Plume D’Éveil, Du mental (20)

– Est-ce de ces souvenirs qui n’en sont pas vraiment, qu’inconsciemment le corps se souvient ?

*

– Oui, mais il serait plus exact que le terme « inconsciemment » ne concerne que l’intellect. Si le corps se souvient-et je le crois-, c’est qu’à sa manière il en a conscience, car la « conscience » sans doute est encore du « souvenir ».

Plume D’Éveil, Du mental (19)

– Reparlons, s’il te plaît, de la mémoire du corps. Je comprends bien que les corps, comme toute matière garde les traces du passé, il n’y aucune raison pour qu’il échappe à ce processus.

Mais comment agit cette mémoire ? Elle ne vient pas se dire en pensée, quand même ? Elle n’est pas cause de résidu psychologique ? Elle est intégrée et tranquille, non ?

Quelle relation y a-t-il entre la mémoire psychique et la mémoire du corps ? Entre le corps et le mental, s’échangent-ils des informations ?

*

– L’observation de nos pensées est un travail intéressant lorsqu’on veille à mettre de la distance avec ce qu’elles racontent et nos ressentiments, nos émotions.

Les pensées ne sont pas sérieuses, il faut apprendre à ne pas les laisser nous aspirer, nous impliquer dans leurs histoires, elles sont comme les commérages de rues.

Il y a une « entité mentale » dans notre « appareil » (esprit si tu veux) que je nomme « émetteur », il est comme un personnage qui se tient devant un grand sac dans lequel sont des centaines de papiers sur lesquels sont écrits des messages. Il pioche au hasard un de ces papiers, mais en fait le hasard est limité car remontent en haut du sac les messages récurrents, ceux qui n’ont pas trouvé de traduction satisfaisante, ceux que le corps fait remonter pour besoin de traitement.

Dans notre sommeil, le phénomène continue dans la forme des rêves, mais il n’y a pas une grande différence entre ce que nous appelons nos « rêves » et nos pensées quotidiennes, si ce n’est le mode fonctionnel de l’esprit.

Le corps est parcouru de programmes (associations de pensées et souvenirs rendus actifs et se transformant en processus émotionnels indépendants), ces programmes se rencontrent, se heurtent et s’associent en échangeant leurs informations.

Le résultat est ce qui est écrit sur les papiers qui vont se retrouver dans les « mains » de l’émetteur.

Celui-ci agit ainsi : il lit le papier sans pouvoir le comprendre mais prend en lui la charge émotionnelle induite par la nature du message, puis il l’envoie comme une balle au « récepteur » qui se tient face à lui en lui demandant de traduire, afin que le message puisse être classé, identifié, évalué et réglé. Tout message définitivement réglé ne se présentera plus en haut du sac, il sera désactivé et mis aux oubliettes avec le temps.

Une dynamique insensée s’installe entre ces deux entités, elles se prennent à leur jeu, et finissent par perdre leur efficacité.

Mais, si le « récepteur », en lisant le message qui vient de lui être envoyé, réussit à le traduire correctement, il relativisera et aura une attitude rassurante aux yeux de l’émetteur qui acceptera de considérer la « chose » comme étant de moindre importance.

Par contre si le récepteur se montre en difficulté, ne sachant que faire de ce message, son « collègue » se laissera gagner par l’inquiétude, s’emparera du message et le remettra là où il l’a trouvé, ainsi le message se représentera dans un délai certainement court.

Ces phénomènes décrit schématiquement ce qui se passe avec les pensées, quel circuit elles empruntent, quels liens elles ont avec la mémoire du corps qui les garde en lui sous une forme plus abstraite que je peux nommer « engrammes ». Les engrammes sont l’équivalent d’un programme informatique dans leur forme invisible pour les utilisateurs qui ne voient que ce qui s’affiche sur leur écran.

Ce qui se met en affichage peut être mis en équivalence avec l’affichage de nos pensées. Autrement dit, nos pensées sont une mise en forme perceptible pour le système que l’on appelle « esprit » ou « intellect », mais il existe encore d’autres termes encore.

Ainsi le corps et l’esprit sont en échange de leurs informations et en incidence l’un avec l’autre.

Mais les informations ne sont pas dans la même forme, une pensée est pour la tête seulement, lorsqu’elle passe dans le corps elle devient mécanisme physiologique, et inversement.

Plume D’Éveil, Du mental (18)

– Être connecté c’est se souvenir, c’est du souvenir constant, donc de l’attention intensifiée, de la présence à toutes les vérités de l’instant et une façon d’occuper l’espace entre les autres corps.

– Se souvenir ? Pour moi, me souvenir, c’est quand me reviennent des souvenirs, que je reconnais comme faisant partie de mon histoire.

– Non, pas seulement. Se souvenir c’est continuer une action, une action très précise.

