Du guerrier et de la conscience (26)

– C’est venu se dire, et dans le même temps ce constat, que quelque chose depuis toujours donne une direction à cette vie. Quelque chose qui fait pouvoir de décision.

Mais je perds le contact avec cette force, comme un oubli… et alors je me prends la tête avec ce ce qu’il faut faire. L’oubli n’est que parce qu’on voit mal, c’est sûr.

Alors je te demandais de me montrer un peu, le lien entre tout ça. Je sais les causes de l’empêchement, enfin celles liées à la personne, à la vie dans ce monde, mais aussi… je me dis : « Est-ce possible que cela soit vraiment ? »

Parce que si cela est vraiment, c’est incroyable !

Même dans les rêves les plus fous, on n’ose pas imaginer une chose pareille.

En toi, Ron, cela se manifeste comment, est-ce aussi présent que ça ?

Aussi vivant que ça ?

 

– Qu’en penses-tu ?

 

– Ben je crois que oui, sans idéaliser cette fois, peut-être que parfois… dans la fatigue ça parle moins fort ?

 

– Oui, c’est comme si chaque matin, mais en fait plusieurs fois par jour, le monde était tout nouveau pour moi.

 

– Comme quand on est petit, et que tout est si vivant ?

 

– Oui.

 

– Tu es émerveillé ?

 

– Oui.

 

– Et c’est ça qui donne forme à ce que tu fais, dans cette spontanéité, sans doute ?

 

– Sans doute, oui.

 

– Est-ce que cela a un lien avec ces moments de « connexion » avec le « lieu sans pitié » ?

 

– Oui, mais le « lieu sans pitié » c’est comme une dose d’héroïne, c’est puissant. Il n’y a pas besoin de s’y trouver pour être émerveillé du monde. Le « lieu sans pitié » est encore au-delà. Tu n’es pas émerveillé, tu es le monde…

 

– Écoute, j’ai remarqué que si je ne me rends pas suffisamment disponible à ces moments-là, j’oublie plus.

C’est souvent après ces « glissements hors du temps », que les choses se montrent sous un autre visage. Comme si en cela se passait quelque chose, dont je ne sais rien en vérité.

 

– Oui.

 

– On peut sentir les préoccupations, si on est attentif, mais pas le pourquoi.

Sans cette force de la rencontre, il n’y a pas assez d’énergie, j’ai vécu cela, je le sais.

 

– Oui.

 

– Crois-tu que tout cela soit déjà tissé, le temps de chercher, à attendre, et enfin la rencontre ? Le vois-tu ?

 

– Oui, je le pense. Pas de hasard.

 

– Alors c’est vraiment très beau ! Et cela nous fait infiniment petit.

 

– Oui, c’est ce que nous sommes.

 

– Et pourtant tant recevoir !