Galopade de nuages

Nous avons été avec Maxime, faire cette promenade en haut de la montagne par le chemin rouge, il y avait un silence comme il y a longtemps que je n’avais perçu, comme un écho à autre chose, en ouverture !

Le soleil descendait, ici il se couche vite. Sur l’océan un voile de brume, mais le ciel était clair et les sommets étaient dégagés.

Nous avons décidé de rentrer, et brusquement derrière nous, une galopade de nuages surgis de nul part. En quelques secondes, nous étions encerclés par cette valse pressante, un ciel noir et chargé, nous poursuivant.

Le petit a pris peur, il disait « Les nuages se chargent de pluie ». Il ne comprenait pas ma joie, devant ce spectacle si vivant de la nature.

Nous sommes arrivés juste à temps à la voiture, et l’enfant capricieux et malheureux de l’après midi avait disparu, il était là si doux, si gentil, prévenant, et me disant des choses douces.

Tellement authentique, touché, lui aussi, par l’intensité du vivant.

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Le rêve

Un jour le fils fit ce rêve :

« Nous étions les quatre petits, toi et moi, dans le virage après la ferme où les chiens ont été attaqués par ce boxer fou. Un camion blanc, un gros camion est arrivé à vive allure … tu étais sur la chaussée il t’a happée, et il a disparu et toi aussi.

Plus tard, j’ étais rentré chez moi, et tu es arrivée, c’était bizarre, tu m’as dit : regarde j’ai tout ce qu’il faut pour passer. Et tu as sorti d’un sac un à un, je ne sais plus quoi, tu me montrais. Et puis tu es partie. »

Oui, là-bas nous sommes déjà.

Sauveterre de Béarn

Le 05 Juin 1999

Découverte d’Orthez, et rien ne presse. J’ai délesté mon sac, de presque trois kilos ! Faute de pouvoir me séparer de la tente, j’ai fait un tri monstre. Le colis est parti chez Mamy-Papy. Je me sens si légère.
En l’église… un accord profond, joie paisible.  Pas de soleil, un peu de pluie, cela est sans importance.            

Départ tardif, je ne suis pas le parcours fléché qui fait un détour de presque 4km.
Plus loin, retrouvant les marques, je décide de les suivre. Le chemin, que j’ai docilement emprunté, s’est peu à peu étoffé d’épineux de toutes sortes, peu à peu mais sûrement. Finalement, il a fallu se le tailler dans un enchevêtrement de piquants, se graffignant bras et jambes. Pourquoi ne pas avoir rebroussé ?
Têtue, la dame, elle n’aime pas retourner en arrière ! Pourtant, j’étais sur le point de faire demi-tour, lorsque j’entends un chien aboyer. Au-delà du couvert, une maison, un homme sur la terrasse qui me regarde tout en se délectant de je ne sais quelle nourriture : « J’avais un petit creux », me dit il tranquillement. Je lui fais remarquer l’état pitoyable du chemin, il sourit : « Oui, il y a un petit bout de ronce, mais après c’est l’autoroute ».
Je poursuis l’effort en maudissant ses petits creux, petits bouts… Après c’est vrai, l’autoroute : une voie royale, de pelouse verte et douce.

A Hôpital d’Orion, sur un parking près de l’église, je m’arrête. Une famille pique nique et me propose de partager son repas. Pas envie de parler, suis dans mon antre : « Non, merci, c’est gentil… ». Je vais chercher de l’eau, comme souvent j’en trouve derrière l’église.
De retour, la gourde à la main, qu’un cycliste arrive. Il me demande où j’ai trouvé de l’eau, il se présente : il vient de Tours, il va à Compostelle… Il est bavard, mais bavard ! Un peu déprimé par les premiers jours de solitude, sûrement, je reconnais ce qui m’habitait. Mon silence, ne semble pas le gêner, il parle pour deux. Pain, pomme, fromage, c’est le menu du midi, un morceau de saucisson à l’occasion, c’est le cas aujourd’hui. Lui sort son réchaud à gaz, et met de l’eau à bouillir pour cuire des pâtes. Il me fait remarquer que pour tenir le coup il faut des sucres lents. J’ai fini de manger que l’eau commence tout juste à frémir. Il est temps pour moi de reprendre la marche.

Plus tard, il me rejoint sur la route, une route déserte parce que fermée à la circulation pour cause d’effondrement. Etrange ambiance sur cette route, un silence dense qui nous fait proches. La montée est rude, il m’accompagne un bout à pieds. Avant de repartir, il veut me prendre en photo, à mon tour je saisis son image.

Le voilà qui prend de la distance, filant dans la descente, disparaissant dans la grisaille du jour ouateux. Ne reste que la brume dans laquelle à mon tour je disparais.