C’est écouter la voix qui nous parle de l’intérieur et qu’on cesse d’entendre lorsqu’on se laisse occuper par les agitations du moi.

Ce n’est donc pas ressasser de vieilles images, mais activer l’espace disponible à toutes les images, celles de tous les temps.

– Continuer une action… quelque chose de particulier se passe, surgit, dans le train-train… rester attentif, vraiment à cette chose en particulier ?

– Être dans l’attention c’est quoi ?

– C’est s’ouvrir.

– Le souvenir permanent est le maintient de l’ouverture.

Plume D’Éveil, Du mental (17)

– Il faut que tu me reparles de ces enfants, dans la mémoire du corps ? Quel rôle, quelle place dans le présent ?

 

– Tout événement, selon son importance dans notre tissu émotionnel, se cristallise dans nos chairs.

Cela veut dire qu’il reste vivant, intact, à moins qu’on ne procède par la suite à son effacement ou sa neutralisation.

Donc, nous pouvons considérer qu’il appartient bien à un « présent », entretenu dans toute sa fraîcheur dans la forme d’une compulsion.

Mais la reconstitution de ces événements est partielle, subjective et intéressée, c’est l’esprit qui choisit en fonction des besoins du moment.

Cette mémoire intellectuelle n’a pas de pouvoir d’action sur la physiologie, sauf bien entendu lorsqu’un schéma prend une importance plus grande dans l’espace émotionnel, lorsque c’est le cas, des pensées, sous la pression de l’émotion se convertissent en processus physique, ainsi elles deviendront actives au niveau des cellules et des gênes.

Elles seront passées de « mémoire image penséelle » à « mémoire codée génétiquement ».

C’est ainsi que des histoires appartenant à la vie de nos parents lointains sont passées dans notre vie, nous endossons par ce moyen une partie de l’histoire de la lignée de nos ancêtres.

 

Plume D’Éveil, Du mental (16)

– Mais que veux-tu en clair ?

*

– Vivre ce qui se passe, en dépassant ce qui est en moi, fait « trouble » je sais que chaque pas nécessite une nouvelle mise au point.

*

– Non, le trouble ne vient que de ta position de regard par rapport à tout cela, tout ce que tu vis.

*

– Oui, sûrement, comme un décalage entre cette position de regard et ce qui se passe, oui.

Pouvons-nous être sans position de regard ?

Est-ce ainsi que tu es ?

*

– Oui, je le suis.

*

– Je sens ce pas vraiment décisif, mais ce n’est pas l’ego qui peut cela, l’ego ne peut que reproduire un autre regard.

*

– On peut dire aussi que oui.

Si l’enfant cesse de crier parce qu’il en a assez d’être grondé, dira-t-on que ce sont les gronderies qui le font se calmer, ou dira-t-on qu’un mouvement venu de lui-même a décidé de cesser les cris ?

L’ego décide d’être envahissant et épuisant.

Il décide aussi du contraire, il décide aussi de se taire, de se rendre invisible.

Plume D’Éveil, Du mental (15)

– Vois-tu cette question, parce que je réalise en t’écoutant que pour moi, encore, l’esprit existe en dehors du corps, et je réalise combien cette vue de l’esprit est fausse.

 

– L’esprit est une production du corps.

C’est le corps qui fabrique l’esprit pour traverser les obstacles de la vie.

Plus l’esprit est développé, plus l’individu saura survivre parce que le développement de l’esprit signifie intelligence et qu’intelligence signifie : faculté de communiquer et de s’adapter.

Cela nous ramène encore à l’image de la plume, perdre le sentiment de cet isolement, de cette séparation, nous laisse dans une sensation si douce car chaque geste est suscité au loin, a ses effets au loin, chacun de tes mouvements apparaît comme l’animation d’un champ infini, nous ne nous mouvons pas, nous sommes mus.

Plume D’Éveil, Du mental (14)

– L’esprit se projette et invente des stratégies sans tenir compte de leurs effets sur le corps.

 

– Alors le corps ne peut pas seul, mais ce n’est pas l’esprit qui peut le guider.

 

– Oui, le corps peut se réparer lui-même, c’est ce qu’il fait toujours d’ailleurs. Il n’a pas besoin de la « clairvoyance » de l’esprit pour le faire. C’est une machine qui sait produire, et éliminer aussi.

Produire, transformer et éliminer sont ses trois principes fondamentaux.

Il maintient le principe vital.

 

– Mais la vie demande autre chose non ? Peut-être ne pas avoir à réparer ?

 

– La vie, c’est un mot large de sens, la vie réorganise, répare ou se défend, mais il y a toujours un moment où elle n’y parvient plus de toute façon, puisque tout ce qui se vit doit disparaître un jour, c’est la transformation encore…

Peur de perdre les repères, quand il faut changer une salle manie, une manie qui fait souffrir pourtant.

