Du guerrier et de la conscience (6)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Qu’est-ce que le mouvement intérieur ?

 

– Pour parler du mouvement intérieur permets-moi d’utiliser une image. Prenons celle de la bouteille pleine d’eau que tu tiens dans ta main tout en cheminant. Comparons la rigidité du contenant, la limitation qu’il représente, la densité de son matériau, etc., à notre volonté incarnée dans nos muscles, nos organes et nos os. Cet ensemble se tient et s’unit dans le mouvement. Comparons maintenant le liquide contenu dans la bouteille, nous savons que bien qu’il en soit prisonnier, il n’en est pas solidaire, il possède son mouvement à lui et ne cesse de s’agiter au gré de tes pas. Associons maintenant notre respiration et l’ensemble des activités neurochimiques relatives à notre activité pensante, émotionnelle, et sensationnelle (de sensation), et nous pouvons commencer de conceptualiser deux plans d’expériences parallèles. Chacun de ces plans a son mouvement, son rythme, en fonction du moment. Le regard vers l’intérieur permet de visualiser les arythmies, les oppositions et frictions de ces deux plans en nous.

 

– Il y a une chose que je n’ai pas bien comprise, au sujet du mouvement intérieur. Tu parles de deux plans d’expérience parallèles, quels sont ces deux plans ?

 

– Les deux plans parallèles sont celui de la « volonté » de l’esprit qui ordonne au corps (en tant qu’outil) de s’animer dans une direction déterminée par elle, et celle du « vouloir », qui est connaissance profonde de l’être mais ignorance de l’esprit. Dans toute situation ces deux forces s’affrontent servant des causes éloignées et étrangères, sauf quand la paix est atteinte, je définis la paix obtenu par la fusion de ces deux forces.

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Du guerrier et de la conscience (5)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Que penses-tu du traité des cinq roues ?

 

– Bien entendu, l’ouvrage est dédié au rythme, la technique sans conscience de l’espace et du temps n’est que gesticulation.

Mais qu’est-ce que le rythme sinon un calage savant sur le mouvement intérieur.

Et ce mouvement doit être perçu. C’est donc encore un pouvoir des sens.

Le regard doit être là, non perçant et fixe, car il serait suspendu aux tensions internes.

Le regard est là, c’est une vision qui ne s’arrête sur rien, c’est un regard vide.

Vide de tout trouble, vide de tout questionnement, vide de toute attente, vide de toute fuite.

Alors ce ne sont plus des formes, des masses, des objets qui se tiennent là devant. Mais des mouvement d’air, de l’air fouetté par les intentions cachées.

Comme celui que le son frappe, envoyant des rouleaux de souffle sur nos tympans, et le tintement apparaît.

Un être vivant s’appuie sur l’air, cela semble évident quand il se déplace, mais pour le regard du guerrier chacune de ses pensées s’appuie sur l’air également.

C’est ce mouvement de l’air qui fixe le rythme, c’est ce mouvement qu’il faut pouvoir percevoir. Afin que le sabre ne soit pas agi par la main et les muscles mais par le rythme du souffle.

Du guerrier et de la conscience (4)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Dans ma langue personnelle, un Rônin est un homme libre de tout « besoin  de servir », ce qui est plus vaste que le fait de devoir « servir ».

Mais je n’en ai pas rencontré encore (sourire), ce doit être rare.

 

– Mais qu’est-ce-que la voie du Samouraï ?

 

– La voie du samouraï, celle que je connais bien entendu, parce qu’il y a de nombreuses compréhensions, est la voie de l’attention et de la perception.

La vie d’un guerrier repose essentiellement sur le souvenir permanent de l’imminence de la mort mais sans goût morbide bien sûr. La conscience de notre mort nous maintient dans celle de notre « rienté » de « l’essentialité » de l’instant présent et de la modération en toute chose.

Elle est la voie de l’humilité, non pas l’humilité en tant que parure de l’intellect, mais de celle qui se nourrit de la conscience du lien avec toute chose.

Elle est la voie de « l’impeccabilité », qui seule nous sait préserver l’énergie vitale, cette énergie nécessaire pour traverser chaque instant comme s’il était le dernier, nous impulsant le souffle du « sacré », c’est-à-dire le pouvoir de nous donner « tout entier » et de recevoir chaque chose dans sa totalité, sans la tronquer par nos jugements et pensées de toute sorte.

