Quand c’était encore petit

Petite Sarah et sa mamy

C’est l’histoire coquine d’une petite fille et de sa grand-mère. C’est deux là s’aimaient beaucoup, d’un amour vrai qui ne se cache pas derrière de mauvaises manières.

Lorsqu’elles se retrouvaient après une séparation plus ou moins longue, c’était la fête !

Petite Sarah avait un sacré caractère, deux ans, mais alors quel tempérament. Je veux, je veux pas, ce n’était que ça.

Le premier jour mamy riait aux éclats devant tant de détermination.

Le deuxième jour elle souriait tendrement.

Le troisième jour, épuisée, elle se fâchait, et même devant l’entêtement de la petite se fâchait pour de bon. Et c’était là, qu’il fallait se quitter, alors on se quittait sur un mauvais sentiment, comme si il n’y avait eu que ça, ce qui n’était pas le cas. Il y avait eu le premier et le deuxième jour. Et même que le troisième était tout aussi important, on s’était dit des choses importantes. Peut être même, les choses les plus importantes.

Que la vie ce n’est pas que des sourires. Que de se rencontrer et de s’aimer ce n’est pas si facile. Qu’on ne s’aime pas seulement en cherchant à se faire plaisir.

Oui vraiment ce troisième jour était certainement le plus important.

Alors mamy qui n’est plus une petite fille et qui sait s’exprimer autrement que par des je veux, je ne veux pas, c’est bon, c’est pas bon, décida d’écrire à sa petite Sarah. Deux ans, c’est un peu, beaucoup, trop petit pour lire et même peut être pour comprendre. Tant pis, cette Mamy là, décida qu’il fallait quand même le faire. Maman Jack lira la lettre et Sarah écoutera ou n’écoutera pas, ce qui était important c’était de l’écrire cette lettre et de l’envoyer. Et elle le fit, car elle faisait toujours ce qu’elle disait.

Le cœur plein de bonheur, mamy attendait maintenant, le prochain séjour de Sarah, à la plaine des Grègues, la haut dans la montagne si belle. La prochaine fois, on essayera à nouveau, autrement de se rencontrer, pour que le jour nouveau arrive pour de bon.

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Le soir en rentrant de la ballade
Il y avait ce petit chat dans la cour
Aussitôt sur les talons
Sur le bureau elle s’est installée
C’est une fille
Entre ses petites pattes
Elle prend mon visage
Ce geste…
Nul besoin de ramener le souvenir
Ce geste porte tout en lui.

Les maîtresses de la maison
N’aiment pas, elles s’absentent
Et puis, c’est la nuit
Elles vont chasser.

Dormir…
Un vacarme dans la cuisine
Que se passe-t-il ?
Un chien !
Il grogne alors que j’entre dans la pièce
« Allons bonhomme ! »
Nous nous regardons…
Mon dieu, un pauvre chien
Tout maigre, dépoilé
Autour de son cou une cicatrice
Celle d’une ficelle au bout de laquelle
Il aura été attaché !
Ils font ça ici, je crois que c’est exprès !
Près de la porte ouverte, celle par laquelle il est entré
Il pourrait s’enfuir, ne le fait pas, il me regarde.

Je lui donne à manger
La petite chatte sur les talons
Elle piaille encore et encore
Me retourne, plus de chien 
Ah il sera parti !
Je le retrouve dans la pièce borgne
Celle qui est au milieu de la maison
Couché en boule, près du matelas
« Dors mon gars, on verra ça demain ! »
Bien décidée, à le garder.

Au matin, il a disparu
Je ne l’ai pas revu
Il est passé
Il savait ce qu’il voulait
Il l’a pris
Et a poursuivi son chemin
Bonne route à toi
Petit chien.

La vie, sauvage !

Le petit chat d’un jour

Un jour, sur le chemin de Compostelle, un passage difficile entre France et Espagne, la fatigue d’un voyage à pieds déjà si long, et puis ne pas parler espagnol, et puis la pluie, et puis… l’envie poignante de rentrer à la maison.

La veille il y avait eu Janine, accueillante au gîte de St Jean Pied de Port, c’est fou quand cet espace s’ouvre entre deux personnes ! Je ne montrais ni ma peine, ni ma souffrance, et mes larmes ne coulaient que dans la solitude du chemin, mais j’ai si bien senti tout son corps, recevoir, caresser, consoler, dans le silence, comme si de rien n’était. Ouahhh, ça c’est très fort ! Elle m’avait aussi donner quelques conseils : avec ce temps ne pas aller seule par la montagne, préférer alors la route pour se rendre à Roncesvalles.