J’ai bien grimpé, ces côtes sont à mon rythme, nous allons ensemble. Pose dans une grange isolée où finissent de vieilles machines agricoles.
La pluie se met à goutter au moment de repartir. J’enfile le K-way qui très vite ni suffit pas, alors la cape. Ainsi, j’arrive à Sauveterre de Béarn.
Il ne pleut plus, l’air est frais. Mes pas résonnent dans cette rue qui mène au centre ville. Pas de trottoir, l’enfilade des façades, et, d’une fenêtre ouverte une musique s’échappe. L’onde rebondit, balle de murs en murs. Personne dans cette rue.
Plus loin un café. La salle est grande, pleine de gens de tous âges. Ils sont tous là, dans un brouhaha coloré. Personne ne semble remarquer mon entrée, ils sont absorbés dans leurs discussions animées et joyeuses, pourtant je suis vite servie.
Me sens bien, chez moi… en quel autre endroit pourrait-on se sentir accueilli sans que l’on prête attention à soi ?
Alors que je me lève pour partir, un vieil homme s’approche de moi. Il me prend la main, la retient longuement, me demande s’il peut m’embrasser. Suis surprise, il me sourit : « Ce sera pour une autre fois. ». Autour rien n’a bougé.

La pluie a repris. Je pars à la recherche de la chambre à 100Frs, dont il est question sur l’un de mes « prospectus », elle est, paraît-il, réservée aux pèlerins.
À ce prix là, je cherche un hôtel ordinaire. Et voilà, l’hostellerie du château, un immeuble classé, entre vieilles pierres et lierres.
Il y a l’arrivée sous la pluie battante, l’hésitation devant la porte, et… Elle a compris tout de suite, silencieuse elle me conduit jusqu’à la chambre. Toute dégoulinante, je traverse un hall immense, des guéridons, des marbres, et l’escalier majestueux.  Je voudrais me déchausser, ne pas salir le tapis aux fleurs défraîchies, mais elle file devant, il me faut la suivre.
La chambre sent bon la cire et le parquet craque sous chaque pas. Deux grands lits  près d’une belle armoire, et les volets restent clos, me dit la dame. C’est bien, tout est bien.
Elle me demande si je souhaite dîner. Oui, tout est oui. Dehors la pluie, dehors le froid, dedans tout est paisible, hors du temps.

La serveuse m’installe face au bar, la table est bancale, dans un vase du jasmin. Des clients se dirigent vers une salle qui doit être celle du restaurant. Derrière la fenêtre, une terrasse battue de bourrasques.
Le parfum envoûtant du jasmin, la saveur des mets, la robe du vin, les va et vient de chacun, les arbres qui s’égouttent, la nuit tombant … je suis de toutes ces trajectoires.
Survient une éclaircie, la terrasse étincelle un instant, le silence pénètre la maison.
Dans ce décor suranné, au bout de ce jour si particulier, se réalise ce qui était promis.

 

 

 

Un vieux monsieur joue de l’accordéon

Le 04 Juin 1999

La nuit a été étoilée de nombreux réveils, trop chaud, trop froid sans la protection de la toile. Et puis… le vertige devant cette immensité du ciel révélée par l’obscurité. L’observateur était là, qui guettait.

Il est midi, elle passe près d’un manoir. Les volets sont fermés, le parc est si beau, elle aimerait se poser sur cette herbe à l’ombre du grand cèdre, mais avec ces murs… alors, elle pique nique devant la grille du portail, afin de profiter de la vue. Puis, elle s’aventure dans un petit chemin qui longe la propriété, et s’aperçoit que le mur s’arrête au coin. Rien pour empêcher le passage !
Elle n’aime pas ce qui vient se dire, se peut-il qu’elle passe à côté, que cela l’abandonne ?
Il faudrait pousser la question plus loin, regarder si c’est du dehors que cela vient, lâcher prise et laisser s’accomplir cette danse intérieure. Mais, vite, elle reprend sa route.

Quelques raidillons, au loin se profilent les Pyrénées. J’ai réussi à atteindre Orthez, mais quelle douleur ! Brusquement est venu se dire, que ce mal pourrait bien être de la tendinite. Je m’arrête dans une pharmacie.

J’ai demandé la direction pour le camping à une petite mamy. Elle m’accompagne : « Jusqu’où tu peux plus te tromper… ».

Dans le bureau d’accueil, un vieux monsieur joue de l’accordéon, une dame derrière le comptoir me sourit. Deux hommes écoutent avec attention la musique, l’un d’eux se lève. C’est à peine s’il me regarde, son corps se déplace sans bruit, il s’approche, me retire le sac et me tend une chaise.
Un si grand silence et… la musique.

 

Ce chant….

 

Quand les hommes ont soufflé la musique, le chant…

Produisant un rêve sonore

                            Ils ont dédiés cette vibration                            

Qui, à la femme, et elle, à l’amant

Qui à dieu, l’unique ou le multiple

A la gloire de l’un, à la gloire de l’autre

La notre, toujours !

 

Mais, il se passe cette chose si belle

Que la musique s’échappe…

Dans sa geôle, le prisonnier

Dans la cour, l’enfant affamé

Dans la cuisine, dans la chambre

Dans toute la cité

 Elle touche…

 

La nature du vivant révélée

A ce qui se tait

Libre.