plus assez fort pour les produire. Mais aussi parce que ce que je « vis » dans chaque instant ne me laisse pas le loisir d’un quelconque ennui, d’une quelconque suspension sur le doute, ou le regret.

J’ai trop à faire pour résoudre les équations de l’instant, pour me permettre le luxe d’une seule question, car toute question, tout doute, toute inquiétude, tout remord et toute crainte est un luxe pour moi.

 

– Ce « trop à faire », c’est quoi ? C’est quoi ces « équations de l’instant » ?

 

– Maintenir la connexion, et l’équilibre entre mes sens et la chose qui les touche.

 

– Cette chose c’est le supra mental ?

 

– Non, c’est tout ce qui existe là et autour de nous.

En effet ! Se prendre la tête et l’occuper pour être encore ailleurs là où on ne fait que du bruit pour ne plus entendre le silence, car le silence au début ne se révèle pas dans sa vraie nature. Il est inquiétant, vide de sens, et finalement, insupportablement bruyant.

Mais ça change, avec le temps on finit par entendre le chant.

 

– Ce silence est l’absence de pensée, n’est-ce-pas ?

 

– Oui, pour nous oui, mais le silence est encore là quand nous ne sommes plus.

 

– Oui, mais entend-on le silence ?

 

– Oui on entend le chant de la nature.

 

– Ce n’est pas avec les oreilles ou pas seulement ?

 

– Non pas avec les oreilles avec tous les sens puisque c’est le bruit de nos pensées qui étouffe nos sens.

 

– Tous les sens unifiés ?

 

– Oui ce que j’appelle : « la voix » mais ce n’est pas un son.

Voir une voix est une formule abstraite mais très explicite c’est la perception en plus grand car nous sommes déjà dans la perception. Une perception partielle mais une perception.