Plume D’Eveil – De la souffrance (17)

– Toi qui visites ces contrées lointaines, dis-moi, où vois-tu cette souffrance surgir ? Dans ce marquage à vif qui fut celui que tu reçus enfant, d’un coup à l’autre, sans que jamais ton esprit puisse vivre la paix entre les deux ?

– Elle me terrassa tout d’abord, et par faiblesse ou inconscience, je crus l’adoucir en m’habituant à elle, en lui donnant ma confiance, je me trompais, il est des chiens qu’il faut tenir en respect.

– Je me laisse porter par tes mots, ils rejoignent ceux que je connais. La vie ne se trompe pas, elle est.

– Oui, elle est. Tout simplement, dans sa grande beauté, elle est.

– Elle sait cela, le vivant qui se nourrit du vivant, la petite gazelle à peine née qui se fait dévorer par la lionne.

Elle sait la nécessité de l’impermanence, mourir pour que le nouveau soit, c’est inéluctable.

Krishnamurti dit que c’est d’une grande beauté et que cela est amour.

– Je me retrouve totalement dans ces mots.

– Est-ce ici que naît la souffrance ? Juste dans cette espèce qui s’éveille, qui s’éveille parce qu’elle se souvient et qui refuse l’alternance, qui refuse la séparation et la mort.

Mais elle n’est pas utile, conviens-en ?

– C’est dans une forme naturelle qu’elle est utile et non avec tous ces habits que notre suffisance lui fait endosser, je crois que c’est là que tu accroches sur mes mots. La souffrance est une force de la vie, comme ce qu’on appelle la « mort » est une force de la vie, comme la respiration, comme tant de choses encore.

– Nous l’acceptons dis-tu parce qu’elle nous donne un reflet de ce que nous sommes en profondeur.

– Oui, voilà un bel effet de notre egoïté.

Plume d’Eveil – De la perception (15)

– Ce sont les axes forts de la vie qui sont à l’origine du conditionnement, le monde s’adapte à lui-même nécessairement.

 

– Le monde végétal et animal, pour peu qu’on décide de catégories, semble être dans cette adaptation.

Et là, dans ce qui pourrait être une ouverture, cette chose inadaptée qu’est l’humanité.

Comment avons-nous pu échapper au mouvement du vivant ?

 

– L’esprit se trompe d’action tout « simplement », il sépare là où il doit faire fusionner, c’est une anomalie.

Mais à notre échelle nous ne pouvons pas considérer que cette anomalie soit le signe d’une dérive quelconque. Elle doit nécessairement être incluse dans le chemin d’évolution.

Plume d’Éveil – Des mots (13)

– Les mots, il ne faut pas prendre d’habitude avec eux, ils y perdent leur vitalité, à force de répétitions ils ne désignent plus rien.

Si l’on écoute vraiment ce qui se dit, sans bouger, c’est un autre mot qui vient, en adéquation avec ce changement en nous.

C’est très vivant ça, et comme ce qui est vivant, c’est beau.

 

– Oui.

 

– (Sourire), il arrive aussi, qu’un mot que l’on utilisait sans rien voir de ce qu’il désigne, ou une part si infime, devienne tout à coup lumineux… c’est comme une résurrection, la forme n’a pas changé.