De la mort…

Le chien malade depuis des mois
C’est une sacrée leçon un animal malade
Rien ne se sépare en lui
Si bien qu’il continue à vivre
Tout entier dans ce qu’il fait.
 
Le soir, il a fait la ballade
Le matin, il était entré dans ce passage
À son rythme… moi,
Pour la première fois, dans le respect
Accompagner, sans se dire qu’il faudrait
Faire ceci, ou cela.
 
Lui proposer à boire
Le toucher doucement
Lui parler
Et surtout, laisser cet espace
Celui de la mort
Un espace qui ne cesse de grandir
Vacuité.
 
Il n’est plus qu’écoute
Les yeux fermés
Il écoute
Son monde familier
Se dissoudre dans l’immensité
Du chant du monde.
Ainsi le dernier sens qui nous relie
Alors que le corps se prépare à la décomposition
Retour à la matière infiniment vivante
Est l’ouïe…
 
La conscience, une grande oreille
La vibration est son
Première et dernière  expression de la lumière.

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Sauveterre de Béarn

Le 05 Juin 1999

Découverte d’Orthez, et rien ne presse. J’ai délesté mon sac, de presque trois kilos ! Faute de pouvoir me séparer de la tente, j’ai fait un tri monstre. Le colis est parti chez Mamy-Papy. Je me sens si légère.
En l’église… un accord profond, joie paisible.  Pas de soleil, un peu de pluie, cela est sans importance.            

Départ tardif, je ne suis pas le parcours fléché qui fait un détour de presque 4km.
Plus loin, retrouvant les marques, je décide de les suivre. Le chemin, que j’ai docilement emprunté, s’est peu à peu étoffé d’épineux de toutes sortes, peu à peu mais sûrement. Finalement, il a fallu se le tailler dans un enchevêtrement de piquants, se graffignant bras et jambes. Pourquoi ne pas avoir rebroussé ?
Têtue, la dame, elle n’aime pas retourner en arrière ! Pourtant, j’étais sur le point de faire demi-tour, lorsque j’entends un chien aboyer. Au-delà du couvert, une maison, un homme sur la terrasse qui me regarde tout en se délectant de je ne sais quelle nourriture : « J’avais un petit creux », me dit il tranquillement. Je lui fais remarquer l’état pitoyable du chemin, il sourit : « Oui, il y a un petit bout de ronce, mais après c’est l’autoroute ».
Je poursuis l’effort en maudissant ses petits creux, petits bouts… Après c’est vrai, l’autoroute : une voie royale, de pelouse verte et douce.

A Hôpital d’Orion, sur un parking près de l’église, je m’arrête. Une famille pique nique et me propose de partager son repas. Pas envie de parler, suis dans mon antre : « Non, merci, c’est gentil… ». Je vais chercher de l’eau, comme souvent j’en trouve derrière l’église.
De retour, la gourde à la main, qu’un cycliste arrive. Il me demande où j’ai trouvé de l’eau, il se présente : il vient de Tours, il va à Compostelle… Il est bavard, mais bavard ! Un peu déprimé par les premiers jours de solitude, sûrement, je reconnais ce qui m’habitait. Mon silence, ne semble pas le gêner, il parle pour deux. Pain, pomme, fromage, c’est le menu du midi, un morceau de saucisson à l’occasion, c’est le cas aujourd’hui. Lui sort son réchaud à gaz, et met de l’eau à bouillir pour cuire des pâtes. Il me fait remarquer que pour tenir le coup il faut des sucres lents. J’ai fini de manger que l’eau commence tout juste à frémir. Il est temps pour moi de reprendre la marche.

Plus tard, il me rejoint sur la route, une route déserte parce que fermée à la circulation pour cause d’effondrement. Etrange ambiance sur cette route, un silence dense qui nous fait proches. La montée est rude, il m’accompagne un bout à pieds. Avant de repartir, il veut me prendre en photo, à mon tour je saisis son image.

Le voilà qui prend de la distance, filant dans la descente, disparaissant dans la grisaille du jour ouateux. Ne reste que la brume dans laquelle à mon tour je disparais.

J’ai bien grimpé, ces côtes sont à mon rythme, nous allons ensemble. Pose dans une grange isolée où finissent de vieilles machines agricoles.
La pluie se met à goutter au moment de repartir. J’enfile le K-way qui très vite ni suffit pas, alors la cape. Ainsi, j’arrive à Sauveterre de Béarn.
Il ne pleut plus, l’air est frais. Mes pas résonnent dans cette rue qui mène au centre ville. Pas de trottoir, l’enfilade des façades, et, d’une fenêtre ouverte une musique s’échappe. L’onde rebondit, balle de murs en murs. Personne dans cette rue.
Plus loin un café. La salle est grande, pleine de gens de tous âges. Ils sont tous là, dans un brouhaha coloré. Personne ne semble remarquer mon entrée, ils sont absorbés dans leurs discussions animées et joyeuses, pourtant je suis vite servie.
Me sens bien, chez moi… en quel autre endroit pourrait-on se sentir accueilli sans que l’on prête attention à soi ?
Alors que je me lève pour partir, un vieil homme s’approche de moi. Il me prend la main, la retient longuement, me demande s’il peut m’embrasser. Suis surprise, il me sourit : « Ce sera pour une autre fois. ». Autour rien n’a bougé.

La pluie a repris. Je pars à la recherche de la chambre à 100Frs, dont il est question sur l’un de mes « prospectus », elle est, paraît-il, réservée aux pèlerins.
À ce prix là, je cherche un hôtel ordinaire. Et voilà, l’hostellerie du château, un immeuble classé, entre vieilles pierres et lierres.
Il y a l’arrivée sous la pluie battante, l’hésitation devant la porte, et… Elle a compris tout de suite, silencieuse elle me conduit jusqu’à la chambre. Toute dégoulinante, je traverse un hall immense, des guéridons, des marbres, et l’escalier majestueux.  Je voudrais me déchausser, ne pas salir le tapis aux fleurs défraîchies, mais elle file devant, il me faut la suivre.
La chambre sent bon la cire et le parquet craque sous chaque pas. Deux grands lits  près d’une belle armoire, et les volets restent clos, me dit la dame. C’est bien, tout est bien.
Elle me demande si je souhaite dîner. Oui, tout est oui. Dehors la pluie, dehors le froid, dedans tout est paisible, hors du temps.

La serveuse m’installe face au bar, la table est bancale, dans un vase du jasmin. Des clients se dirigent vers une salle qui doit être celle du restaurant. Derrière la fenêtre, une terrasse battue de bourrasques.
Le parfum envoûtant du jasmin, la saveur des mets, la robe du vin, les va et vient de chacun, les arbres qui s’égouttent, la nuit tombant … je suis de toutes ces trajectoires.
Survient une éclaircie, la terrasse étincelle un instant, le silence pénètre la maison.
Dans ce décor suranné, au bout de ce jour si particulier, se réalise ce qui était promis.