Le rêve

Un jour le fils fit ce rêve :

« Nous étions les quatre petits, toi et moi, dans le virage après la ferme où les chiens ont été attaqués par ce boxer fou. Un camion blanc, un gros camion est arrivé à vive allure … tu étais sur la chaussée il t’a happée, et il a disparu et toi aussi.

Plus tard, j’ étais rentré chez moi, et tu es arrivée, c’était bizarre, tu m’as dit : regarde j’ai tout ce qu’il faut pour passer. Et tu as sorti d’un sac un à un, je ne sais plus quoi, tu me montrais. Et puis tu es partie. »

Oui, là-bas nous sommes déjà.

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Le charmeur de serpent

Cet enfant a le don pour les énigmes
Ce qui est un peu étrange, qui attire l’œil
Ou l'oreille, c'est mieux les deux à la fois
Qu'on ne sait pas vraiment ce que cela veut dire
Mais qui palpite doucement
Tu t'approches et cela vibre fort.
Oui, tous les enfants ont ce don
Et aussi les adultes qui communiquent
Avec cette dimension en eux
C'est le signe de cette conversation
Silencieuse, qui jaillit là où il se doit.

Nous étions à chercher du bambou
Dans ce bosquet où je le savais il n'y a plus grand chose
Trop fins, trop tords
Il y a bien ces deux tiges, elles ont le bon diamètre, la bonne section
Mais pas besoin d'avoir le compas dans l’œil pour voir qu'elles ne sont pas droites.
« Ah, je suis bien certaine qu'il existe un moyen de les redresser ! 
Mais je ne le connais pas.
Moi dit l'enfant, je le connais. Il faut justement leur jouer un air de flûte.
Ah ?
Oui, comme les charmeurs de serpent. »
Non, ce n'est pas mignon, ce n'est pas rigolo, c'est profond. Il a vu l'image, 
qu'il a traduite avec ses mots. Et ses mots portaient parfaitement l'image qui est vision.

Magie de la rencontre

L’enfant, les yeux au plafond

Souriait, babillait, il riait aux éclats

Absorbé dans une vision

Connecté à un jeu d’ombres et de lumières

Une présence peut être…

 

Lorsque je l’ai pris dans mes bras

Il a lâché la tétine

M’a regardée…

Son regard n’accrochait rien

Transparence de l’enveloppe

Tout son petit être émerveillé

Resplendissait.

 

Silence et bruits…

Le 19 Mai 1999

A la pointe du jour, l’orage s’est éloigné, la pluie a cessé. J’ai bondi hors de la tente, tout autour une mare d’un pied de profondeur. La tente est au sec, sur un léger promontoire que je n’ai pas remarqué, mais qui lui m’aura vu arrivée. Les fuites venaient du toit, par le contact des deux toiles détendues, par le vent.

Pour une somme symbolique, Marie, la propriétaire, met à ma disposition un bungalow. Puis nous étendons les toiles sous un hangar. Elle parle peu, juste l’indispensable. Je sens le doux, le caressant, qui se partage dans ce silence. C’est plein de lumière.
Les vacanciers que je croise, durant le déménagement, me proposent aide et réconfort. J’accepte l’invitation de mon plus proche voisin.
Nous sommes dans sa caravane, il en fait trop, à la fois désinvolte, sûr de lui et pourtant empressé, maladroit. Il parle beaucoup, je me tais. Il réside dans le camping en célibataire, sa voiture est en panne, il est cinéaste. Il veut me montrer un de ces films, mais il ne parvient pas à faire le branchement, persiste, et dans ce lieu exigu c’est très compliqué, cela dure, jusqu’au moment où, il renonce.
Il sort deux tranches de viande, elles sentent très mauvais, mais comme il n’y a rien d’autre, il les fait griller, longtemps. Après tout, la viande faisandée, ça se mange !
« Elle est bonne cette viande ». Il est content, de ma remarque, il avait peur que… Et puis, le voilà qui s’étrangle. Il tousse, crache, il ne parvient pas à s’en remettre et pour finir, il va voir Marie pour qu’elle l’accompagne à la pharmacie.
Je m’en retourne à ce qui me fait vivre en ce moment. Demain, je reprends la route,  quelque soit le temps.

Dans cet abri providentiel, alors que la pluie martèle à nouveau, le corps se détend encore, puis la joie paisible qui ouvre toutes les portes de dedans. Elle s’endort.
Au plus profond de l’obscurité, la lumière jaillit, invisible, silencieuse. Le jour commence, ce n’est encore qu’une intention, puis le voilà qui se déploie, et qu’arrive le moment le plus froid, le plus humide.
Le corps se blottit sous la couverture, cherchant à faire durer, encore un peu, la chaleur de cet abandon des choses de ce monde.

Oui …

Quoi que nous fassions, en tant d’efforts, en compromissions

En cette saison. Position dans le cosmos

De l’hiver dans le nord, et de l’été dans le sud

L’éloignement est si grand …

Que nous ne pouvons que la discorde

Un jour peut être…

Plus que cet indicible qui nous lie

Nous pourrons

Parler doucement,  tout simplement…

 

Assumer nos états d’âme

N’en rendre responsable

Aucune personne, aucune cause

C’est se libérer du poison

De l’éternel remord

 

Oui, tout est là,

Merveilleux jardin …

Je marche, et vois si bien

C’est saisir qui ne va pas

Vouloir garder

Mettre un arrêt

A l’éternel mouvement

 

Rien n’est interdit

Dans la mouvance

Intention …