Plume d’Éveil – De la relation (3)

– Alors nous restons seuls, même au sein de la relation ?

Te connaître… un peu…

 

– Oui, nous sommes seuls, cette quête de compagnonnage est culturelle, sûrement.

Me connaître moi ? Se connaître soi ? Ces habitudes qui nous désignent, prétendent nous signifier. Oui, bien sûr cela peut apporter plaisir et soulagement, à qui ?

Tu es instrument de musique, te connaître pourrait vouloir dire que je sais à qui tu appartiens, dans quel atelier de maître tu as vu le jour, quel est ton prix, ou le nom de ton propriétaire, voir le son exceptionnel que ton architecture interne propose. Dans quelle salle pourrai-je te voir te produire, mais je ne connaîtrais pas encore ta vérité.

Il me faut pour avoir une seule chance de la goûter un peu cette vérité, ne pas oublier qu’à travers toi c’est l’univers tout entier qui se joue, que tu es un canal pour ses orgues, et que ta vocation est de me donner le moyen de voir que je le suis aussi.

Que nous jouons ensemble un concerto qui établit les forces de la vie.

Tout ceci n’est pas de nous mais passe bien en nous, qu’importe le reste.

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PAmplume

Le 10 Juin 1999

Partie en solitaire, j’ai fini la route avec Rotraud.
Nous nous sommes d’abord croisées dans la matinée, elle était avec Markus. Ils ont du se séparer, car un peu plus tard, le grand jeune homme est passé seul alors que je faisais une pose.
Après une dernière montée dans un tourbillon de vent, j’ai franchi un pont en pierres, laissé sur la droite une chapelle, et là commence l’agglomération. La ville n’en finit pas, pas d’inquiétude les flèches jaunes indiquent la direction. Je sortais d’une boulangerie, Rotraud a surgi. Elle me demande si je m’arrête ici. Non, bien sûr que non, alors elle m’aide glissant le pain derrière la sangle du sac.
Il y avait encore un sacré bout, et pas facile à trouver, le parcours fléché ne passe par le refuge qui est de l’autre coté de la ville. Mais ma nouvelle amie autrichienne parle bien l’espagnol, ça aide.
Nombreux sont ceux qui se sont perdus à Pamplume. Ainsi Stéphanie et Jean-Lou se sont retrouvés en centre ville : « On lui avait rien demandé, il a compris qu’on était perdus, il nous a conduit jusqu’ici. ». Markus n’a pas trouvé de guide, les marques jaunes l’ont conduit jusqu’à la sortie de Pamplume, comprenant alors sa méprise, il a fait demi-tour, a erré longtemps. Il nous a rejoint fort tard, fatigué et de mauvaise humeur.

Le séminaire est une construction du début du siècle, défraîchie, mal entretenue. De loin on le reconnaît à une immense croix sur la haute façade. La nouvelle du christ vivant n’a pas dû parvenir jusqu’ici, des croix il y en a partout, sur les rambardes des escaliers, sur les murs du gymnase… C’est là que nous allons dormir. La salle est immense, encombrée de lits superposés, et comme nous sommes peu nombreux, l’impression  de démesure s’en trouve encore accentuée.
Nous avons laissé nos sacs, et sommes parties en visite. Rotraud est une petite femme très dynamique, je me sens bien avec elle. Nous sommes différentes, c’est certain, mais nos pas s’accordent, comme ça naturellement, dans le silence.
Elle m’entraîne donc à la découverte de Pamplume. Ce qu’elles sont animées les villes espagnoles, une vivacité joyeuse, quelque chose dans l’air qui vibre d’un air de flamenco !

La cathédrale est devenue musée, payante l’entrée ! Rotraud ne s’attarde pas, j’ai du mal à quitter cet endroit où sont alignées des vierges en trônes. La même taille, la même position, et pourtant, toutes autres. Les visages sont graves, figés dans une sorte de beauté étrange, fascinante, dérangeante. Les enfants Jésus ont les mêmes traits que ceux de leur mère, le même regard triste ou sévère, visage d’adulte en miniature. Mère et fils regardent dans la même direction, un regard qui n’accroche rien. Je le connais ce regard…

Rotraud m’entraîne vers la plazza, et nous prenons un verre et quelques tapas, tradition oblige. Déjà, je sais qu’elle va nous quitter avant la fin du chemin.

Nous avons partagé nos victuailles avec Stéphanie, Jean-Lou et Markus. Rotraud avait acheté une pastèque, j’attendais de voir comment elle allait s’y prendre pour trancher l’affaire avec son canif. Elle a sorti d’un sac de toile qu’elle nomme le frigo, un imposant couteau, un sabre oui. Eclats de rire devant la chose, certains font remarquer que cela doit alourdir le sac. Elle le fait passer de mains en mains afin que nous vérifiions tous, qu’il n’en est rien, et fièrement elle partage la pastèque.

Plus tard, nous nous sommes installées à une petite table pour quelques travaux d’écriture. C’est chaleureux, plein d’espace, tout va bien.