Plume d’Eveil – Du silence (6)

La méditation c’est réduire l’activité de la pensée… il n’y a plus que sentir.

Tout participe, la vie est création, toute pensée, tout acte.

Quand le plein s’abstient, il crée du silence.

Il n’y a pas de réponse parce que les questions ne viennent de rien.

Lorsque s’exprime quelque chose qui n’est plus de nous, cela ne s’exprime pas, il ne reste que le silence.

Le contraire de la connaissance, la vacuité…

Celui qui n’est pas, peut répondre.

La relation n’est pas pour le souvenir, elle est invisible, elle est essentielle.

Publicités

Du silence (5)

– Tu as dit, le vie exclut le silence. Et je viens de lire des mots où tu disais que c’est le silence qui donne la vie : « De même que la mélodie comporte une armature solide, c’est elle que l’on peut transcrire en portée sur le papier, mais à l’intérieur, presque imperceptible, presque inaudible respire le silence qui donne la vie. Il s’insinue jusqu’au plus profond de nous, là où aucun scalpel ne peut inciser, aucun microscope espionner. »

Je le sais ce silence, même si mes sens ne me permette pas de l’entendre. Ce n’est pas du silence vraiment.

 

– Oui, le silence vrai est un non-faire. J’emploie le terme « silence » à défaut de trouver mieux, mais il ne s’agit pas du silence dont on parlait.

 

– Oui, mais ce mot n’est pas inapproprié, il montre du doigt.

 

– Oui, il l’est dans ce cas ci-dessus. Là où il ne l’est pas, c’est lorsqu’on veut parler du silence absolu, car celui-ci est néant. C’est-à-dire, la force qui annule.

 

– Oui, et cette chose qui donne la vie ?

 

– Elle est organisation du son. C’est le son, le chant, le chant organisé donne toutes les formes de vies, comme le ciseau qui taille la pierre ou les ciseaux qui coupent le tissu.

Le son est à la fois source de vie et produit de la vie.

 

– Et la vacuité ? Tu vois il me semble qu’il faut un autre principe pour que tout cela soit possible, comme la coupe qui reçoit le vin.

 

– La coupe c’est le vivant, toi et moi, la fourmi, c’est tout cela la coupe et la vacuité est ce qui donne à la coupe le moyen de se remplir.

Du silence (4)

– Il me semble qu’il y a plusieurs niveaux de silence, comme différents niveaux de conscience.

Il y a un moment où les pensées liées au conflit en soi, au sentiment d’isolement, s’absentent.

L’esprit est calme, plus fort, plus stable. La paix s’installe.

Ensuite vient la fin du bavardage récurrent, celui qui fait commentaire à propos de tout et de rien. Les sens perçoivent des choses que d’ordinaire on ne perçoit pas.

Mais ce silence radio ne semble pas l’ultime stade, il y en a un autre que je sens venir, plus profond, qui toucherait ce qui ne se met pas en mots. Peut-être qu’il concerne l’inconscient ou les modes de fonctionnement.

Est-ce qu’il faut voir là, la preuve qu’il existe des pensées silencieuses ?

Un silence total du mental, cela est-il possible, en dehors de la mort ?

 

– Approche ton oreille de la chair en putréfaction et tu y entendras un chaos sonore, c’est encore de la vie qui travaille, car c’est même travail pour elle de construire ou de défaire.

Dans les états comatiques, beaucoup d’activités mentales, et c’est « pensée » de respirer, et c’est « pensée » que de faire battre le cœur, et encore « pensée » que de filtrer le sang.

Ce serait une erreur je crois, d’appeler « pensée » seulement ce qui lui ressemble, je veux parler du dialogue intérieur. La « pensée » dans on sens élargi, c’est à dire tout ce qui concerne les impulsions électrochimiques, est l’émanation subtile de la « vie » qui se manifeste au creux comme à la surface de toute organisation, de toute « cathédrale cellulaire ».

Je ne parle pas de « niveaux » en ce qui concerne le silence, je qualifie la densité de bruit ou a contrario, la disponibilité de l’espace que je nomme encore « vacuité ».

