Plume d’Éveil – De la relation (22)

– Ce silence est amour. L’amour qui traverse les personnes, qu’il faut s’abandonner encore et encore, toujours plus, pour entrer dans cette communion au monde, dépasser ce sentiment « ridicule » de solitude, perdre le goût de soi, de l’autre, pour un instant, pour toujours si cela se peut.

(Sourire)… je fais la fière, la fille qui va sans encombre d’ici à là-bas, mais je n’ai pas fini le traversée… Oh, je marche, ça je sais le faire, un pas puis un autre pas… Sais-tu que je te fais, encore et encore confiance ?

 

– La confiance, c’est quand l’ouverture pour l’autre est telle que lorsque tu le vois bander son arc vers toi, et vois voler la flèche dans la direction de ton cœur, tu ne bouges pas. Décidant que tu n’as rien à craindre de cette flèche, que ce n’est pas toi qu’elle désire atteindre, mais quelque chose d’autre, au-delà de toi.

Plume d’Éveil – De la relation (21)

– Faut-il se sentir responsable de ce qui arrive ?

 

– Se sentir responsable de chaque chose avec laquelle nous sommes en relation est l’unique voie pour moi, oui. Il y a une autre dimension qui ne découle pas de l’ego, ni de la personnalité, elle découle du chant naturel. Tout ce que nous sommes doit découler de cela. Tout doit être comme la respiration.

Le chant naturel est la musique qui se joue en tout point de l’univers et que nous pouvons entendre dès que les cogitations intellectuelles issues de la « personne » se font moins bruyantes.

Elle est là, en tous lieux et tous espace temps, c’est une musique qui ne cesse jamais.

La responsabilité est ce que nous produisons en réponse à ce chant, c’est notre vibration naturelle. Les animaux connaissent cela.

La perception et la communication sont inséparables, l’une sert l’autre, on ne communique que dans la proportion où l’on perçoit.

J’entends le « monde » me dire : « Tout a un sens, et ce n’est pas important que tu le connaisses. »

 

– Mais alors, que pouvons-nous dire ? Qui parle de la relation ?

 

– Dire ? Mais il n’y a rien à dire, dire n’est pas vivre. Pendant que tu cherches à dire, tant de choses s’en vont. Dire quoi ? La relation est là, je la sens, tu l’as sens. Elle s’agrémente de choses différentes. Mais ces choses-là ne comptent pas beaucoup. Nous parlons. Mais rien n’est essentiel sinon épousseter un lien qui n’est pas de l’essence des mots, ni des pensées, ni des personnes.

Ne nous y trompons pas, toute relation est riche et constructive si elle est habitée de ce silence essentiel qui n’a besoin d’aucun raisonnement, aucune analyse, aucune question. Le manque de clarté n’existe plus. Il ne s’agit pas de ne plus rien dire. Il s’agit de faire avec et comme cela se présente.

 

– C’est le tranchant de la lame ?

 

– Ou la caresse du coucher de soleil.

Rien te vouloir c’est tout te donner.

Plume d’Éveil – De la relation (20)

– Tu vois, face au fait que pour tout est pareil, je me sens dans l’obligation de comprendre pourquoi pour moi c’est important.

– Oui… (Sourire)

– Je sais que j’ai toujours porté ça… que cela soit possible. Mais dans ce monde des humains…

– Le monde est toi d’abord, pas celui des humains ou des rats. Le monde est toi, c’est toi d’abord qui le fais et c’est cette seule partie qui doit retenir ton attention. Le reste est suffisance.

–Investir la relation est suffisance ?

Oui, porter l’attention à nos actes, il n’y a rien d’autre à faire, mais parmi ces actes, la relation aux autres !

– La relation…

 Est au-delà de nos désirs ou souhaits.

 Au-delà de ce que l’on cherche à en faire.

 Au-delà de nos regrets et remords.

– Alors nul besoin de lui donner de l’importance, elle prend sa place toute seule.

– Oui.

– Je suis avec la relation, comme ceux qui pensent qu’ils doivent sauver la planète.

– Oui… (Sourire).

– Bon, si je n’ai rien à dire, je ne viendrai plus, juste parce que je pense que c’est important, je resterai dans le silence.

– Oui.

– Celui qui n’a rien à dire est de fait silencieux.

– Oui, il y a tellement à faire seulement pour se laisser être. Qu’il est bon de ne pas faire de bruit, si ce bruit n’est pas nécessaire à se laisser être.

Plume d’Éveil – De la relation (18)

– Cela est-il ignorance que de se laisser travailler par les choses ? N’est-ce-pas cela être « feuille au vent » ?

 

– Non. Tout d’abord il ne s’agit pas de se laisser, et tu ne te laisses pas d’ailleurs, (sourire) heureusement pour toi et moi.

