Plume d’Éveil – De l’amitié (5)

– Mais que dis-tu si fort que je n’entends pas ?

Qu’est-ce donc ce que tu appelles l’amitié ?

 

– Qu’est-ce que l’amitié ? C’est simple. Elle est le contraire de ce que l’on appelle le plus souvent « l’amour ». Car l’amour qui crée l’attachement n’est pas l’amour. L’amitié au contraire de l’amour n’attend rien, elle ne veut pas s’appuyer sur…, n’exige rien, elle se fait l’oreille pour entendre, alors que l’amour se fait bouche pour dévorer, et quand il prétend donner, c’est pas espérance de recevoir en retour.

As-tu observé, Michelle, comment tout autour de toi il est rare de voir un amour qui se donne sans aucun espoir de retour ?

C’est ainsi que je vis la relation avec tous. Sans attente, sans espoir, sans exigence, sans croyance, et préférant le silence à toute chose, je me tais si l’on ne me parle pas. Et si l’on me parle, alors je parle « d’amour », mais de cet amour qui se nourrit de lui-même.

L’amitié, se vit dans la plus grande modération, comme lorsque tu traverses une forêt, ce qui est important, ce n’est pas ce que tu vas y voir, y faire. Le plus important c’est de laisser le moins de traces possible de ton passage.

Ainsi se veut mon amitié, respecter l’autre pour ce qu’il veut être, et n’y rien ajouter qu’il veuille te prendre de son gré. Un bon ami doit savoir me voler, car je ne lui donnerai rien.

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Plume d’Éveil – De l’amitié (3)

– J’avais un ami, mais je ne parviens plus à lui faire confiance, que penses-tu de l’amitié Ron ?

 

– De l’ami je n’attends rien, ni qu’il se tienne face à moi parce que c’est la place de mon ennemi, non pas celui que j’ai choisi en tant que tel, mais celui qui veut me voir ainsi. Ni qu’il se place à mes côtés, car je ne veux le solliciter ni dépendre de lui, encore moins qu’il dépende de moi. Ni qu’il se tienne de telle façon que mon regard doive se lever comme on le fait pour admirer l’astre brillant dans l’espace noir, parce que lorsque je hausse mes yeux, c’est vers ce sommet qui m’attend ou celui que je défie, ayant conscience qu’en vérité je suis l’unique cible des défis que j’enfante. Mais peut-être attendrai-je qu’il soit là quelque part, que je le devine dans l’ombre me regardant passer, sans me poser de questions, sans pensées, confondu avec l’air, le silence et la lumière, complice en deçà et au-delà avec la poussière de mes pas.

Plume d’Éveil – De la relation (22)

– Ce silence est amour. L’amour qui traverse les personnes, qu’il faut s’abandonner encore et encore, toujours plus, pour entrer dans cette communion au monde, dépasser ce sentiment « ridicule » de solitude, perdre le goût de soi, de l’autre, pour un instant, pour toujours si cela se peut.

(Sourire)… je fais la fière, la fille qui va sans encombre d’ici à là-bas, mais je n’ai pas fini le traversée… Oh, je marche, ça je sais le faire, un pas puis un autre pas… Sais-tu que je te fais, encore et encore confiance ?

 

– La confiance, c’est quand l’ouverture pour l’autre est telle que lorsque tu le vois bander son arc vers toi, et vois voler la flèche dans la direction de ton cœur, tu ne bouges pas. Décidant que tu n’as rien à craindre de cette flèche, que ce n’est pas toi qu’elle désire atteindre, mais quelque chose d’autre, au-delà de toi.

Plume d’Éveil – De la relation (20)

– Tu vois, face au fait que pour tout est pareil, je me sens dans l’obligation de comprendre pourquoi pour moi c’est important.

– Oui… (Sourire)

– Je sais que j’ai toujours porté ça… que cela soit possible. Mais dans ce monde des humains…

– Le monde est toi d’abord, pas celui des humains ou des rats. Le monde est toi, c’est toi d’abord qui le fais et c’est cette seule partie qui doit retenir ton attention. Le reste est suffisance.

–Investir la relation est suffisance ?

Oui, porter l’attention à nos actes, il n’y a rien d’autre à faire, mais parmi ces actes, la relation aux autres !

– La relation…

 Est au-delà de nos désirs ou souhaits.

 Au-delà de ce que l’on cherche à en faire.

 Au-delà de nos regrets et remords.

– Alors nul besoin de lui donner de l’importance, elle prend sa place toute seule.

– Oui.

– Je suis avec la relation, comme ceux qui pensent qu’ils doivent sauver la planète.

– Oui… (Sourire).

– Bon, si je n’ai rien à dire, je ne viendrai plus, juste parce que je pense que c’est important, je resterai dans le silence.

– Oui.

– Celui qui n’a rien à dire est de fait silencieux.

– Oui, il y a tellement à faire seulement pour se laisser être. Qu’il est bon de ne pas faire de bruit, si ce bruit n’est pas nécessaire à se laisser être.

Galopade de nuages

Nous avons été avec Maxime, faire cette promenade en haut de la montagne par le chemin rouge, il y avait un silence comme il y a longtemps que je n’avais perçu, comme un écho à autre chose, en ouverture !

Le soleil descendait, ici il se couche vite. Sur l’océan un voile de brume, mais le ciel était clair et les sommets étaient dégagés.

Nous avons décidé de rentrer, et brusquement derrière nous, une galopade de nuages surgis de nul part. En quelques secondes, nous étions encerclés par cette valse pressante, un ciel noir et chargé, nous poursuivant.

Le petit a pris peur, il disait « Les nuages se chargent de pluie ». Il ne comprenait pas ma joie, devant ce spectacle si vivant de la nature.

Nous sommes arrivés juste à temps à la voiture, et l’enfant capricieux et malheureux de l’après midi avait disparu, il était là si doux, si gentil, prévenant, et me disant des choses douces.

Tellement authentique, touché, lui aussi, par l’intensité du vivant.

Le rêve

Un jour le fils fit ce rêve :

« Nous étions les quatre petits, toi et moi, dans le virage après la ferme où les chiens ont été attaqués par ce boxer fou. Un camion blanc, un gros camion est arrivé à vive allure … tu étais sur la chaussée il t’a happée, et il a disparu et toi aussi.

Plus tard, j’ étais rentré chez moi, et tu es arrivée, c’était bizarre, tu m’as dit : regarde j’ai tout ce qu’il faut pour passer. Et tu as sorti d’un sac un à un, je ne sais plus quoi, tu me montrais. Et puis tu es partie. »

Oui, là-bas nous sommes déjà.