Du guerrier et de la conscience (3)

Non-faire

Comme la plume portée par le vent

Libre de ses désirs et de ses peurs

Son mouvement n’est pas son mouvement

Son ascension est celle des cœurs.
 

Sourire d’eau

Goutte tombe dans la mare

Exquise vague de soie

L’onde qui se propage te sourit.
 

L’impeccabilité

Un pas après un pas

Un saut après l’élan

Un silence entre chaque mot

Un espace entre deux lettres

Un souffle retenu et un vide soutenu

Du sens dans la marche

Point de marche entre chaque sens

Seul l’arc se tend et la flèche vole.
 

L’art de traquer

Sans tension je te poursuis

Sans crainte je marche devant

Sans détour je passe au travers

Sans fermer la main je te saisis

Recule devant celui qui fuit

Et dans tes bras le voilà qui dort.

 

Du guerrier et de la conscience (2)

Questions sur les œuvres de Carlos Castaneda

L’art de Traquer, ou peut-être comment toucher une autre forme du monde rendue presque inaccessible derrière la brume de nos pensées, nos mécanismes, nos conditionnements.

Notre matière reproduit des mécanismes, nos pensées sont comme les émanations de notre matière. Les cellules de notre matière s’organisent (par formation, expérience) pour susciter ces émanations.

Pour moi, l’art de traquet intervient comme une inflexion vers un autre regard, un changement de direction, un regard qui ne se laisse pas accrocher par le spectacle enchanté de notre « savoir ».

Cette démarche permet une évasion de la prison des « pensées » et cette évasion pourrait s’appeler aussi « folie » si la véritable folie ne consistait pas à perpétuer la confusion entre les mots comme « savoir » et « intelligence » par exemple.

Les programmes de nos comportements sont installés dans nos cellules, ils s’y sont installés bien sûr le long de notre histoire personnelle et le long de l’histoire de notre espèce, chaque fois que nous avons eu besoin d’une croyance, d’un rite, d’une tradition. Peut-être que « l’art de traquer » est le premier pas vers la « perception » libre, c’est à dire l’intelligence entre les hommes et l’intelligence avec le monde.

Je ne pense jamais voir les choses telles qu’elles sont.

Je ne prétends pas le pouvoir.

Je me contente de ce que je crois voir.

Je fais avec, c’est cela l’art de traquer.

Faire avec les formes sans attacher trop d’importance à ce que l’on croit qu’elles sont.

Du guerrier et de la conscience

– Mais pourquoi ce mot « guerrier » ?

– Pourquoi Guerrier ? Parce que cette démarche nous vient d’un temps où seuls les guerriers et les moines cheminaient ainsi. Pour moi les statuts de moine et de guerrier sont proches, même attitude devant le danger, la solitude, l’introspection, la disponibilité à l’instant, etc.

C’est un statut qui n ‘évoque pas le conflit ou la violence avec qui que ce soit. Ce sont les guerriers de la paix. La violence elle, est naturelle chez chacun, ça ne correspond pas à un statut, toute personne est d’abord violente dans toutes ses réactions, un guerrier ou moine étudie cette violence afin de pouvoir l’annihiler en lui, l’effacer. Ce qui représente le plus grand défi, si cela s’avère possible…

Je sais que cela est possible, et cela pose un dilemme en ce monde qui se créa violent, qui se créa au travers de chacune des violences, le monde ne « voulut » pas (en apparence du moins) qu’un être vivant surpassa, chassa la violence de lui, ce monde lui cria que la vie ne s’est pas permise ainsi, que cela va contre toutes les lois. Un homme, peut-être le premier, le prétendit (jésus) et les valeurs qu’il défendait sont contre-nature aux yeux de tous, y compris des Chrétiens bien sûr ! Ce qui est drôle dans tout cela, c’est qu’il est impossible d’être réellement Chrétien sans avoir dominé la violence en soi, je ne parle pas d’avoir dominé la peur hein, parce que ça c’est facile, n’importe quel fanatisme, obscurantisme ou déterminisme permet d’effacer la peur, la simple habitude du danger le permet, mais la violence, ah ça non !!! Rien de plus difficile. Voilà ce qu’est un guerrier.