Du guerrier et de la conscience (14)

– « Tous nos instants multicolores, faits d’amour, des amours, et des haines, sont les briques qui nous composent, qui composent la vie, telle que je la vois. Telle qu’elle est sur cette planète. »

Ce sont des mots de toi. Ces mots-là parlent de la feuille au vent. Mais voilà que je me pose la question de l’art de traquer. Si la vie nous fait en tous nos moments, ceux d’amour et de haine, de paix et de doute, qu’est ce donc que l’art de traquer ?

 

– L’art de faire comme si je croyais en quelque chose alors que je ne crois pas.

L’art de ne pas perdre de temps à faire paraître une image de moi et pourtant vivre avec l’image de moi que tout le monde se fait.

L’art de donner l’impression de prendre alors que prendre est impossible lorsqu’on sait ce qu’est le don.

L’art de donner l’impression que l’on sait recevoir alors qu’on est complet.

L’art de donner l’impression qu’on regarde les formes alors qu’on se fie d’avantage à leurs ombres.

 

– La feuille au vent donne le change ? A ce monde, à la rive de la dualité ?

 

– Oui.

 

– Mais pourquoi fait-elle cela ? Elle n’en décide pas ?

 

– La vie ne décide pas, elle fait.

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Du guerrier et de la conscience (13)

– Être impeccable ? Agir dans un but déterminé par un projet d’avenir ?

 

– Certainement pas ! L’impeccabilité est tout le contraire de la bas d’un « projet », elle est même la seule condition pour absorber ce qui se fait là, maintenant, totalement.

Elle est l’ordre naturel et non invention de l’ego humain, elle est l’instinct le plus primordial, tous les animaux sauvages sont impeccables, c’est pour cette raison qu’ils savent nous montrer la vraie vie.

Du guerrier et de la conscience (12)

– C’est facile.

L’esprit veut faire penser que c’est ardu, mais c’est très facile.

Tu es en train de le faire en ce moment.

Tu le fais tous les jours depuis sans doute longtemps.

Ce qui est facile : c’est de ne rien faire dont on ne sait le sens.

Poser une question et chercher toutes celles qui sont liées à elle.

Vouloir trouver une réponse, une fois posée la question.

C’est aussi facile que de savoir dans quel endroit tu vas lorsque tu marches.

 

– Le sens, veux-tu préciser le sens ? Parce que le mental en a une certaine idée et je ne pense pas que ce soit la bonne.

 

– D’une manière imagée, lorsque tu vas à la mer pour te baigner, tu penses à emporter quoi ?

 

– Un maillot de bain !

 

– Lorsque tu marches vers un puits pour y puiser ?

 

– Un seau !

 

– Dans ce contexte il semble évident que pour permettre une action, il faut en connaître l’utilité. Ton acte, ne servant aucune raison, ressemble à une tentative perdue dans le brouillard.

Pas un animal ne se comporte autrement et bien dans les pensées il se passe la même chose. Considérer chaque pensée comme ayant sa place dans un plan qui la dépasse et non réduire tous les plans à la dimension d’une simple pensée. Cela est aussi impeccabilité et cohérence.

Penses-tu que si nous étions capables de voir toutes les répercussions de nos actes, du plus petit de nos actes, nous nous permettrions d’être dans cette incohérence permanente ?

 

– Cela n’a rien de moral ?

 

– Tout à fait ! Rien de moral, la respiration est-elle une affaire de morale ? Non, bien sûr.

Elle se fait sans effort si on ne se bat pas pour ne pas entendre le chant. Je ne fais pas d’effort pour me sentir responsable.

Je le suis même lorsque je ne le sais pas, mais il n’est pas naturel de ne pas le savoir comme il n’est pas naturel de respirer sans entendre son cœur battre, oui, tout se fait naturellement.

En matière de perception, on ne peut pas parler de sensibilité, mais la sensibilité est une question d’attention. Et celle-ci est à son tour permise par le déconditionnement de ce qui nous a dénaturés. Si tu manques d’attention, tu perds ta sensibilité.

C’est une chose essentielle que l’on apprend des chevaux parce que l’attention n’est pas affaire de discipline, c’est un instinct. Et dès que tu te trouves en situation où ta vie est sérieusement menacée, tu peux voir que tu n’as pas d’effort à faire pour être rempli d’attention. Ce sont les moments intenses qui nous replacent devant nos instincts. Nos instincts sont le cadeau que le monde nous a fait en nous accordant la vie.

Mais tu sais, la première leçon de la vie pour l’éveil peut se résumer à ces quelques mots : « crois-tu que tu vivras éternellement ? »

 

– Tout cela est en rapport avec le fonctionnement egotique. Mais pourquoi le temps est-il ennemi du guerrier ?

 

– Parce que la vie est une course chronométrée mon amie, et que les guerriers en sont plus conscients que les autres. Les hommes vivent comme s’ils étaient éternels.

C’est la clé de l’intensité que de ne pas l’ignorer.

Du guerrier et de la conscience (11)

– L’impeccabilité c’est surtout un moyen de disposer de toute l’énergie libérée par l’absence de ressentiments tels que le remord, le doute.

 

– Alors, il s’agit de vivre dans l’instant présent, il n’y a que lui qui permette cette intensité de vie ! Mais que cherchaient donc à atteindre les samouraïs et autres guerriers ? Là, où il y a voie, code, c’est bien que l’on veuille arriver quelque part, non ?

 

– J’espère que tout bon guerrier recherche la permanence de la paix au bout de son chemin.