J’avais pris rendez-vous avec un petit groupe de filles, mais le matin à l’aube, j’ai attendu en vain, alors j’ai pris la route…

Me suis arrêtée, la frontière passée, sur un parking. Que cet endroit était sale et inhospitalier ! Flaques boueuses tachées d’hydrocarbures, poutres métalliques, rouilles, tout le désastre de la civilisation me pénétrait. Mais il y avait nécessité, un peu me reposer, poser le sac, manger…

J’étais là, assise du bout des fesses, lorsqu’est arrivé un petit chat… doux jésus, il était si maigre, borgne, dépoilé. Ouahhh la vague ! Incommensurable vague, la misère, la souffrance, la peur, je ne pouvais plus y résister, elle m’a emportée comme elle emportait tout en cet endroit, croisement de lignes invisibles…

Puis, j’ai donné à manger à ce pauvre minou, l’ai caressé, lui ai parlé : « Je ne peux pas t’emmener, il faut que j’y aille ». Alors, sans plus me retourner, j’y suis allé.

Suspension…

L’enfant s’est posée

Elle me parle de tant de choses

De ses petites affaires

Comme ça, tout simplement.

*
Ses mots ont une résonance

Si particulière, pas de barrière.

*
Il est question d’Arthur

De la grande section

Frère d’une de sa classe

Et qu’ils jouent ensemble

Elle s’interrompe, gronde

Le chien qui aboie.

*
« Mamie tu te souviens,

On a vu un cheval et une chèvre

Non ce n’est pas une chèvre

Mais le dromadaire. »

*
Elle soupire, appliquée

Dans le tri qu’elle a entrepris

« Mamie je pourras pas tout faire »

Dehors la pluie… cela faisait longtemps.

Rencontre…

Le 18 Mai 1999

Le soleil est au rendez-vous ce matin, mais des orages sont prévus. Il faut aller avec cette menace.
Buissière-Galant, un drôle de village coupé en deux par un plan d’eau et son coin de campagne. Entre la queue et la tête, au bord du lac, je pique nique et je mets le linge encore humide à finir de sécher. La scène est plutôt comique, toutes ses frusques étalées sur bancs et tables. A voir la superficie occupée, je me demande comment tout cela peut tenir dans le sac. Mystère du déploiement, nous avons dans le ventre entre 5 à 7 m d’intestin !

 

 

« Si vous aviez compris la souffrance…Vous n’auriez pas tant souffert. »
Ah, ces mots ! Ils auront servi à condamner, ou encore, à sanctifier, esprit duel qui ne cesse d’opposer !
Comprendre qui est prendre en soi, retrouver le chemin du corps, entendre au cœur des molécules le chant des énergies. Voilà bien ce qui doucement, se réveille en elle. Ces mots, elle les entend vibrer quelque chose de cette immensité qui s’ouvre là, mais pas encore assez de force, alors, elle en appelle à plus grand : « Que n’ai-je pas compris ? Viens me dire et me redire. Laisse-moi me reposer près de ton ombre et me réveiller dans ta lumière, s’il te plaît ! »
Après la longue traversée de Buissière-Galant, deux villages reliés par un trait d’union, c’est ce qu’elle se dit,  la route passe sous un pont de chemin de fer. Là où l’ombre et la lumière se touchent encore, une borne : la départementale change de nom, voici la Dordogne.
Quelque chose de franchement différent s’impose d’emblée au marcheur : plus de clôtures, elles ont disparu comme par enchantement, sur les bas côté de la chaussée des fleurs inconnues, blanches, sur de longues tiges. Une sensation d’espace, de liberté, d’apaisement. Cet endroit est il magique ? L’endroit ou le moment, ou les deux à la fois ?
Qu’importe, le cœur s’allège, et un peu plus loin, un coin d’eau et de verdure. Elle l’a trouvé au bout d’un petit chemin, s’y installe, s’y allonge. Non, elle ne s’y endort pas, juste cette suspension du corps et de l’esprit, l’un dans l’autre, c’est si intime… 

 
Les habitants seront-ils aussi accueillants que leur belle campagne ? Pour le moment je traverse une terre inhabitée, la route va, seule.
A St Pierre de Frugie, je les entends mais ne les vois pas. Et ceux que j’aperçois au loin disparaissent à mon approche. Je décide de mettre fin à ce jeu de cache-cache, en franchissant la porte de l’unique café.
Personne, si ce n’est le patron. Il regarde la télé et reprend son activité dés qu’il m’a servie. Je l’interroge sur les possibilités d’hébergement dans la prochaine ville. Il ne sait pas, il me dit qu’il serait possible de camper sur son terrain qui se trouve en face. Je remercie, mais le soleil brille et j’ai encore des forces, j’irai jusqu’à La Coquille.
De gros nuages sont arrivés. Menaçants, ils m’ont accompagnée, traversant avec moi la profonde forêt, entrant en même temps dans la ville.
La Coquille, je suis déçue par l’insignifiance de cet endroit : une côte sans fin, bordée de pavillons proprets, jardins tirés au cordeau, une église en béton, pas une pierre.

