Plume d’Éveil – De la violence

– Mais la nature est-elle violente ? N’y voit-on pas de la violence pour mieux justifier la nôtre ?

 

– La sauvagerie et la violence ne sont pas synonymes n’est-ce-pas ? Le lion est sauvage mais pas violent. Le terme «sauvage » est synonyme de « libre », c’est pourquoi ce qui est « civilisé » n’est ni libre ni sauvage…

Alors la question est : Les luttes à mort auxquelles se livrent les animaux contiennent-elles un caractère violent ?

Si l’on admet que la violence se manifeste dans les rapports entre les individus, si on la définit comme de qui donne un caractère agressif à une action commise par un spécimen envers d’autres spécimens, je suis obligé de répondre par oui, la nature est cet ensemble de violences organisées.

Si je prends du recul, et si je veux voir que cette organisation de vie consommant d’autres vies est la seule condition réelle sur laquelle toute dorme de vie repose, là, je me sens obligé de dire que ce doit être beau, puisqu’il n’existerait rien qu’un grand désert s’il n’y avait pas cette loi, ce grand principe.

J’ose croire que l’humanité, non dans son ensemble mais pour quelques individus rares vivant ou ayant vécu ces millénaires, est la première espèce qui ait songé, imaginé, la vie fonctionnant selon un principe totalement opposé, la non-violence.

Or à ce jour, la non-violence (je parle de celle du Christ et non de l’ahimsa de Gandhi) doit être définie contre-nature. Je veux dire, qu’on n’en voit aucune trace dans la nature et qu’elle ne semble pas coïncider avec l’organisation de la vie.

L’autre question est : Le monde décide-t-il des lois en application, obligeant ainsi le « vivant » à obéir, s’adapter à lui ou a disparaître pour incompétence ?

Tu vois Michelle, s’il nous faut répondre « oui » à cette question, le message du Christ est le message d’un « décalé » ou d’un manipulateur. Comment un individu qui ne serait pas né comme tout le monde, pas mort non plus comme tout le monde, oserait inviter les hommes à le suivre, à répéter et intégrer son message, sa bonne parole ?

Cette bonne parole serait la folle parole, nous parlant d’un monde que jamais la nature n’a montré.

Le monde me convient tel qu’il est, malgré sa violence, il me convient parce que j’aime la vie qu’il offre et qui obéit à cela. Mais je me demande aussi si ce monde ne nous pose pas la question du changement.

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Ce matin-là, en vélo

Les lianes se sont échappées du terrain cultivé et l’enfant, qui est si grand pour son âge, m’a aidée à cueillir quelques grenadilles bien mûres.

Ce matin, en vélo, il file devant. Le voilà qui revient, quelques fruits dans une main :

– Une excursion chez le voisin. 

– Ah, non, il ne faut pas entrer chez les gens !

– Pourquoi ? C’est pas bien ?

– Écoute. On appelle ça, « propriété privée » et la loi des hommes en interdit l’accès. Les animaux se font des territoires qu’ils marquent de leurs urines et excréments, c’est une question de survie, une question d’interactions vivantes. Rien n’est figé dans le règne animal, c’est comme ces lianes qui s’échappent.

Les hommes pensent qu’ils sont supérieurs aux animaux et les traitent bien mal. Tu vois les vaches là-bas, attachées nuits et jours qui se chient dessus ? Les hommes, eux, ont fait des clôtures de barbelés, de hautes murailles, faisant les propriétés privées de liberté. Ils ont oublié qu’ils étaient venus pour autre chose que la répétition, si bien qu’ils sont dans la destruction. Ceci dit, il nous faut vivre en paix avec eux, surtout quand on ne voit pas les choses comme eux.

– C’est de la lâcheté ça !

– Non c’est de l’intelligence, si tu les affrontes, tu n’obtiendras que la guerre. Et ce n’est pas ce que tu veux. Invisible à leurs yeux, je cueille les fruits, les brèdes, et me nourris de ce qui n’appartient pas. Tu comprends ? Ce qui n’appartient à personne, à la nature toute entière.