Plume d’Eveil – Du conditionnement (13)

Un lac profond, de couches de vases

Si les racines du lotus y puisent

Jamais il ne se penche

Vers la lumière il ouvre ses pétales

 

Des bulles remontent…

A la surface elles éclatent

Déliant quelques vieux songes

Comme un appel, celui des sirènes

 

Le sentiment d’abandon est le cri

De celui qui se mord la queue

Ainsi la femme de Loth devenue statut de sel

L’entendre ce cri, en chacun de nous.

 

Plume d’Eveil – Du conditionnement (12)

– Être adulte dans ce monde des humains est une chose très laide ! Indifférence, arrogance, ambition, mépris, haine tenace, insensibilité, hypocrisie, mensonge…

L’enfant est toujours là, en moi. Je n’ai rien appris de plus que je ne savais déjà. Je parle en esprit, et, en cœur.

Il n’y a qu’une chose qui craint avec l’enfance, c’est l’égocentrisme ! L’immaturité affective, émotionnelle, sensorielle…

Qu’est-ce alors devenir adulte ? Car il nous faut réaliser cette transformation !

J’aimerais t’entendre à ce propos.

 

– Nous avons tous un petit garçon ou une petite fille en nous. Parfois c’est cet enfant que l’on voit le plus souvent sur la scène, au grand jour. Chez d’autres l’enfant se fait rare, montre peu le bout de son nez, comme par timidité il ne se produit qu’en assemblée familière.

Chez moi, l’enfant s’exprime quand d’autres enfants sont autour. C’est avec sa langue et ses yeux que j’entre en communication avec les plus petits, ils en sont souvent stupéfaits, qu’un grand bonhomme comme moi sorte de sa poche un tout petit, tout petit enfant, quelque fois proche de l’âge d’un nourrisson. Mais je ne le laisse pas s’exposer dans mes rapports aux adultes, ou alors pour rire avec quelques intimes.

Un enfant, c’est un être fragile, qui a besoin d’être réconforté, qui a besoin de voir dans le regard de ses parents et proches qu’il a des moyens, qu’il peut oser franchir l’obstacle, qu’il sera consolé en cas d’échec ou de bobo, un enfant ne sait pas évaluer toutes les situations à leur juste mesure et par conséquent fait parfois des choix dangereux. Beaucoup d’adultes (pour moi presque tous) se comportent ainsi, sans doute parce que les familles ont oublié comment permettre aux enfants de grandir, sans doute aussi que les enfants ont refusé de se laisser grandir devant le spectacle lamentable de la vie de l’adulte.

Un adulte est un être qui a les moyens de l’indépendance. Il a l’expérience pour analyser, pour comparer. Il peut faire ses propres choix dans la plupart des cas ou faire appel à un voisin spécialisé dans un domaine particulier, un adulte ne recherche pas les consolations et donc ne se retourne pas sans cesse pour voir si quelqu’un est là pour l’assurer. Un adulte sait qu’il doit décider seul et assumer les conséquences de ses choix, c’est quelqu’un de stable qui ne change pas d’avis, de position à chaque instant. Tu me diras : « mais Ron, je n’en connais pas des humains qui se comportent ainsi ! » Et je te répondrai que l’explication est la même que plus haut, peu d’êtres humains deviennent adultes, c’est drôle, non ?

Un adulte, c’est surtout la personne qui saura maîtriser le double jeu dans son être. A quel moment laisser l’enfant agir pour lui, à quel moment tenir l’enfant assis et tranquille et laisser agir la maturité, c’est cette douce maîtrise de ces deux entités qui nous confirme en tant qu’adulte.

Tu vois au fond, ça ne change rien en ce qui concerne la présence plus ou moins évidente de l’enfant en nous, ce qui change c’est le contrôle que nous savons exercer sur l’équilibre délicat de la cohabitation des deux personnes en chaque être.

Nous avons commencé la vie en état d’enfance, celui-ci (l’enfant) ne peut totalement disparaître, nous le portons avec nous jusqu’au dernier souffle, qui nous libérera de lui et de nous.

Plume d’Eveil – Du conditionnement (11)

Reparler de la relation… et puis il y a la question des sentiments.

 

– C’est quoi un sentiment ?

 

– Il me semble que la question se règle dans la spontanéité, sans rien entraîner pour un demain.

 

– La spontanéité est une affaire toute relative. Pour l’esprit tout est calculé à l’avance des milliers de fois. A spontanéité n’existe pas en fait.

On pourrait donc espérer un peu de spontanéité de la part du moi, mais hélas, s’il est souvent dupe, il calcule lui-même beaucoup et se débrouille pour oublier qu’il l’a fait. Même lorsque tu es surprise par la foudre et qu’elle te fait bondir deux mètres plus loin, quelque chose en toi le savait.