Nous nous imaginons que nous ne saurons plus qui nous sommes si nous retirons l’étiquette. Alors que nous ne savons pas du tout qui nous sommes. Nous ne sommes qu’un tas d’ étiquettes, un tas de manie.

Avec le temps, les manies sont difficiles à déloger.

 

– Il y a des choses, en effet, sur lesquelles l’esprit a mis une étiquette : « Chose grave ».

 

– Non pas des choses, mais toutes les choses.

Elles ont toutes une étiquette et c’est cela changer par le mental, changer les étiquettes et apprendre à ne plus compter sur elles.

 

– Oui, je te parle là de celles qui ont l’étiquette « grave ».

 

– Ok.

 

– Mais tu as raison, une seule solution, retirer toutes les étiquettes.

Ne pas aborder les choses par les pensées acquises au fil du temps.

Plume D’Éveil, Du mental (13)

– Ah bon ? Où est l’inconnu ? De quoi parles-tu ?

 

– Cet état, on dirait un intermédiaire.

 

– Intermédiaire… Tout état l’est.

 

– Oui, tout est intermédiaire à autre chose.

 

– Oui.

 

– L’inconnu ? C’est peut-être cette impression de ne pas maîtriser.

 

– Maîtriser ce que tu penses connaître ?

 

– Ben, maîtriser, c’est penser connaître, non ?

 

– (Sourires)… non. Maîtriser est une vue de l’esprit. Il n’y a rien à maîtriser. Quand on voit qu’on est une feuille flottant sur le courant, il ne reste qu’à se détendre et regarder le paysage.

 

– Ben oui, et laisser passer aussi la voix derrière qui dit où vas-tu ainsi ? Mais alors penser connaître ?

 

– Sottise, la connaissance n’a pas besoin de nos pensées, elle se suffit à elle-même.

 

– Quand je parle d’énergie c’est vraiment un bouillonnement intérieur.

 

– Lorsque le corps semble habité d’une énergie particulière, c’est qu’une activité mentale spécifique produit cette énergie. C’est de l’excitation, tout ce que nous vivons dans la journée le produit.

 

– Et pourtant… la tête est vide.

 

– Oui, apparemment, parce que c’est passé à un autre niveau, par une forme de refoulement automatique.

 

– Rien n’échappe au mental alors…

 

– Ben oui. C’est ainsi que les rêves se font, à partir des préoccupations qui sont passées dans le corps. Le corps garde l’empreinte de ces compulsions et les restitue au mental quand celui-ci est en phase de sommeil.

 

– Il n’y a aucune énergie extérieure au mental ?

 

– Par définition, pour moi, l’énergie est une production du mental, c’est la matière mise en mouvement par le mental. Le mental est énergie.

 

– Le petit mental celui qui cogite ?

 

– Non, celui-là la consomme plutôt.

 

– Alors aujourd’hui quelque chose m’a échappé…

 

– Oui, il nous en échappe des tas chaque jour.

Mais ce n’est pas forcément d’aujourd’hui.

Il nous arrive encore d’être tourmentés par des rêves produits par des événements lointains.

Le corps renvoie indéfiniment, tant que la chose n’est pas assimilée, comme pour une indigestion.

 

Plume D’Éveil, Du mental (12)

– Comprendre est-ce maîtriser ?

*

– Oui Michelle, comprendre est encore l’expression de la volonté de maîtrise, mais c’est celle qui nous est accordée par la nature des choses, à nous de ne pas en abuser.

La nature ne nous dit pas que nous allons pouvoir tout comprendre et donc maîtriser, elle nous dit que nous ne pouvons pas survivre sans fournir cet effort.

Qu’est la suite de comprendre ?

Lorsque l’appétit de comprendre est satisfait, ce qui signifie : lorsqu’on ne veut plus comprendre et seulement « comprendre ». Lorsque le corps « prend en lui », l’esprit cesse de jouer son jeu idiot.

Tu as peur parce que tu t’imagines que sans cette démarche il n’y a rien.

En réalité, un jour viendra peut-être où tu ne seras plus agitée en ton esprit, plus de doute, plus de question, plus de certitude. Et aujourd’hui tu te dis : mais qu’est-ce que je vais pouvoir leur dire, lui dire ??

Quelle relation aurons-nous donc ?

Mais tu verras bien que la relation qui s’installe est bien plus pleine. En toi sera la paix, et c’est cela que tu distribueras.

Plume D’Éveil, Du mental (11)

– Je me disais que l’attention condamne les questions.

 

– L’attention ne condamne rien, elle révèle l’essentiel, autant que l’essentiel la révèle.

 

– En fait, je ne connais rien de l’attention ! Comment pourrai-je connaître quelque chose qui m’échappe sans cesse.

 

– Elle, te connaît… (Rire) ça suffit ! Toi, tu dois te convaincre toi-même par l’expérience que les sens ouverts, grands ouverts, t’apporteront infiniment plus de connaissance que la gamberge.