Du guerrier et de la conscience (19)

– Tu dis n’être plus un homme de pouvoir. Que me racontes-tu là ?

Comment peux-tu être dans le fait de soulager l’autre par tes mots, et dire, la question du pouvoir ne me concerne pas.

Soulager autrui, n’est-ce-pas avoir un pouvoir sur lui ?

L’être humain est un être de pouvoir, il a celui d’aimer, de trahir, de haïr, de blesser et même de tuer. C’est peut-être pour ça que nous construisons des barrières, des frontières, des murs, des citadelles.

 

– Non soulager les autres n’est pas exercer un pouvoir. Exercer un pouvoir c’est influencer les autres afin qu’ils fassent ce qui n’est pas dans leur volonté. Chose bien difficile avec moi, car lorsqu’on me questionne pour mieux se décider soi-même, je réponds conformément au vide qui est en moi, et la personne s’en va plus pauvre encore, appauvrie par un doute qui s’est élargi, ne sachant plus quelle question elle voulait me poser réellement.

 

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Du guerrier et de la conscience (18)

– Tu as parlé du sentiment de nullité…

Tu as des mots comme ça qui au premier abord donnent une impression de jugement.

Je sais que ce n’est pas ça.

 

– Le fait de dire que je me sens nul n’est pas une façon de me déprécier, me dévaloriser, c’est une réalité que nous avons tous en commun. Nous sommes des nullités au regard de ce qu’est le monde.

La proportion doit avoisiner les rapport entre un grain de poussière face à un millier de galaxies et don autant de soleils.

 

– C’est donc un rappel de ce rapport et une friction pour l’arrogance s’il y a lieu.

 

– Une friction ?

 

– Frottement, je veux dire que les mots, avec toi, c’est jamais au hasard. Ce mot nullité à une résonance très négative pour l’ego.

 

– Oui, mais c’est une simple et évidente vérité, suffit d’en parler aux milliards d’êtres humains qui sont passés en laissant si peu de grains de sable derrière eux.

 

Du guerrier et de la conscience (17)

– L’intimité pour moi c’est là où ça se dévoile, là où les frontières s’annulent, là où je te rencontre et je rencontre le monde, là où je voudrais rencontrer chaque personne.

 

– Lorsque l’intimité se dévoile sans risque d’erreur, elle ne souffre pas.

L’intimité par contre ne peut souffrir de la méprise.

L’intimité est rarement respectée.

Elle est presque toujours bafouée, piétinée même par les gens de bonne volonté.

Le guerrier que je suis, protège son intimité autant que faire se peut.

Il préfère passer pour plus idiot qu’il n’est que de trop briller.

Les sujets les plus complexes, je ne les aborde jamais sans un petit air idiot.

Dire les choses incomplètes, comme par timidité de dire ce que je sens, ce que je sens « vrai ».

C’est un instinct chez moi. Une vérité, je la chuchote parce que ça se chuchote quand ce n’est pas pour soi qu’on parle.

Ceux qui parlent haut ont besoin d’être entendu, ils clament et clamer blesse l’intimité.

 

– Ah, et ce Jean dans le désert parlait-il pour lui ?

 

– Mais comme tu le dis Jean était dans le désert pas sur la place publique, il s’est mis là où personne ne passait.

 

– Tu as raison.

 

– Comprends-tu cela ?

 

– Oui.

 

– C’est cela la préservation de l’intimité.

 

– Oui, rien à voir avec l’intimité de la personne, qui n’est que résistance .

 

Du guerrier et de la conscience (16)

– Qu’appelles-tu suffisance ?

 

– La suffisance est comme un gros sac, dans lequel on peut trouver « l’orgueil, la fierté, l’égoïsme, la jalousie, le pouvoir, le sentiment d’importance, l’entêtement » etc.

 

– La personne en tant que personnalité, ego, penseur, n’est-elle pas suffisance ?

Le fait de respirer en se pensant séparé, le fait de prendre la parole et oser dire ou questionner, n’est-ce-pas suffisance ? Manger avec l’idée que cela m’appartient ! Aimer dans l’attente d’un retour !

Tous les actes de la vie mus par cette idée, « je suis », sont suffisance !

Ce que tu décris là, est notre condition d’existence à tous, même pour les guerriers et autres hommes de pouvoir, même les saints et les soi-disant sages, tous, en conscience et en inconscience !