Non, il s’agit d’un choix de dynamique et de réactions. Je te dis une chose, soit elle te convient et tu dis : je suis d’accord. Soit tu y vois tout un bouquet de sens possibles te remettant en cause, ou niant ce que tu sais de la vie, etc.

 

– C’est ça que j’appelle « se laisser travailler », tout un bouquet de sens me remettant en cause… la vie ne nous remet-elle pas sans cesse en cause dans ce que nous croyons savoir ? Je l’accepte de la vie, comme de toi.

 

– La vie, oui.

 

– La vie se dit aussi dans les autres. Dans la relation, toutes les relations.

 

– Aussi oui.

Plume d’Éveil – De la relation (16)

– En te relisant, je retrouve aussi la question de l’intériorité dont nous avions beaucoup parlé, elle vient faire écho avec …

 

– Quoi qu’il se passe en dehors de nous, ça n’a pas d’existence pour nous, sauf si nous l’invitions à se produire en nous, ce qui implique que ce « nous » soit étranger au « moi », nous sommes bien d’accord sur ce point.

 

– Et là, je vois, que sans cesse je repars, que c’est difficile de rester à l’intérieur, que quelque chose me pousse devant, toujours plus devant, comme si l’esprit voulait rejoindre ce qui n’est pas ici.

C’est très fort, de l’ordre de l’instinct, enfoui tout au fond de moi. Je n’en suis pas toujours consciente, là oui, par l’écho de tes mots.

Cela parle de marcher à travers des terres inconnues, de dormir à même le sol, de boire l’eau à la source, de ne jamais retourner en arrière, d’être guidé par les étoiles…

Cela parle de beauté, et d’amour doux et confiant, ici même chez les humains.

Cela parle si fort, que j’en pleure.

Peux-tu trouver des mots, mon ami, pour aider cet esprit à comprendre qu’il lui faut définitivement renoncer à ça, et accepter de se tourner vers l’intérieur, cet « ici » dont il ne veut pas ?

Peux-tu cela ?

 

– Je m’y efforce, chaque jour, et je sais que tu entends.

Le monde et sa source sont au centre de nous aussi, puisque partout. Les distances sont annulées, toutes les positions se retrouvent en un même point. La topographie n’a de sens que pour l’esprit.

La lumière jaillit de l’obscurité la plus sombre, mais le voyage le plus long est bien celui qui nous conduit en notre intériorité. Se tourner vers le profond en soi n’est pas égocentrique, loin de là. Tout prend sens en notre centre, et faire un pas vers ce centre est un acte d’amour. Car tout ce qui est étranger à notre conscience en nous, produit l’étrangeité du monde, le rend donc extérieur à nous.

Inviter l’autre au plus profond de nous, c’est faire disparaître toute altérité.

Plume d’Éveil – De la relation (15)

– Nous sommes-nous rencontrés dans cette journée d’hier ? Frôlés, peut-être sans le savoir…

 

– Je le crois bien Michelle, la plume d’ange nous montre que nous étions dans une réflexion très similaire.

 

– Mais au fond je me demande si cela n’est pas rêve d’ego, car rien d’individuel ne semble exister. La pensée, toutes formes d’énergies nous viennent d’un corpus, sans que jamais nous puissions être dans cette connaissance. Est-ce cela ?

 

– Je crois que c’est l’ego qui ruse encore lorsque j’entends que rien n’existerait s’il n’était là affairé dans ses productions créatrices. La conscience n’a point besoin d’ego pour se « produire », elle est dans les plantes et dans chaque caillou. Le caillou a t-il un ego ? Non, je ne pense pas.

Chaque caillou communique avec le reste de l’univers, non pas en tant que caillou, car cela est la représentation qui nous appartient à nous, humains, mais en tant que matière rassemblée, potentiel d’énergie. Ce que nous sommes est matière et énergie, cela échappe presque complètement à l’ego, sauf quand il nous fait monter sur une balance ou lorsqu’il joue des muscles pour bousculer son voisin.

Dans l’essentiel l’ego ignorera toujours ce que nous sommes, ce n’est pas son affaire.

En fait je ne crois pas que l’ego soit créateur, il est un esclave malheureux qui fait le plus de bruit possible par peur d’être oublié. L’ego est un paravent.

 La question qui a de l’intérêt à mon sens est celle-ci : se peut-il que ce paravent soit amovible ?

De la relation (14)

– Que me diras-tu encore concernant l’attachement ?

 

– Ce que je voudrais dire ? C’est que l’attachement masque certains mouvements de conscience en cette intériorité. Mais il ne masque pas tout, bien heureusement.

On peut faire l’expérience de l’intériorité tout simplement parce que l’attachement, comme les autres « sentiments », n’est pas continu.

On n’est pas dans l’attachement d’une façon linéaire.

