De la mort…

Le chien malade depuis des mois
C’est une sacrée leçon un animal malade
Rien ne se sépare en lui
Si bien qu’il continue à vivre
Tout entier dans ce qu’il fait.
 
Le soir, il a fait la ballade
Le matin, il était entré dans ce passage
À son rythme… moi,
Pour la première fois, dans le respect
Accompagner, sans se dire qu’il faudrait
Faire ceci, ou cela.
 
Lui proposer à boire
Le toucher doucement
Lui parler
Et surtout, laisser cet espace
Celui de la mort
Un espace qui ne cesse de grandir
Vacuité.
 
Il n’est plus qu’écoute
Les yeux fermés
Il écoute
Son monde familier
Se dissoudre dans l’immensité
Du chant du monde.
Ainsi le dernier sens qui nous relie
Alors que le corps se prépare à la décomposition
Retour à la matière infiniment vivante
Est l’ouïe…
 
La conscience, une grande oreille
La vibration est son
Première et dernière  expression de la lumière.

Elle est passée, longeant le mur, s’arrête un instant… Suzette

Elle est passée, longeant le mur, s’arrête un instant…
Il est tôt encore, le jour est là, mais le soleil sûrement n’a pas encore franchi le sommet de la montagne derrière la maison, et puis c’est couvert, hier il a plu. Dans la petite cour j’arrange le linge sur l’étendoir.
Elle est passée, longeant le mur, s’arrête un instant… Nous voyons même en ne regardant pas directement, percevant ce qui n’est pas visible pour les yeux…
Quelque chose en elle, passe le toit de la case, touche la montagne, le ciel, à l’est : « Ça va sécher aujourd’hui ! » me dit-elle, et là-voilà qui disparaît derrière l’hibiscus.
 
– Les anciens savaient lire les signes dans le ciel !
– Oui, mais c’est quoi lire les signes dans le ciel ?
 – Quelque chose en nous sait, quelque chose que nous n’entendons plus ou presque plus, que quand cela se remet à fonctionner, c’est vivant, tellement vivant…
 – Avant ?
– Une espèce de course éperdue d’un plaisir à une déconvenue, d’un plaisir à sans cesse renouveler auquel on ne peut renoncer et alors la chape de béton qui broie, qui broie, tant d’efforts pétris de peurs, efforts vains qui se retournent contre soi.
C’est cela la déconnexion, un chemin perdu, le chemin de la relation qui nous fait.