C’est qu’elle attendait ici, à cause du nom évoquant la coquille du pèlerin, un lieu de pouvoirs, qui vibrerait à quelques mystères. La voici doublement agacée, à la déception s’ajoute le constat de ces attentes idiotes. Elle se dit que finalement elle se récite des mantras, sans même le savoir, qu’elle en appelle à la liberté, tout en attachant ses pas. Mais pas le temps de s’attarder,  à la boulangerie elle apprend que le camping est encore à plus de deux kilomètres.

On me dit, « C’est pas loin ! »
Les bougres, ils ne marchent pas ceux là, ou bien ils ne sont pas fatigués. Deux kilomètres, en ce moment précis, avec l’orage qui menace, ça ne me fait pas rigoler et le mécontentement grandit.
De grosses gouttes commencent à tomber, le tonnerre se fait entendre et se rapproche. Mais la colère qui gronde en moi fait plus de bruit encore.
Et  la goutte qui fait déborder le vase, j’en vois un qui de loin me regarde crapahuter, et qui rentre se dissimuler dans l’ombre pour continuer à m’observer (des fois que je lui aurais demandé quelque chose !). Ca explose en grands fracas.
Je fulmine contre tous ces…, contre ceux qui passent en voiture et qui s’en foutent pas mal que je risque de prendre la saucée, j’en ai après la terre entière.
J’y vais d’un bon pas, la colère ça donne de l’élan, quand déboule du haut d’une prairie un jeune mouton. Il descend à vive allure vers moi, en bêlant comme un désespéré. Il a quitté le gros du troupeau qui paît là haut sans se préoccuper, ni de l’orage, ni de ce comportement surprenant de l’un des leurs.
Le voici, juste derrière la clôture, il me regarde avec ses grands yeux fendus, ses lamentations prennent une intonation de reproches. Quelque chose comme : « Mais d’où viens-tu ? Tu es en retard, je t’ai attendu tout l’après midi, et avec ce temps qui se gâte… »
Et de lui répondre en accélérant le pas : « Qu’est ce que tu me veux ? Tu vois bien que je n’ai pas le temps, il faut que j’arrive avant la pluie, que je monte la tente avant le déluge. D’abord je ne te connais pas, tu fais erreur sur la personne, désolé ! » Et je file, sans me retourner. Lui continue à m’appeler, et ces appels prennent une intonation de tristesse. Mais je suis loin, mon cœur s’attache encore un peu plus.
Lorsque j’arrive au camping, je fonce sur un homme qui est entrain de tondre la pelouse. J’aboie, vrai, je ne suis pas aimable. Il me répond calmement et m’indique un endroit où je peux m’installer.

La tente est montée, j’ai même pu cuire la soupe et la manger, avant que l’orage ne perce son abcès.
Là, j’ai été battue à plate couture, grand comme ça je ne saurais le faire. Toute la nuit, il a rugi à la tête de son armada : le vent, le tonnerre, les éclairs, et… la pluie.
La rage qui était en moi a cédé, elle a trouvé son maître.  J’ai applaudi à deux mains ce déferlement d’énergie, le spectacle grandiose ne laissant aucune place pour un quelconque triturage de méninge.
Plus rien ne semblait pouvoir calmer la fureur des cieux, alors le spectateur enthousiaste a quitté les lieux, pour laisser place à une attention sans faille, un sentiment d’infini vulnérabilité et de respect.
L’humidité a, peu à peu, pénétré mon antre. Me suis recroquevillée dans un coin un peu sec, à chaque fois que je bougeais, ne serait ce qu’un doigt, de l’eau me dégoulinait dans le cou, sur le visage.
J’ai somnolé dans cette moiteur, sans même envisager que je pourrais quitter ce lieu.
Cette nuit s’ouvrit, alors, sur ce qui n’a de fin, je ne m’appartenais plus, j’étais toute cette démesure, cet ordre parfait.

Pierre n’amasse pas mousse…

Le 10 Mai 1999

Grande forme en ce matin ensoleillé, la nuit a été bonne. Le sac paraît léger, et je découvre un réglage des bretelles qui apporte du confort.