 

– Alors laisser ces trous dans le filet

Qui retient ce monde, le nôtre

Illusoire et éphémère

Les laisser nous dire

La beauté de cet au-delà

Où même le souvenir du manque

Disparaît comme brume

Sous la caresse du petit matin

Quand le soleil passe l’insolente

Muraille

Comme une vague immense

Qui emporte tout sur son passage

Un allegro s’élève là, le cœur exulte.

De la relation (13)

– Parlons veux-tu de la peur au cœur de la relation ? Je la vois omniprésente, dans le doute, et le manque de confiance, dans l’arrogance et l’attaque, elle semble être animée sans cesse par nous, bien qu’en vérité ce soit elle qui nous anime.

– Peur d’ouvrir sa porte au voleur…

Peur d’être trompé…

Peur de perdre ce qu’on a tant besoin de donner…

Peur de décevoir, mieux vaut ne pas tenter l’espoir d’être aimé si le risque existe de ne l’être plus…

Peur de se retrouver à deux plus nombreux que tout seul, risque improbable vu que c’est quand on est seul qu’on est le plus nombreux.

De la relation (12)

– A moins de se retirer dans la montagne, on est bien obligé d’agir dans ce monde, non ?

Tu le fais aussi, nous le faisons tous… alors pouvons-nous ne pas nous en préoccuper ? Tout est-il égal ?

– Non, rien n’est égal.

– Bien sûr qu’il en est ainsi, nous faisons donc des choix. Après avoir déblayé autant que faire se peut, il y a un moment où l’on décide de prendre une direction. Oui ou non ?

– Oui, et ensuite ?

– Je sens un risque à ne jamais se décider… a rester à ce niveau où l’on se dit que l’on ne sait pas… que l’on ne peut pas savoir… comme un état d’impuissance…

– Je ne vis pas cela. Tout le monde me voit comme un homme de décision. Un homme d’action.

– Je ne dis pas que tu vis les choses ainsi, et si je t’en parle c’est bien pour ça ! Qu’est-ce alors pour toi agir ? Tu décides et tu fais…

– Oui, le contraire de tourner en rond.

– Oui, parce qu’il n’y a pas de question pour toi. Pas de question, donc tu décides et tu fais. Et cette force vient-elle du fait qu’il n’y a pas de question ?

– Les questions sont faites pour ceux qui espèrent un savoir. Ils pensent qu’il est nécessaire de savoir pour vivre.

– Donc la force vient du fait de ne pas avoir besoin de savoir ?

– Voilà ! Et je dirai que c’est ceux qui n’en ont pas besoin qui en savent le plus. Mais ils ne savent pas forcément ce qu’ils savent.

Le monde se partage en deux : ceux qui comptent sur le savoir et ceux qui vivent en se fichant bien du savoir. Les mots comme « savoir » sont faits pour les imbéciles.

Vivre se suffit et comme il est vaniteux de croire que l’on peut percer les mystères du monde. Je vis en regardant toute chose comme importante. Ainsi, je respecte toute chose, j’honore toute chose. J’en prends soin en veillant bien de ni la corrompre, ni la posséder. Ainsi, je reste libre comme je laisse toute chose aussi libre que moi-même.

Donner la liberté à toute chose, c’est se donner la liberté. Il n’y a rien d’autre à faire, parce que cela emplit déjà bien la vie. Le reste est bavardage.

– Dirais-tu que ce que nous faisons là, est du bavardage ?

– Oui ! Oui parce que j’ai déjà fait ce discours une bonne vingtaine de fois pour toi. Au-delà de quatre fois, tout est bavardage pour moi… pour moi.

– Une chose peut-elle être du bavardage pour l’un et non pour l’autre ? Je crois que non !

– Là, tu es mieux placée que moi pour en juger. Mais j’aurai parié que pour toi, ce n’est pas du bavardage.

– Il me semble que la seule chose important, est ce qui se passe dans l’échange. Si l’on se place à ce niveau où pour toi c’est du bavardage et que pour moi cela n’en est pas, nous ne sommes pas en relation.

– C’est toi qui l’affirmes… Je n’ai pas la prétention de juger de la qualité de la relation, ni de savoir ce qu’elle sert précisément. Et mon sentiment, n’est que mon sentiment.

– Au fond les sentiments ne méritent pas d’être signifiés, c’est ça ?

– Au contraire, on doit les signifier puisque de toute façon, le corps les signifie sans censure. Mais on doit faire attention de ne pas prendre trop de décisions sur la base des sentiments.

– Oui, le corps signifie sans censure et chacun le sent dans son corps. Entendre à la fois ce que l’autre émet, ce qui se dit en soi…

– C’est vivre, le reste est bavardage !

– Alors nous avons échangé non pour la valeur du savoir, mais pour avoir osé se dire nos sentiments que nos corps disent si fort.

– Il te faut encore chercher à savoir pourquoi nous avons échangé ? (Sourire). Nous avons échangé pour vivre, le reste est bavardage.