Alors nous brûlons au feu de la mort, chaque jour !

Et puis, je le crois, dans un ultime abandon, sans tambour ni trompette, dans l’anonymat le plus absolu, nous déposons notre fardeau. Dans la relation à l’autre ou dans la solitude, mais en pleine conscience ça c’est sûr !

 

– La personne (le moi) est expérience aussi, elle peut et doit savoir que perdre de la suffisance c’est comme soulager le poids sur les épaules.

La personne porte un sac sur son dos, il y a dedans ce sac l’expérience, la mémoire, les traces, les savoir-faire et aussi la suffisance. Celle-ci est comme des pierres qu’on aurait rajoutées, histoire de bien sentir son sac, histoire de prendre du poids, mais cela ne retire rien à la personne de jeter ces pierres au-dehors du sac.

 

Du guerrier et de la conscience (15)

– « La vie de décide pas, elle fait. »

Oui et nous, qui sommes les marionnettes… à la fois feuille au vent et à la fois dans l’agitation de ce monde…

Nous devons accepter cela ? Le voir et l’accepter ?

 

– Bizarre comme pensée et question, je ne me suis jamais posé les termes ainsi, autant demander s’il faut accepter d’avoir besoin d’aller aux toilettes tous les jours.

 

– Oui, longtemps on va aux toilettes sans même y penser, comme ça, c’est nature, ça fait du bien. Mais si on pousse l’image, ce que nous essayons de faire est d’être un peu plus conscient de ce que nous sommes… Oui ? Non ?

 

– Oui.

 

– Alors se découvrir à la fois feuille au vent, et dans l’effort de la traque, dans ce paradoxe…

 

– La « traque » ne demande pas d’effort. C’est tout ce qui n’est pas « traque » qui est épuisant, insensé et mortel.

 

– Oui, pour celui qui voit, mais pour celui qui doit révolutionner ses façons de faire, ses façons de voir.

 

– Mais non !

Un poisson est encore un poisson pour un aveugle ou un sourd.

L’effort est toujours imaginaire.

Que veut-on démontrer ?

Que respirer demande un effort ?

 

– Faire avec les formes, c’est déjà faire ce que je disais… tu rappelles une évidence que l’on ne peut s’asseoir sur rien. Mais on va s’asseoir quand même pour vivre en ce monde, et faire du tri, et dire que cela est faux, pour ne pas faire n’importe quoi. Je parle de ce niveau-là.

 

– Ok. Y’a pas grand chose à dire de ce niveau-là ! C’est comme le théâtre. Le théâtre de la vie…

Du guerrier et de la conscience (14)

– « Tous nos instants multicolores, faits d’amour, des amours, et des haines, sont les briques qui nous composent, qui composent la vie, telle que je la vois. Telle qu’elle est sur cette planète. »

Ce sont des mots de toi. Ces mots-là parlent de la feuille au vent. Mais voilà que je me pose la question de l’art de traquer. Si la vie nous fait en tous nos moments, ceux d’amour et de haine, de paix et de doute, qu’est ce donc que l’art de traquer ?

 

– L’art de faire comme si je croyais en quelque chose alors que je ne crois pas.

L’art de ne pas perdre de temps à faire paraître une image de moi et pourtant vivre avec l’image de moi que tout le monde se fait.

L’art de donner l’impression de prendre alors que prendre est impossible lorsqu’on sait ce qu’est le don.

L’art de donner l’impression que l’on sait recevoir alors qu’on est complet.

L’art de donner l’impression qu’on regarde les formes alors qu’on se fie d’avantage à leurs ombres.

 

– La feuille au vent donne le change ? A ce monde, à la rive de la dualité ?

 

– Oui.

 

– Mais pourquoi fait-elle cela ? Elle n’en décide pas ?

 

– La vie ne décide pas, elle fait.

Du guerrier et de la conscience (13)

– Être impeccable ? Agir dans un but déterminé par un projet d’avenir ?

 

– Certainement pas ! L’impeccabilité est tout le contraire de la bas d’un « projet », elle est même la seule condition pour absorber ce qui se fait là, maintenant, totalement.

Elle est l’ordre naturel et non invention de l’ego humain, elle est l’instinct le plus primordial, tous les animaux sauvages sont impeccables, c’est pour cette raison qu’ils savent nous montrer la vraie vie.