Plume d’Éveil – De la relation (27)

– As-tu déjà ressenti cela que l’ultime pas ne nous appartient pas, de sentir venir d’au-delà de toi une énergie tellement particulière ?

 

– C’est très étrange ce que je ressens à ce propos, mais peut-être est-ce tout simplement ce que ressent la corde du violoncelle ou de la harpe. Une vibration intérieure qui lui semble personnelle, tout à fait sienne. Mais en même temps, rien n’est à personne, tout ce que nous faisons est une petite part des choses, nous sommes une parcelle de conscience qui participe à quelque chose qui nous produit et nous contient.

La corde a vibré, un doigt magique venu d’ailleurs l’a effleurée, et pourtant ce doigt-là ne sent pas complètement la corde comme un objet étranger, il lui faut la sentir comme une prolongation de lui-même.

Une vibration se commet qui fouette l’air, l’air tremble et le son apparaît comme par prodige, l’immobilité choquée passant à la mobilité vivante et ce qui n’était qu’un bout de métal soulève des montagnes irrévélées dans les profondeurs de notre être. Et la corde ne vibre pas seule, l’instrument tout entier dansera avec elle, s’unira à elle, lui apportant un soutien in-mesurable, mystérieux qui sans doute remonte le temps jusque dans les mains du luthier.

Et plus haut encore, plongeant ses racines dans son intimité profonde, dans ce qu’il vivait avec sa femme, ses enfants, ses amis, et le son continue son chemin remontant encore, parce que c’est sûr, on pourra lui trouver des liens avec l’ovule qui se transforma en petit enfant futur luthier.

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