Le témoin, position, état de conscience… mémoire

Mémoire vive, glissement, le parfum, le goût

L’atmosphère des souvenirs lontans …

 

« Nos souvenirs ne sont pas fiables 

Il suffit de retourner sur les lieux pour le vérifier. »

 

Oui, dans mon souvenir cette cour était bien plus grande !

Mais j’étais encore une petite fille

Au bout de la main de mon père

Comme le monde me semblait grand !

Et pour la parcourir cette cour, plus de pas.

Elle était plus belle aussi, de vieilles pierres

Un « abandon » bien vivant

Qui n’existe plus dans cette restauration.

 

Derrière la petite fenêtre

Je te vois, je te sens, je te touche

Tu n’allumais l’électricité que la nuit venue

Et encore !

Une ampoule de 25 watts dans la suspension

Monte et baisse

Ça en faisait des discussions

Qu’ils disaient que tu t’abîmais les yeux

Que quand même, faut pas exagérer !

Toi, tu ne disais rien, tu les laissais dire.

 

Dans le vieux frigidaire qui ne fonctionnait plus

Tu rangeais les journaux qui te serviraient

A emballer les haricots fraîchement cueillis

A l’aube tu allais dans les champs

Puis sur ton vélo, dans un cageot

Tu allais les vendre au marché.

 

Plus tard, quand je venais seule te rendre visite

Le dimanche en fin d’après midi

Tu étais là, derrière une autre petite fenêtre

A lire, à coudre, et même à ne rien faire…

Tu me racontais, comme dans tes lettres

Les potins du quartier

Rien de bien intéressant, mais nos corps échangeaient

Ces informations de l’autre côté.

 

Regarde-moi, s’il te plaît …

Ce petit garçon

Ils avaient été lui et sa sœur, deux enfants

De 4 et 5 ans, accueillis au foyer de la DASS

Leur mère ayant demandé un accueil provisoire

Dans ce lieu de vie où je travaillais

Deux groupes, celui des filles, celui des garçons

Bon, ils se voyaient bien sûr, mais pourtant séparés

Par la violence institutionnelle.
Si joyeux ce petit garçon, intelligent, vif

Le temps passait, la mère ne donnait pas de nouvelles

Toujours pas

Lui est devenu maussade, il s’est tu

Plus un mot ne sortait de sa bouche

Et ce moment où il se cacha, il ne voulait plus qu’on le voit

Je l’ai pris dans mes bras, bercé comme un tout petit

Son visage dans ma main, plus doucement encore

« S’il te plaît, regarde-moi… »
Il a fallu du temps pour qu’il sorte de son trou

Pour qu’à nouveau il puisse le partage du regard.

 

Trois petites histoires, des images

« On en a une énoÔrme envie ! »
Nous étions à table, les 4 enfants, trois filles et un garçon. 
Petit déjeuner où trônait le nouvel achat : Nesquik 
La cadette a dit : « Ben, c'est du chocolat en poudre » 
  
Le frère la rappelle à l'ordre :
« Ça, c'est du Nesquik au chocolat, c'est fort en chocolat ! » 
Il rythme ces mots, avec son couteau il marque le tempo 
Sur le couvercle de la boîte, répétant toujours plus fort :
« Ça, c'est du Nesquik au chocolat, c'est fort en chocolat ! » 
Fâché qu'il est que l'on puisse ne pas faire la différence
Celle annoncée par la réclame.

L'enfant...
L'enfant creusait, creusait, tous les jours il recommençait 
Je lui demandai : mais pourquoi fais-tu cela ? 
Il m'a regardé, il a plongé, et, il m'a montré.


Le cri
Nous marchons, toute grise, elle se faufile dans les hautes herbes. 
Elle pousse son petit cri strident.  
-- Elles sont bêtes ces souris, à crier comme ça quand elles ont peurs, 
les chiens ne l’avaient même pas vue, mais là forcément !

— Qui te dit, qu’elle est toute seule ? Ce cri est peut-être un signal d’alarme pour prévenir les autres ? Tu vois parfois il faut prendre le risque.