Plume d’Éveil – De l’animal et de l’homme (7)

– Tu vis cela, par la relation que tu as avec le cheval, profondément en toi. Chaque geste, chaque mouvement, et tout ce qui ne se voit pas sont inscrits en toi.

 

– C’est pour moi, une représentation à plus petite échelle de toute la beauté de ce monde.

La beauté qui se montre et celle qui se cache.

Le cavalier n’est pourtant pas parfait. Il y a un grand nombre d’erreurs. Mais l’amour qui habite le cheval réduit en poussière ces erreurs, tout est pardonné. Et comme il y a une lecture profonde de ce qui lui est demandé, il le donne avec une générosité immense.

L’amour dans toute sa splendeur.

 

– Le cheval vient-il vers l’homme par amour ?

 

– Il n’est pas idiot.

 Pour faire avec cet amour-là, il exige des conditions.

 

– Et ces conditions ?

 

– L’éveil bien entendu.

 

– L’éveil de l’homme ?

 

– Non, de la paire, et du monde par conséquent.

Le cheval ne s’engage pas dans la relation bâtie sur l’addition un plus un est égale à deux.

Mais si on lui propose une relation bâtie sur la multiplication une fois un, il s’investit.

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Plume d’Éveil – De l’animal et de l’homme (6)

– Mais pourquoi ce projet avec les chevaux Ron ?

 

– Approcher le cheval, le toucher, offre la vision d’une intelligence de la vie du plus haut niveau, d’une sensibilité implacable, d’une justesse insoupçonnable.

Devant tant de richesse on devient humble.

Devant tant de vérités silencieusement murmurées, on apprend à écouter.

Devant tant d’attention, on découvre nos infirmités.

Devant tant de générosité, on se sent mercantile et misérable.

Devant tant de sagesse, on se sent l’envie de croître.

Devant tant de grâce, on croit sentir la présence du « Divin ».

Plume d’Éveil – De l’animal et de l’homme (5)

Ce que l’on peut apprendre des chevaux, ce qu’ils peuvent nous donner à entendre en dehors du bruit de la langue fourchue ?

 

– Devant un cheval tout être est dans l’obligation de se regarder, placé dans une honnêteté forcée, mais aussi devant une note. Il est traité à sa juste mesure et la réponse qu’il va recevoir sera aussi cohérente que sa question.

S’il manque de vigilance, il sera renvoyé à ses études, s’il est agité par des illusions, il les laissera glisser sous l’effet de la secousse. Le cheval est le meilleur moyen pour ces hommes handicapés de la vie et de la perception, de la rationalité et du bon sens de se reconnecter à ses sources.

Apprendre les chemins de la communication subtile, apprendre à écouter.

Apprendre à parler juste, avec cohérence, savoir écouter les sons qui viennent du plus profond, savoir les accorder.

Plume d’Éveil – De l’animal et de l’homme (4)

Lorsque les mouvements les plus ordinaires, les regards simples et apparemment vides, lorsque les 500 kg de chair et d’os, toute une organisation de matière quoi, se révèlent dans la lumière d’un jour qui ne finira pas, parce que ne finissent jamais les jours où tu t’es réveillé un peu.

Lorsqu’à cet instant, tout en toi est près de basculer parce qu’une montagne intelligente te perce de lumière, te force à te découvrir à toi-même, car en vérité tu te pensais bien caché et tu l’étais, mais à tes yeux et aux yeux aveugles de tes congénères.

C’est comme un regard d’ange posé sur ta noirceur, et tu sens une porte qui s’entrouvre sous la force de ses doigts, et tu sens la chaleur te remuer les entrailles, et tu sens un peu ce qu’est la vie, ce qu’est la vérité, tu n’en sens qu’un petit bout, mais un petit bout suffit à lancer un incendie.

Tu te découvres tellement pauvre devant son regard tellement démuni, tellement insensé, ce qui signifie : privé de sens. Et tu te sens envahi d’une absolue nécessité, tu ne peux plus te permettre d’être idiot, car c’est indécent, oui, tu te sens envahi d’une implacable nécessité, celle de l’humilité.

Car tu passais devant lui dans ton habit d’arrogance, de supériorité, te disant en dedans : je suis l’homme, il est l’animal, je vais lui apprendre cela.

Mais non ! Tu ne lui apprendras rien ! Il sait déjà tout de toi ! Il sait que tu n’est pas grand chose, qu’un petit tas de chair en vrac qui fait n’importe quoi, n’importe comment, n’importe quand.