 

– Des pensées silencieuses, peut-être des « combinaisons » chimiques qui n’apparaissent pas aux « yeux » du « je » ?

 

– Ben voilà, considérons que lorsque ça ne bavarde pas, c’est un bon silence. De toute façon tout ce que nous faisons, c’est juger de la qualité du silence.

Si Dieu existe il ne peut supporter le silence absolu parce qu’il est pire que mort.

Si Dieu existe, la vie est en lui, et en tout. Ce qui est autour est encore lui, cette vie-là précisément ne permettrait pas au silence d’être. Parce que la vie est contraire au silence, parce que le silence est pire que mort. Il est absence de vie !

Mais cela ne se peut, ne s’est jamais pu. La vie, toujours fut là, c’est elle qui accoucha du temps.

En engendrant le temps, elle empêcha définitivement au silence d’exister car celui-ci ne peut exister qu’en dehors du temps.

Du silence (3)

– Ce silence, il est paisible pour toi, n’est-ce-pas ?

 

– Oui.

 

– Tu pourrais ne plus parler, sans que rien ne te manque, alors tu ne parles que pour les autres ?

 

– Oui.

 

– Est-ce donc aussi vivant que ça en toi ?

 

– Le fait est que le silence s’installe parce que les interrogations ne sont plus et si les interrogations ne sont plus, c’est parce que le train-train des peurs et autres schémas n’est plus assez fort pour les produire. Mais aussi parce que ce que je « vis » dans chaque instant ne me laisse pas le loisir d’un quelconque ennui, d’une quelconque suspension sur le doute, ou le regret.

J’ai trop à faire pour résoudre les équations de l’instant, pour me permettre le luxe d’une seule question, car toute question, tout doute, toute inquiétude, tout remord et toute crainte est un luxe pour moi.

 

– Ce « trop à faire », c’est quoi ? C’est quoi ces « équations de l’instant » ?

 

– Maintenir la connexion, et l’équilibre entre mes sens et la chose qui les touche.

 

– Cette chose c’est le supra mental ?

 

– Non, c’est tout ce qui existe là et autour de nous.

En effet ! Se prendre la tête et l’occuper pour être encore ailleurs là où on ne fait que du bruit pour ne plus entendre le silence, car le silence au début ne se révèle pas dans sa vraie nature. Il est inquiétant, vide de sens, et finalement, insupportablement bruyant.

Mais ça change, avec le temps on finit par entendre le chant.

 

– Ce silence est l’absence de pensée, n’est-ce-pas ?

 

– Oui, pour nous oui, mais le silence est encore là quand nous ne sommes plus.

 

– Oui, mais entend-on le silence ?

 

– Oui on entend le chant de la nature.

 

– Ce n’est pas avec les oreilles ou pas seulement ?

 

– Non pas avec les oreilles avec tous les sens puisque c’est le bruit de nos pensées qui étouffe nos sens.

 

– Tous les sens unifiés ?

 

– Oui ce que j’appelle : « la voix » mais ce n’est pas un son.

Voir une voix est une formule abstraite mais très explicite c’est la perception en plus grand car nous sommes déjà dans la perception. Une perception partielle mais une perception.

 

Du silence (1)

Comme un insecte qui virevolte à la surface de l’eau, la vie te mène au gré du vent et non au tien. Tu te démènes, tu cherches, mais ne sachant ni quoi, ni où. Tu voudrais t’envoler tout droit vers un destin différent, comme la petite église se rêvant cathédrale, l’impasse se créant avenue.

Comme un insecte tu planes cherchant un silence qui t’accepte, qui veuille bien t’envelopper comme le ventre de ta mère et te séparer du chaos des autres, du bruit des machines.

Et voilà que tout à coup une absence te prend,tu ne sais plus ce qu’était l’instant d’avant, il te semble que tu cherchais quelque chose, un poisson surgit hors de l’eau et te happe, c’est lui, c’est bien le silence que tu attendais.

Il faut parfois se pencher au-dessus du vide pour que le vide tombe en nous.