 

– Mais la connaissance profonde de l’être qui échappe à l’esprit ? Peut-on entrer consciemment dans cette connaissance ?

 

– Il ne s’agit pas là de se « connaître soi » par l’inventaire des informations accumulées durant notre histoire.

C’est pourquoi je dis « dans l’instant », toute autre connaissance de « soi » qui n’est pas de l’instant ne peut (selon moi) être que la connaissance de « l’ego ». Or l’ego n’est pas soi, il est un discours aléatoire d’un « moi » qui se mord la queue.

Se connaître dans l’instant est la seule chose que je puisse espérer accomplir, se connaître dans l’instant passé est totalement inutile et encombrant, se connaître plus tard est une chose impossible.

Se connaître dans l’instant, c’est se sentir, se toucher de dedans, sans dialogue, dans le silence, comme parfois nous savons le faire dans des moments rares d’extase, lorsqu’un soleil rouge et géant se pose sur une mer brûlée orange et que la magie nous aspire, le soleil, la mer et nous, l’espace d’un instant ne faisons qu’un.

Le rêve Michelle, est-il une action consciente, que l’on s’en souvienne ou non ? Le rêve ne nous parle-t-il pas d’autres mondes en nous ?

Des mondes cachés. Certes le rêve est saisi par la main de l’esprit lorsqu’il émerge des eaux sombres, et celle-ci lui apporte des retouches à sa convenance, camouflant de cette façon un message subtil.

Les forces sont séparées par le dialogue interne permanent, plus le dialogue est dense et puissant, plus les forces sont tenues éloignées l’une de l’autre.

Mais c’est une image ce que je dis là, en réalité la distance n’existe que pour le côté qui abrite la « raison » (mot global bien entendu).

Le plan de la connaissance du corps est en relation étroite avec celle de l’esprit, c’est seulement l’esprit, c’est seulement l’esprit qui a besoin d’ignorer toute autre source de connaissance. il en ignore même les voix qui viennent frapper contre sa porte.

Du guerrier et de la conscience (9)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Dans le « non-faire » qui est l’opposé de toute action, c’est la participation d’un monde en toi, « tu » ne penses plus, « tu » ne sens plus, c’est le monde qui pense et sent en toi.

 

– Ça je connais. Sur le chemin de Compostelle, je baignais dans quelque chose de cet ordre-là, et c’est cette mouvance qui m’avait fait partir, presque du jour au lendemain. Avant, tout était toujours très compliqué, je pensais trop, dans la peur de ce qui pourrait arriver…

Mais je sens dans ce que tu dis, un niveau de profondeur, que cela n’a pas atteint chez moi.

Ça me quitte, ça revient… ce « fruit » ne m’est pas inconnu.

 

– Oui Michelle, c’est une expérience connue, j’en suis sûr.

Que peut-on ajouter sur les épaules de l’homme qui porte déjà sa charge maximum ? Une cerise sur son fardeau et l’homme est à terre. Bien entendu, il est aisé de tricher et de pratiquer l’auto-contentement, c’est pour cette raison que la vie du guerrier se veut intense. L’impeccabilité c’est surtout un moyen de disposer de toute l’énergie libérée par l’absence de ressentiments tels que le remord, le doute.

Du guerrier et de la conscience (8)

La voie du Samouraï ou le Rônin

– Il y a un autre aspect que j’aimerais voir abordé, celui lié à la question de l’honneur et donc du déshonneur. Pour moi, il n’y a qu’un honneur qui importe, c’est le fait de pouvoir se voir sans avoir à rougir de ce que l’on est, de ce que l’on fait.

L’honneur du samouraï est-il de cet ordre là ?

 

– Pour moi, chaque homme peut avoir son code personnel, celui-ci se révèle à l’intérieur de sa relation à toute chose, il n’est pas nécessaire d’en publier les termes. Si cet homme ne respecte pas son propre code, il lui reste deux solutions, se corriger parce que son honneur l’implique, ou se couvrir du manteau de la mauvaise foi afin de trouver toutes les justifications suffisantes.

Personnellement je ne me ressens pas dans ces descriptions, je me suis échappé de ces plans, vivre à fond l’impeccabilité nous sauve de ces protocoles, doit-on mettre des barrières pour stopper le vol des oies sauvages ?

Si tu exiges le maximum de toi-même, tout en faisant attention d’exiger le moins possible des autres, si tu te contentes de ce qui vient et si tu sais faire de l’acceptation ta religion, tu peux ranger toutes les questions d’honneur au placard.

 

– Quel est le problème avec ce mot « Rônin » ?

Que celui qui le porte pour retrouver son honneur doive se donner la mort ? Et comme il est encore vivant, on estime qu’il est en déshonneur ?

Je vois en cela quelque chose de symbolique, et fort beau !

Quel déshonneur ?

Le but n’a pas été atteint. Voici en toutes circonstances ce que les êtres humains nomment « échec ».

Bon, celui-là a échoué.

Dans cet échec, je ne vois qu’une chose, l’évidence que l’être humain ne peut atteindre la perfection, il se veut dans la maîtrise, mais cela ne se peut.

Le rônin, est celui qui s’est trouvé face à son vrai visage. Il a vu l’étendue des dégâts d’avoir cru que par la discipline, la soumission, l’obéissance à un code, le service à un maître, il atteindrait l’impeccabilité !

Se donner la mort ? Mort il y a, mort aux croyances, mort à l’idée de devenir.

Le rônin peut alors poursuivre sa route tout ce qu’il engage est libre et authentique. Il sait qu’il ne sait rien.