 

– Je comprends.

 

– De toute façon comme le « moi » ne peut représenter l’être la spontanéité n’existe pas ou d’une façon très relative.

 

– Ok.

 

– Oui, mais qu’est-ce qu’un sentiment ?

 

– Quelque chose qui te porte à aller vers, ou ne pas y aller.

 

– Tu ne réponds pas à la question que je pose, mais tu réponds à une autre qui est : à quoi peut servir un sentiment ?

 

– Ben, oui, alors le sentiment est l’énergie qui permet ce mouvement.

 

– Non, c’est une décision calculée mal conscientisée. Chez l’homme moderne, il est d’usage, pour ne pas dire « obligé », que le sentiment soit quelque chose dont il n’est pas responsable. Rien n’est plus faux. Nous fabriquons nos sentiments dans notre petite cuisine interne.

 

– Tu veux dire que le sentiment est une intention dont nous ne sommes pas conscients parce que cela nous arrange.

 

– Oui elle se synthétise à partir de plusieurs processus.

 

– Cette intention est-elle toujours du niveau de la volonté ?

 

– Oui absolument, c’est reptilien, l’intérêt dans sa plus simple expression. Ainsi nous disons avoir des sentiments pour quelque chose quand nous nous sommes appropriés cette chose d’une façon ou d’une autre.

Pas d’intérêt, pas de sentiments.

 

– C’est une réponse à la condition d’isolement… lorsqu’il y a connexion il n’y a pas de sentiment, juste la rencontre.

 

– Cela dépend de ce que tu nommes connexion.

 

– Celle qui ne dépend pas des besoins, celle qui est naturelle, celle qui fonde le monde et qui fait que tout est lié.

 

– Une connexion ne se fait que si elle sert à quelque chose. Par conséquent, elle sert un besoin. La vie ne se fait pas sans besoin.

 

– Alors ce n’est pas le mot juste.

 

– Je crois que tu as tendance à idéaliser la vie, la relation, le sentiment, les rapports. Sans intérêt rien ne se fait non plus. Tout n’est pas négatif.

Il y a une voie qui s’ouvre dans ces domaines…

Le sentiment,

Le besoin,

La relation,

L’intérêt,

La dépendance,

La nécessité de gratitude,

Ou encore « l’amour », la liste est longue.

Il y a une voie qui purifie tout cela, purifie sans annuler. Car aucun de ces comportements de l’affect (donc de l’intérêt) n’est complètement négatif. Ils servent la vie eux aussi.

Plume d’Eveil – Du conditionnement (10)

 – Je sais où je vais et je conjugue toujours à la première personne.

Je ne saurai pas faire autrement.

Où nous allons, n’a pas de sens.

Je vais là où la nature me dit d’aller.

 

– Oui, ce n’est pas avancer à l’aveugle.

C’est avancer mu par quelque chose dont je fais partie.

Et la connaissance, celle dont nous nous sommes écartés permet de voir où poser nos pieds…

 

– La connaissance est une chose infiniment simple.

La seule chose qui soit compliquée, est le conditionnement.

La connaissance éclate au grand jour à la croisée de tous les chemins, sous tous les arbres, à l’ombre et dans la lumière.

Il n’y a qu’elle, partout, tout autour, je ne vois qu’elle comme chaque petit oiseau, chaque petite fourmi.

 

 – Oui, juste le conditionnement… Je sais qu’il opère encore en moi.

 

– Nos sentiments envers lui l’attachent à nos pieds.

 

– Parce que nous sommes identifiés à la forme.

 

– Oui, nous sommes ce conditionnement devenus.

 

– Oui, cela craque quand même, comme un verni. Suffit de ne pas en remettre une nouvelle couche.

Reparler de la relation…

Plume d’Eveil – Du conditionnement (9)

– Où est l’erreur ?

Pourquoi en nous, la peur a-t-elle perdu sa valeur créatrice ?

Quel est de défi que nous ne voyons pas ? Ou que nous refusons ?

 

– Dans quel contexte ? Parles-tu de la souffrance ?

 

– Indirectement plus au sujet de ce que tu disais concernant les plantes… nos méthodes de culture, qui affaiblissent les espèces.

 

– Donc de la culture en général…

 

– Du fait que nos façons de faire, protectionnistes, pour plus de profit, de pseudo-sécurité, détruisent l’ordre naturel.

 

– L’homme s’est mis à tout cultiver, c’est une particularité de son espèce. Un moyen qu’il a trouvé pour tricher avec la « peur », mais le résultat est qu’il a multiplié par cent cette peur.

Le fait de cultiver est pour lui un défi qu’il fait à la mort, car le problème de l’homme est qu’il ne comprend pas la mort, ne l’intègre pas.

