Du guerrier et de la conscience (27)

– C’est difficile d’exprimer ce qui se cache encore, cela parle de comprendre enfin cette histoire de décider tout en étant feuille au vent. Avec ce possible qui se dessine doucement, la question du désir, de la pulsion, du besoin…

Alors je viens te demander de me dire à nouveau ce que tu vis à ce niveau-là : le désir qui n’est plus, les pulsions qui disparaissent, la transformation qui s’inscrit dans les cellules.

Mais que reste-t-il ?

Tu ne sembles pas vivre sans sensations, tu es doux et caressant, quel est ce champ qui s’ouvre là ?

J’entrevois comme une libération, le corps qui respire librement, des vibrations qui s’étendent partout, en et sur le corps, est-ce cela ?

 

– Mon attention m’a porté à faire un travail sur cela, voilà ce que je peux t’en dire à ce jour.

La production hormonale a été réduite, ce qui implique physiologiquement une réduction progressive de l’activité sexuelle. Le besoin a diminué jusqu’à presque disparaître, parce que la reprise de l’activité des glandes reste toujours possible. Dans mon cas je la maintiens au plus bas de son seuil.

La relation qui persiste est purement affective, le manque n’existe plus. Cela nous a permis de vivre dans une plus grande douceur les uns avec les autres, la violence qui habite ces instincts de reproduction et de possession s’est retrouvée sans appui et nous préférons mille fois vivre cette relation d’aujourd’hui, elle nous rend une liberté perdue, une indépendance.

Il ne s’agit pas là d’une abstinence forcée, pas de frustrations, l’attention portée sur cette recherche s’est étalée sur des années. Et c’est en douceur et dans le respect des rythmes de chacun que cela s’est établie.

Tu parles de douceur, la douceur a grandi en nous parce que nous avons fait face à tout ce qui pouvait l’empêcher.

Je ne conseille pas cette exploration à tout le monde, parce que c’est un voyage qui ne peut se faire qu’au sein d’une entreprise plus vaste.

Les besoins sont en effet liés à la survie, mais combien de besoins sont-ils devenus de simples routines psychologiques pour ne pas dire des « pathologies » ?

Notre vie et nos choix en étaient-ils simplifiés ? Non ? C’est pourquoi nous avons décidé de reprendre les bases de notre relation. Notre projet, notre défi est grand. Nous n’aurions pas pu avancer si nous n’avions pas choisi de changer en nous une quantité de choses. Chacun dans sa violence innée ou acquise qui le caractérise se serait jeté à la tête de l’autre, et cela malgré les sentiments, ou surtout à cause des sentiments.

C’est pour cette raison que je n’accepte pas bien qu’on nie la faculté de l’homme de changer et de diriger ce changement.

Il n’y a rien qui ait été perdu, tout est là sans gouverner, et tout est victoire qui sert la paix. Bien sûr que les sensations sont là, au contraire même, elles sont vives et claires, parce que les ordres du cerveau reptilien ne perturbent plus.

Comment je considère cette recherche ?

J’ai fait de mon corps un laboratoire qui analyse la « violence », lorsque je pense trouver un moyen d’effacer le germe de la violence, je l’applique sur moi, et j’observe, si je peux constater que les effets servent mon objectif je le poursuis, si j’ai des effets contraires, j’abandonne.