De la mort…

Le chien malade depuis des mois
C’est une sacrée leçon un animal malade
Rien ne se sépare en lui
Si bien qu’il continue à vivre
Tout entier dans ce qu’il fait.
 
Le soir, il a fait la ballade
Le matin, il était entré dans ce passage
À son rythme… moi,
Pour la première fois, dans le respect
Accompagner, sans se dire qu’il faudrait
Faire ceci, ou cela.
 
Lui proposer à boire
Le toucher doucement
Lui parler
Et surtout, laisser cet espace
Celui de la mort
Un espace qui ne cesse de grandir
Vacuité.
 
Il n’est plus qu’écoute
Les yeux fermés
Il écoute
Son monde familier
Se dissoudre dans l’immensité
Du chant du monde.
Ainsi le dernier sens qui nous relie
Alors que le corps se prépare à la décomposition
Retour à la matière infiniment vivante
Est l’ouïe…
 
La conscience, une grande oreille
La vibration est son
Première et dernière  expression de la lumière.

Le vivant se nourrit du vivant

Là, sortant les chiens… un ciel, de ceux que je nomme ciel vacuité.

Peu à peu les yeux découvrent l’ampleur du processus, la crête des montagnes si nette, les feuilles, les branches vivantes dans cette profondeur, c’est un bruissement lumineux, chaque brin d’herbe s’anime de l’intérieur.

Le corps se meut, sans effort. Il n’y a plus de réelles frontières entre dedans et dehors, ce n’est que transparence. Lorsqu’on présente à cette lumière la main, elle devient diaphane, la ligne rosée de la peau ébauche une forme.

L’acuité visuelle est grande, elle s’éveille à la vibration, voit ce qui tranche sans séparer. L’air plein de cette énergie qui se déverse en tout.

 Absence d’émotions.

Pas de Ho, de Ah, que c’est beau !

 

Ce n’est pas le silence, au plutôt si, le silence est là, au-delà des bruits de la vie qui n’ont pas cessé, au-delà des pensées qui suivent leur train.

Tout est comme à l’habitude, et même l’énervement après ce chien qui n’écoute pas, mais derrière, tout près, le silence en cette intensité.

 

Nous voici sur le chemin du retour, et brusquement Noireau plonge dans le fossé, avec tant de puissance qu’il casse la laisse et là, tout près, un petit chat roux, qu’il tue, en un instant.

Je le vois, qui plonge ses crocs dans le ventre doux du jeune animal…

Hallucinant, dans cette intense lumière qui pénètre tous les corps, ce chien, qui prend sans pitié, la vie en l’autre.

Il s’éloigne avec la victime en sa gueule, puis il revient triomphant déposer à mes pieds cette offrande. Juste, là, dans cette herbe inondée de l’intense lumière.

 

Un homme arrive qui voit la scène et le chat en la gueule du chien, et le chat déposé à mes pieds. Désignant le chaton inerte : « Celui là était là-bas ce matin, je l’ai vu, mais comment a t-il fait pour venir jusqu’ici ? »

 

Le petit chat est mort

La chaleur avait commencé à monter
Il ne pleuvait plus depuis plusieurs jours
Bien que le ciel fut bas
Ils sont tous rentrés, derrière les portes fermées
Tous les cinq, ils sont là
Glissement…

Devant la maison, là-bas de mes 13 ans
Je suis seule, avec le petit chat
Est-ce celui que le papet avait caché dans la voiture
Une portée qu’il avait découvert trop tard, il n’avait pas eu le courage
On avait dit ça ! de les supprimer. Les parents ne voulaient pas de chat
Aller savoir pourquoi !
Je ne sais plus…

Il fait beau, c’est un printemps
Le pêcher est en fleur
Le chaton joue dans les fleurs
Je ris de le voir si… joyeux
Instant, instant qui fait tout en Un
Une abeille, elle butine
Le petit chat se dresse
Il attrape l’abeille
L’avale.
Entre mes mains
Instant, instant…
Il rend son dernier souffle.

Le rêve

Un jour le fils fit ce rêve :

« Nous étions les quatre petits, toi et moi, dans le virage après la ferme où les chiens ont été attaqués par ce boxer fou. Un camion blanc, un gros camion est arrivé à vive allure … tu étais sur la chaussée il t’a happée, et il a disparu et toi aussi.

Plus tard, j’ étais rentré chez moi, et tu es arrivée, c’était bizarre, tu m’as dit : regarde j’ai tout ce qu’il faut pour passer. Et tu as sorti d’un sac un à un, je ne sais plus quoi, tu me montrais. Et puis tu es partie. »

Oui, là-bas nous sommes déjà.

Passer

Elle est assise sur un tabouret, dans la petite cour, devant la maison. Elle vient de perdre sa voisine, son amie, peut être sa sœur. Je le sais pour être passée en voiture, il y a deux jours. Impossible de doubler, la chaussée est si étroite, un fourgon bloquait le passage. L’un des hommes du village s’est empressé de venir me dire, qu’ici, une dame est morte.

Elle est là, assise, sur le petit tabouret

Le chapeau en paille chouchou 
Orné d’un ruban bleu 
Enfoncé profond jusqu’aux yeux 
Les mains croisées sur ses genoux 
Le corps prostré 
Elle répond à mon salut 
Un léger sourire.
  
C’est la petite fille qui est là 
Assise sur son tabouret 
Et qui pleure silencieuse 
Le départ d’un être aimé 
Qu’on connaissait depuis toujours 
Qui ne sera plus là
Chaque jour. 
  
Plus loin, plus loin encore 
La ligne d’horizon 
Petite fille écoute… 
Mais elle n’entend pas 
Pas encore 
Le jour s’approche 
Dans ce monde agissant.