Tout ce qui fait le bagage de notre espèce est de cette nature, refuser l’évidence, jusqu’à pour cela se voir comme un Dieu.

Or, cultiver, quelle que soit la méthode est une offense faite à la nature et à la vie.

Celle-ci veut qu’on la traverse sans se projeter, elle réclame l’instantanéité de la respiration.

 Ce que nous refusons, mettant tout en péril.

 

– Si l’humain n’avait ni cultivé, ni élevé ?

Pas de civilisation, nous serions peu nombreux…

 

– Oui, mais le Divin qu’ils ont inventé leur demande de croître et de multiplier.

 

– Nous aurions suivi une autre évolution.

 

– Oui nous serions restés au rythme de la nature. Tout ce qui peut être attaché à la notion de la « modernité » est pour moi et depuis que j’ai quatre ans, une notion de dégénérescence.

 

– Ce que nous vivons, et qui va aller en s’amplifiant, est une preuve que cela fut une erreur. Donc le défi qui est le nôtre en tant qu’humain c’est mourir à ce que nous sommes devenus.

 

– Je dirais, mourir à ce que nous sommes implique de modifier la chrysalide dans laquelle nous nous transformons.

Une seule direction me semble réaliste, mais si difficile, retrouver le rythme de la nature. Ce qui fera hurler tous nos contemporains, qui crieront : « Tu veux retourner à la vie sauvage, tu veux revenir en arrière. Il est fou !!! ».

Je leur réponds que lorsqu’on tombe de cheval, il faut s’empresser de remonter, et ensuite, qu’il est préférable de retourner en arrière pour avoir une vie que de ne plus en avoir du tout par une fuite en avant.

 

– Nous allons de toute façon, retourner à la vie « sauvage », et le faire de plein gré, en intelligence…

 

– Oui, je crains que la nature nous y oblige !

 

– Si l’on dépasse ce constat d’échec, et c’en est un …

 

– Attends, je ne suis pas d’accord avec le terme que tu choisi. Le mot « échec », je te l’ai dit, n’existe pas dans mon vocabulaire, sauf lorsqu’il est vu comme une marche pour s’élever.

 

– Oui, tu considères que tout ce qui se fait, est utile.

 

– De plus, il est chargé de ressentiment tel que celui du regret, ou pire du remord. Je « préfère » voir les choses autrement.

Je crois que nous avons fait un choix, et comme tu le sais, les choix sont parfois bons, parfois mauvais.

Cela fait entièrement partie du cycle de la nature.

Nous avons du mal à le comprendre à cause de l’échelle temporelle qui ne s’étale pas à son aise devant nos yeux.

Lorsqu’un choix ne convient pas, le sujet doit naturellement revenir en arrière, c’est-à-dire, remettre son choix en cause.

C’est bien toujours le cycle proposé par la vie.

Sans cette « erreur » de choix, rien ne nous permet de penser qu’il y avait un avenir meilleur à notre espèce ainsi qu’aux autres.

Il ne s’agit pas de juger de ce que l’homme a fait, il s’agit seulement d’inciter à remettre en cause les choix qui ont été faits.

Car les hommes d’aujourd’hui ne savent plus le faire, tellement ils sont conditionnés.

De plus, je ne crois pas qu’un choix, quel qu’il soit, puisse être totalement assumé par le sujet lui-même.

 

– Oui, tu as raison, je manque de modération. Alors ne parlons pas d’échec, mais d’un choix qui a été fait, avec ce que les hommes disposaient alors comme « connaissance », conditions d’existence, etc.

Plume d’Eveil – Du conditionnement (8)

– Au sujet de la spontanéité, relative parce qu’installée dans le champ qui sépare conscience et inconscience…

 

– Je crois, si ma mémoire est bonne, que je disais que la spontanéité est relative puisqu’elle dépend de la conscience que l’on a des choses, et comme le niveau de conscience moyen est presque nul, j’entends parler de spontanéité de façon correspondante… (Sourire)

 

– Oui, c’est étonnant ce qui se dit là… parce que dans le langage courant on aurait tendance à opposer conscience et spontanéité. Tu vois ce que je veux dire ?

 

– Je crois qu’on confond la spontanéité avec d’autres sortes de choses… (Sourire)

 

– Peut-être oui, lesquelles ?

 

– L’abêtissement. Et tout ce qui peut découler de la confusion générale qui emplit les cerveaux humains.

 

– Qu’est-ce que pour toi la spontanéité ?

 

– C’est le fait de ne pas réagir. Pour le monde c’est le contraire.

Réagir suppose qu’on a un inventaire d’idées reçues c’est pour elles que je parlais d’inconscience.
On réagit toujours par rapport à quelque chose.

