Plume d’Éveil – De l’amitié (3)

– J’avais un ami, mais je ne parviens plus à lui faire confiance, que penses-tu de l’amitié Ron ?

 

– De l’ami je n’attends rien, ni qu’il se tienne face à moi parce que c’est la place de mon ennemi, non pas celui que j’ai choisi en tant que tel, mais celui qui veut me voir ainsi. Ni qu’il se place à mes côtés, car je ne veux le solliciter ni dépendre de lui, encore moins qu’il dépende de moi. Ni qu’il se tienne de telle façon que mon regard doive se lever comme on le fait pour admirer l’astre brillant dans l’espace noir, parce que lorsque je hausse mes yeux, c’est vers ce sommet qui m’attend ou celui que je défie, ayant conscience qu’en vérité je suis l’unique cible des défis que j’enfante. Mais peut-être attendrai-je qu’il soit là quelque part, que je le devine dans l’ombre me regardant passer, sans me poser de questions, sans pensées, confondu avec l’air, le silence et la lumière, complice en deçà et au-delà avec la poussière de mes pas.

Publicités

Plume d’Éveil – De l’amitié (2)

– Ron, je me pose des questions sur le sens de l’amitié, parce que je sens qu’un ami attend de moi que je prenne des positions, ou que je lui fasse des confidences qui pourraient concerner une troisième personne. Penses-tu que j’ai le droit de ne pas tout dire à mon ami ?

 

– J’attends de mon ami qu’il ne manque pas de me dire quand je cesse d’être en accord avec moi-même, s’il m’arrive de me cacher des vérités.

Je n’espère pas de confidences, et si lui ressent le besoin de m’en faire, je les reçois sans jugement de valeur.

Vois-tu, je ne me demande jamais si j’ai pensé à tout dire à mon ami, par contre je m’efforce à chaque fois de ne lui dire que ce que je crois qu’il peut entendre. De cette façon, le mardi, souvent mes mots sont différents de ceux que je lui ai donnés le lundi, et le mercredi, ce sont encore de nouveaux mots qui viennent à ses oreilles. Les jeunes vérités, celles qui n’ont pas pris le temps de vieillir patiemment sont comme le vin jeune, c’est-à-dire aigre à l’estomac.

Plume d’Éveil – De l’amitié (1)

Conversation avec un ami

 

Mon ami je t’en prie…

Pour ce que j’ai fait excuse-moi,

Sans le vouloir je t’ai blessé.

Mon ami qu’aurais-je à te pardonner ?

Des mots que tu as dits sans savoir.

Sans savoir, point de faute.

Oui, mais cette maladresse nuit à notre amour,

Un instant sans doute je n’étais plus cet ami.

Un instant sans doute je t’ai trahi.

Si dans cette amitié tu pouvais trahir,

Ce serait le signe qu’avant toi je me suis égaré

Car dans cette confiance que j’ai nourrie,

Toutes tes fautes par avance sont lavées.

Plume d’Éveil – De la relation (29)

L’une est au silence

Celui du sous-bois

Celui du murmure de l’eau

Celui du vagissement lointain

De la ville, de l’usine, de la guerre

Silence du vent

Silence de la lumière

Silence du cœur ouvert

Grotte dans les profondeurs

De la terre.

 

L’autre est aux mots

Perles au creux de l’huître

D’un grain de poussière

Elle aura arrondi de nacre

Aux teintes irisées

Doucement caressées

Doucement extraites

Elles roulent sur le sable

Rencontre du silence

 

De la terre, de l’océan.

Plume d’Éveil – De la relation (28)

Dans l’absence du « moi » il y a création… il y a du vivant qui s’échange dans la rencontre, dans les corps, la trace est là.

Au travers de nos mots, je suis allé vers toi et je t’ai touchée, sentie, et le plaisir qui va avec ces expériences.

Je me suis nourri de cette relation, au-delà de nos contradictions, ils s’échangent du vivant de toi à moi, et dans mon vivant je me construis avec ton vivant.

Je suis sûr que dans ton corps la trace de ce nous échangeons est là.

Elle dissiperait toute question et tout doute.

Il y a tellement de choses encore.

Bien plus vastes que les remises en question.

Plume d’Éveil – De la relation (27)

– As-tu déjà ressenti cela que l’ultime pas ne nous appartient pas, de sentir venir d’au-delà de toi une énergie tellement particulière ?

 

– C’est très étrange ce que je ressens à ce propos, mais peut-être est-ce tout simplement ce que ressent la corde du violoncelle ou de la harpe. Une vibration intérieure qui lui semble personnelle, tout à fait sienne. Mais en même temps, rien n’est à personne, tout ce que nous faisons est une petite part des choses, nous sommes une parcelle de conscience qui participe à quelque chose qui nous produit et nous contient.

La corde a vibré, un doigt magique venu d’ailleurs l’a effleurée, et pourtant ce doigt-là ne sent pas complètement la corde comme un objet étranger, il lui faut la sentir comme une prolongation de lui-même.

Une vibration se commet qui fouette l’air, l’air tremble et le son apparaît comme par prodige, l’immobilité choquée passant à la mobilité vivante et ce qui n’était qu’un bout de métal soulève des montagnes irrévélées dans les profondeurs de notre être. Et la corde ne vibre pas seule, l’instrument tout entier dansera avec elle, s’unira à elle, lui apportant un soutien in-mesurable, mystérieux qui sans doute remonte le temps jusque dans les mains du luthier.

Et plus haut encore, plongeant ses racines dans son intimité profonde, dans ce qu’il vivait avec sa femme, ses enfants, ses amis, et le son continue son chemin remontant encore, parce que c’est sûr, on pourra lui trouver des liens avec l’ovule qui se transforma en petit enfant futur luthier.

Plume d’Éveil – De la relation (26)

– Que reste-t-il lorsqu’on a plus d’image sur les personnes ?

 

– Il reste les personnes ou les autres « choses », telles qu’elles nous apparaissent dans leur « éphémérité ». Toutes choses étant éphémères, elles passent trop vite pour que nous puissions y coller un quelconque jugement.

Ensuite, avec le temps, notre esprit perd l’habitude de fabriquer des images parce qu’il a horreur à la base de ce qui ne peut durer en lui. Il sait en fond d’écran que tout finit par disparaître et cela lui fait peur.

Quand il n’a plus peur, il cesse de fabriquer des images ou plus exactement, il efface toutes les images qu’il prête aux choses pour pouvoir communiquer avec elles.

Mais ces liens de communication sont comme des traces de pas sur le sable que les vagues effacent au fur et à mesure.

 

– Comme une relation qui se ferait plutôt dans la rencontre avec des « événements » et non pas à partir d’une idée construite que celui-là est ainsi, etc ?

 

– Non, une relation qui se fait avec les sens sans la somme des interprétations qui l’accompagne d’habitude. Le seul fait de se répéter que l’on se leurre nous positionne dans une attitude d’éveil. Sauf si on se le dit avec ressentiment.

 

– De se redire, oui, sans témoin, parce que le fait de le dire à quelqu’un c’est autre chose.

 

– Oui. Parler à l’autre nous fait tomber dans les pièges de l’ego presque toujours. Mais pourtant parler à l’autre est une nécessité pour le travail, nous n’avons pas le choix.

 

– Alors ? Attention et rigueur…

 

– Rigueur et gentillesse. Acceptation et patience.

 

– Oui, gratitude aussi, quelque chose de doux pour l’autre naît là.

 

– Oui.

 

– Ne jamais renoncer… même si parfois on se sent tellement nul. Oui !