Du guerrier et de la conscience (5)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Que penses-tu du traité des cinq roues ?

 

– Bien entendu, l’ouvrage est dédié au rythme, la technique sans conscience de l’espace et du temps n’est que gesticulation.

Mais qu’est-ce que le rythme sinon un calage savant sur le mouvement intérieur.

Et ce mouvement doit être perçu. C’est donc encore un pouvoir des sens.

Le regard doit être là, non perçant et fixe, car il serait suspendu aux tensions internes.

Le regard est là, c’est une vision qui ne s’arrête sur rien, c’est un regard vide.

Vide de tout trouble, vide de tout questionnement, vide de toute attente, vide de toute fuite.

Alors ce ne sont plus des formes, des masses, des objets qui se tiennent là devant. Mais des mouvement d’air, de l’air fouetté par les intentions cachées.

Comme celui que le son frappe, envoyant des rouleaux de souffle sur nos tympans, et le tintement apparaît.

Un être vivant s’appuie sur l’air, cela semble évident quand il se déplace, mais pour le regard du guerrier chacune de ses pensées s’appuie sur l’air également.

C’est ce mouvement de l’air qui fixe le rythme, c’est ce mouvement qu’il faut pouvoir percevoir. Afin que le sabre ne soit pas agi par la main et les muscles mais par le rythme du souffle.

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Du guerrier et de la conscience (4)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Dans ma langue personnelle, un Rônin est un homme libre de tout « besoin  de servir », ce qui est plus vaste que le fait de devoir « servir ».

Mais je n’en ai pas rencontré encore (sourire), ce doit être rare.

 

– Mais qu’est-ce-que la voie du Samouraï ?

 

– La voie du samouraï, celle que je connais bien entendu, parce qu’il y a de nombreuses compréhensions, est la voie de l’attention et de la perception.

La vie d’un guerrier repose essentiellement sur le souvenir permanent de l’imminence de la mort mais sans goût morbide bien sûr. La conscience de notre mort nous maintient dans celle de notre « rienté » de « l’essentialité » de l’instant présent et de la modération en toute chose.

Elle est la voie de l’humilité, non pas l’humilité en tant que parure de l’intellect, mais de celle qui se nourrit de la conscience du lien avec toute chose.

Elle est la voie de « l’impeccabilité », qui seule nous sait préserver l’énergie vitale, cette énergie nécessaire pour traverser chaque instant comme s’il était le dernier, nous impulsant le souffle du « sacré », c’est-à-dire le pouvoir de nous donner « tout entier » et de recevoir chaque chose dans sa totalité, sans la tronquer par nos jugements et pensées de toute sorte.