Et si ce quelque chose existe, s’il a été mis là, c’est qu’il n’y a pas de spontanéité.

 

– Un souvenir toujours.

 

– La spontanéité fait référence à quelque état neuf, originel, et non à toute la panoplie de nos soi-disant façons de réagir.

Si tu es neuf, c’est que tu n’as pas d’a priori sur les choses par conséquent, tu peux t’en émerveiller. Mais cet émerveillement n’est pas une réaction. Il est une action juste qui se situe entre toi et la chose nouvelle qui vient de te toucher.

Les gens prétendent être spontanés dans leurs relations ou quand ils te répondent.En vérité toutes leurs réponses sont apprises par cœur. Ce sont des réflexes conditionnés, rien de plus.

La spontanéité est tout sauf un réflexe conditionné.

Tu vois par exemple, la biche entend un bruit derrière elle, son premier geste est de fuir le plus loin possible. On dira qu’elle a fui spontanément.

Moi je dis qu’elle a réagi par réflexe. Ce qui sous-tend qu’elle sait quelque part pourquoi elle fuit.

 

– Plus l’esprit est conscient, plus il est libre et donc spontané… c’est l’innocence dont parlait Krishnamurti.

 

– Oui, puisqu’il a nettoyé les empreintes du conditionnement.

Plume d’Eveil – Du conditionnement (7)

– Tu as dit au sujet de l’écriture et d’une manière plus générale de l’expression de soi qu’elle avait pour but de se trouver.

Se trouver n’est-ce-pas trouver ce qu’il y a au-delà de nous ?

 

– Pas du tout !!! Parce qu’au-delà de nous il y a l’innommable, et que pour disposer de la plus petite parcelle de chance de le toucher un jour, c’est bien le contraire de se trouver « soi » qu’il faut savoir faire.

Je veux dire qu’au lieu de s’accorder autant d’importance que celle de croire que ce « moi » ou ce « nous » sont des choses qu’il est indispensable de « chercher », alors qu’il n’y a rien à trouver.

Je veux dire que ce sont des idées qu’on nous a mises dans la tête afin que nous consommions toute notre énergie à chercher des fantômes, plutôt qu’à méditer sur des choses aussi simples que la question de la manipulation mentale dont nous sommes victimes depuis tant de millénaires.

Ce « connais-toi, toi-même », cette recherche du « soi » sont de grossiers mensonges.

Une quête d’un « Graal » intérieur, ce tel « Graal » n’existe pas plus que celui de la table ronde… et les chevaliers tournèrent en rond jusqu’à la mort…pour le bénéfice de la paix du royaume, paix qui aurait été certainement troublée par les agissements paillards de chevaliers remplis d’ennui. Car c’est ennuyeux de vivre sans combat, sans quête.

En supposant que l’on s’éveille à cette quête vers la vingtième année de sa vie, et en supposant que cela consiste à faire le recensement de tous les éléments qui nous composent, qui nous font « penser », « agir », « ressentir », « réagir », « aimer », etc., plus de vingt ans seraient nécessaires (en vérité bien davantage) pour reconstituer les vingt années écoulées. Une fois ce travail achevé, nous nous rendrions compte que vingt années viennent encore de s’écouler sans que nous ne sachions réellement ce qui les a remplies. Ce qui mettra en évidence un  décalage de vingt ans entre l’événement et ses effets, et, la « soi-disant » connaissance que l’on peut espérer toucher un jour.

L’être s’édifie dans une mobilité continue, ce qui signifie qu’à chaque seconde (pour garder une unité temporelle familière), il se complète, s’ajoute en partie, s’efface en partie, se remodèle ici ou  là, se forme et se déforme au gré des vents qui le secouent.

Comme le cèdre qui va puiser au fond des sols pauvres et secs, échanger son eau contre des miettes d’insectes, des poussières de sable. Regarde-le ce cèdre, à chaque seconde c’est un autre. Ses couches se succèdent, se recouvrent l’une après l’autre, et te montrent toujours la plus neuve, la dernière peau.

Ce n’est pas « se trouver » qui se montre nécessaire, mais passer au travers de nous, malgré l’épaisseur de notre carapace, malgré notre densité. Voir la lumière s’insinuer, projetant, sur nos cellules devenues autant d’écrans, le film d’un univers dont seule l’illusion d’en être séparé peut laisser germer l’idée que ce « nous » est quelque chose qu’il nous faut trouver.

Ce n’est pas « se trouver » qui se montre nécessaire, mais passer au travers de nous, malgré l’épaisseur de notre carapace, malgré notre densité. Voir la lumière s’insinuer, projetant, sur nos cellules devenues autant d’écrans, le film d’un univers dont seule l’illusion d’en être séparé peut laisser germer l’idée que ce « nous » est quelque chose qu’il nous faut trouver.