Les paysages sont très beaux du coté de Cruzon. Ca grimpe, mais, comme si des ailes m’avaient poussé, comme si les forces qui travaillent à ces formes profondes agissaient en moi…
Dans la côte qui mène au village, des cyclistes me doublent lentement, ils ne semblent faire aucun effort. Cela s’appelle mouliner. D’où vient cette expression ? J’en sais rien, mais il suffit de les voir pratiquer pour savoir qu’ils moulinent. Certains moulinent avec beaucoup de sérieux, ces cyclistes là sont très joyeux. Ils se sont arrêtés près de l’église pour pique niquer. Ils sont hollandais et partent pour Compostelle.
Je suis émue de rencontrer ces premiers pèlerins, eux sont surpris : « A pieds ? Toute seule ? ».
Souvent on m’interroge à ce sujet, cela intrigue, et occasionne pas mal de remarques. Le plus souvent on me trouve inconsciente, comme si je m’étais inconsidérablement ma vie en danger.
Je ne me sens pas en danger. Parfois il est là, si près, et met tous mes sens en alerte, et c’est bien. Parfois, je fréquente mes vieux démons, et c’est bien. Mais ce qui m’a mise en marche est en moi, une présence, une confiance absolue. C’est la première fois dans cette vie, que l’Action est. Elle a pris les devants, moi je suis, j’écoute, j’apprends, je révise. Il ne peut rien m’arriver de mauvais, juste ce qui doit se faire.
Impossible à expliquer cette alchimie, et cela me fait bien des regrets, comme un fossé entre eux et moi.

Ici, la clef de l’église est à l’épicerie. Il y a tant d’églises qui restent fermées au passant. Et pourquoi sont elles fermées ?
« A cause du vandalisme », me répond-t-on.
Hommes de peu de foi ! Maison de dieu, avez-vous dit, et vous avez peur des voleurs ! Vous vous racontez des histoires auxquelles vous ne croyez même pas ! Vous avez le christ à la messe et vos vies dehors. Il n’y a que des enfants, des innocents, pour vivre au cœur de Jésus. Ceux là ne grandiront jamais tout à fait comme les autres.
Enfin, ici, les clefs sont à l’épicerie, et la bonne femme m’a remis une notice de renseignements pratiques sur le chemin de Compostelle dans le Limousin. Ca, c’est une bonne idée, je remercie.

 

En quittant la ville, elle s’est trompée de chemin. Elle a monté la côte, là où il fallait la descendre. Mais rien ne peut entamer l’allégresse de cette journée en tant de beauté.
Elle décide de demander un coin pour planter la tente, à la Chapelle Balou. Pour ce genre de démarche il ne faut pas réfléchir, et, oser dés l’entrée du village.
Une femme est dans la cour, un panier à la main, elle semble hésiter : « Un coin pour planter la tente ? Ca peut se trouver… Et un bon lit, avec des vrais draps ? »

                                            

Pendant que Dominique prépare le repas, Michel lui fait visiter la chapelle du château. Ils ont été aussi au calvaire près du cimetière, il y a en cet endroit une très belle croix biface et un autel en granit.
Il est heureux de partager, il a fait de longues recherches, passionné d’histoires, de généalogies, d’arts, de vieilles pierres…
Elle se traîne, mais l’écoute avec attention. Les traces du passé, elle s’y intéresse, elle les contemple, les frôle, les renifle, elle s’imagine pouvoir y trouver une réponse, convaincue que ces dresseurs de pierre, ces tailleurs, ces bâtisseurs, avaient percé quelques secrets qu’ils auraient enfouis dans la roche.
Parfois, une émotion, et c’est comme si c’était tout à coup vivant en elle. Cette histoire a du commencé avec la cathédrale de Chartres, où elle est née. Elle a du s’éveiller à l’atmosphère sombre, humide, si particulière de ce gros ventre, à cette architecture à l’assaut du ciel.

Jusque tard dans la nuit nous avons discuté, et puis Dominique veut m’accompagner en voiture, jusqu’à Bénévent L’Abbaye. Elle dit que La Souterraine n’est pas une ville sûre, qu’il faut l’éviter.
Je refuse. Elle ne comprend pas lorsque je tente de lui expliquer, que ce soir je remercie pour tout ce qu’ils m’ont offert de si bon cœur, mais que demain, je dois reprendre mon bâton. Elle me dit que le chemin c’est aussi se laisser prendre en charge, Michel reste silencieux. Je suis lasse, je ne veux pas me justifier. Alors, je ne dis pas que La Souterraine, j’en ai rêvé en consultant un guide avant de partir. Il y avait une photo de l’église, qui m’a semblée fort belle, et puis le site aurait gardé des traces de l’époque gallo-romaine. «Quand j’en serai là…». Je n’y croyais pas, pouvoir faire ce long chemin… J’y suis, et rien ne me fera manquer ce rendez vous avec mes doutes réduits à néant.  

J’ai dormi dans la chambre de Dominique et de Michel, il n’était pas question de refuser…