Lui vit dans un monde « sacré », les étoiles défilent à grande vitesse et il sait les compter. Lorsqu’il tourne sa tête et regarde, c’est bien pour voir et rien d’autre.

Tu le conduis où tu veux, forçant son pas, t’imposant de ta volonté d’homme, tu le mènes jusqu’à ce passage difficile, ce passage aussi dangereux pour lui que la corde du funambule, et tout s’emballe, tu ne diriges plus rien, tu sens ta mort toute proche, c’est étrange comme dans ces moments-là il est difficile de songer à la mort de l’autre, sentir sa mort toute proche nous sépare encore plus.

Tu lâches tout, comme sous l’effet d’une intelligence sous-terraine, tu t’abandonnes contre tout bon sens, mais en réalité quelque chose sait en toi qu’il n’y a que ça à faire.

Laisse-lui ta vie, il te la rendra bien.

Plume d’Éveil – De l’animal et de l’homme (3)

Reconnaissons que ces activités équestres que nous entreprenons depuis des millénaires n’ont pas eu de plus bel effet sur nous que celui de cultiver notre ego de dominateur. Aujourd’hui nous entendons parler d’équitation « au naturel » de dressage et débourrage éthologique, mais ne nous leurrons pas, les termes « équitation » et « naturel » ne sont pas compatibles, « dressage » et éthologique » sont contradictoires et le « débourrage éthologique » est un fantasme.

Lorsque nous sommes assis sur le cheval, nous trônons, nous régnons sur lui et les outils que nous utilisons sont là pour le rappeler, à lui comme à nous. Seule notre suffisance s’en nourrit et suspectons cette nouvelle mode, cette soi-disant équitation éthologique de vouloir camoufler, habiller de plus beaux habits des coutumes et comportements encore très archaïques. La dimension éthologique d’un rapport possible avec une espèce animale passe inconditionnellement par l’apprentissage de son langage gestuel, émotionnel et l’étude de sa vraie nature, en tant que représentant de son espèce et en tant qu’individu.

Si nous voulons entrevoir une nouvelle voie s’ouvrir, il faut nécessairement se poser la question suivante : que puis-je offrir en contrepartie à un cheval ?

Certains chevaux ne seront jamais intéressés par notre offre – si jamais nous avons su trouver la réponse.

Plume d’Éveil – De l’animal et de l’homme (2)

– La peur est-elle une pensée uniquement ?

Le regret est-il une pensée ?

La culpabilité semble être une pensée ?

En quoi la culpabilité peut-elle alourdir la forme humaine ?

Les animaux regrettent-ils ?

S’ils ont peur, se sentiraient-ils aussi parfois coupable ?

Qu’en dit l’ami Ron ?

 

– La peur n’est pas une pensée, elle emprunte bien des formes dans son expression. Mais sans doute qu’elle commence dans cette forme, la pensée.

Tout ressentiment semble alourdir ce que vous appelez la forme humaine, bien que je ne sois pas sûr que nous parlions du même « objet » avec cette formule.

Bien que je sois persuadé que le « regret » n’est pas un ressentiment coutumier de nos cousins, je n’affirmerais pas que cela leur est totalement étranger. Le mécanisme mental qui produit le ressentiment appelé « regret » est aisément assimilable.

Ceux qui ont observé leurs animaux domestiques ont également constaté que par le biais d’une éducation orientée dans ce sens il est possible de leur inculquer des « valeurs morales « , un sens du « bien » et du « mal » (le bien leur apportant la récompense, le mal la punition). Lorsqu’un animal domestique, se souvient qu’il a agi de façon qui déplaît fortement à son « maître », il en a des regrets.

Assimiler une pensée « regret » à une pensée « culpabilité » je ne le ferai pas.

Cependant, si la culpabilité est certainement inexistante dans le mental des « animaux » – (je mets des guillemets à animaux pour rappeler que nous en sommes aussi)-, tout comme le « regret » qui doit être aussi rare,, je crois que tous ces comportements sont effectivement communicables.

Plume d’Éveil – De l’animal et de l’homme (1)

A mon maître « nuage blanc », un jour d’éveil.

La terre tremble sous moi

Et fait vibrer mes os

Comme les cordes d’une harpe

 

Un nuage blanc martèle le sol dans son vol

Et mon âme suit la danse de ses sabots

Trois hirondelles nagent dans l’azur

Sa méduse crinière capture le silence

 

Il vient vers moi et me dévisage

J’ouvre mes mains en offrande à ses naseaux

Je sens mon identité odoriférante

Passer dans son sang jusqu’au cœur

 

Il m’appelle et me défie de savoir qui je suis …