Plume d’Éveil, De l’amour (7)

– J’aimerai reparler de la passion de Jésus Christ. Il a été dit qu’il s’est écrié : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ces paroles m’ont profondément marquée.

Je ne souhaite pas parler de ce qui est dit dans les églises au sujet de la passion du christ, et je ne sais pas s’il a vraiment vécu, juste te raconter.

On m’a enseigné toute petite ce dieu le père que je n’ai pas aimé, la vierge Marie qui m’a toujours agacée avec sa virginité, et Jésus. Celui-ci m’a fait vivante, j’ai grandi avec lui, que j’ai été partout à l’écouter… Je l’aimais profondément.

Et un jour, l’annonce de cette chose horrible, ils l’avaient crucifié ; lui le doux, le fort, le beau, ils l’avaient mis en croix.

Ce jour-là, j’ai pleuré en moi, et la première question est venue se dire dans cet effroi. « Mais comment ont-ils pu faire ça ? »

Voilà pourquoi je parle de la passion du christ, je crois que cette enfant a compris que celui qui aime est toujours sacrifié. Que même la chose la plus belle, ne trouve pas grâce aux yeux des humains.

Cette émotion est toujours intacte en moi, dans ces moments où je redeviens vivante, c’est elle que je rencontre, et c’est un feu qui me dévore.

*

– Ces mots-là : « mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », je les aime particulièrement. Parce qu’ils laissent s’échapper – du moins pour ce que j’en comprends- la simple humanité du Christ. Le doute l’assaille dans ses derniers instants comme il nous assaille aussi, nous, qui sommes nés sans miracle et sans rois mages.

Je ne sais si ce personnage a réellement existé, mais les jours où je suis près d’accepter cette idée, il me faut impérativement croire que sa naissance ressemble à toute autre naissance.

Alors oui, à cette condition je peux écouter son message d’amour, contre-nature pourtant, mais peut-être qu’il faut être « contre-nature » pour pouvoir donner une nouvelle direction à la nature des « choses »…

Tu dis : celui qui aime est toujours sacrifié… C’est l’enfant qui le voit ainsi, je crois que celui qui aime se sacrifie lui-même, il ne laisse pas le monde s’emparer de lui parce qu’il s’offre avant que l’idée ne germe, vois-tu ?

Il est passé par ici,

Il est retourné par là,

Il a posé sa tête sur cette pierre,

Il a ceint ses reins de ce cuir,

Il a aimé ici le parfum des figues

Cuites par le soleil,

Là le sourire des enfants

Qui suçaient des cailloux noirs

Il a écouté la musique des poulies et des cordes

Le chant de l’eau remontée de l’obscurité

Et maintenant, où est-il ?

Le cherchons-nous ?

Qui saura tourner la manivelle de notre âme ?

Pour irriguer des terres nouvelles

Jadis sauvages, naturelles,

Devenues plus belles que belles.

Plume d’Éveil, De l’amour (6)

– Aimer c’est perdre, chaque jour, quelque chose d’une attente, d’un espoir, car tout cela est vain.

L’espoir et l’attente émanent de la quête de « ce qui devrait être », de cette lecture erronée de la vie.

Savoir cela, et le refuser entraîne la souffrance.

Voir qu’il en est ainsi et ne pas cesser d’aimer, ne pas se replier sur soi, c’est ouvrir la porte à l’inconnu.

Est-ce à dire que tu nourriras plus quelque espoir ? Que plus aucun sentiment, ni élan, ne s’élèveront là, en toi ?

Non, aimer commande tout cela, mais chaque jour mourir aux attachements. C’est juste une intensité particulière qui demande une attention particulière.

Voilà ce que m’inspirent, mes dernières recouvrances.

*

– Merci pour la tendresse et pour ces mots de toi, ils sont beaux et justes.

Oui, aimer c’est tout perdre, jusqu’à la vie.

Plume d’Éveil, De l’amour (5)

Ce que tu es déclenche un ouragan en moi.

Je vais m’asseoir là, pour te respirer, sans te toucher,

Ne rien te prendre,

Ne rien te donner,

Ne rien attendre.

Toutes ces actions te modifieraient

T’éloigneraient de ce que tu es

Et je serai obligé de tricher

Par peur de perdre mon amour, mon ouragan.

Je ne retrouverais plus le chemin de ma grotte.

 

Plume d’Éveil, De l’amour (4)

– Vous sentez-vous capable d’amour véritable ? Pensez-vous que l’on puisse aimer telle personne en particulier plutôt qu’une autre, et que cela soit de l’amour ?

*

– Si je n’aime que celui qui me réchauffe mon plat, ce n’est pas l’amour.

Si je n’aime que celle-là qui chauffe mon lit, ce n’est pas l’amour.

Si je ne reçois que ceux-là parce que ce sont mes amis et que je peux compter sur eux, ce n’est pas l’amour.

Si je ne sais aimer et recevoir celui-là aussi qui veut planter sa dague dans mon cœur, je ne sais pas ce qu’est l’amour.

Plume d’Éveil, De l’amour (3)

– Je voulais te demander, comment faire pour pardonner certaines choses, je vois beaucoup de personnes qui arrivent à pardonner, et moi ça bloque ?

*

– Dans la profondeur du silence de ta forteresse (ton corps), l’ennemi vient en surprise pour te planter sa dague nommée « rancœur et traîtrise »…

Pardonner, c’est comprendre tu sais ?

*

– Oui, ce n’est pas faux ça…

*

– On ne peut pardonner tant qu’on ne comprend pas vraiment, et comprendre n’est possible que si l’on fait l’effort de s’approcher doucement, aussi près que possible.

Pénétrer les comment et les pourquoi, voir ses peurs, ses limites, ses peines et voir qu’elle a fait ce qu’elle pouvait ou seulement ce qu’elle savait, ce que la vie et les autres lui ont appris à faire, et celui-là qui vient glisser du poison dans ta soupe après s’être déguisé en ami, que tu avais recueilli orphelin et nourri tout ce temps, tu ne peux lui en vouloir.

Plume d’Éveil, De l’amour (2)

Aimer la vie ?

La question est une affaire de bon sens.

Tout doit passer par la porte de la cohérence.

Ce qui ne peut y passer est bon à jeter.

Il ne s’agit aucunement d’affect, de sentiments ou d’une quelconque philosophie. Et surtout pas de ressentiment !

Lorsqu’on est vivant, on regarde le vivant avec un œil respectueux, ce qui signifie que l’on se positionne de la façon la plus juste. Donc la plus cohérente.

L’amour de la vie ne peut signifier autre chose pour moi.

Le reste est de la romance pour livre de chevet.

*

– La romance ne tient pas en face de la réalité.

Et cela ne sied ni à l’amour, ni à la vie.

C’est une façon de fuir, en brodant.

*

– Oui.
*

– Mais c’est une vraie question celle-là, car comment vivre sans aimer la vie ?

*

– Bien entendu !

*

– Et pourtant c’est ce que nous faisons la plupart du temps, dans l’état où nous sommes.
*

– Si l’on ne se positionne pas raisonnablement par rapport à ce qui est là, on le condamne à la fois pour soi et pour les autres.
*

– Oui, c’est une question de position. Et raisonnablement, encore un mot qui dans ta bouche a une autre signification. Je ne pense pas qu’il s’oppose à l’intensité.
*

– L’intensité sans la raison se rapproche de la pathologie. L’intensité qui m’importe surtout est celle de l’attention.

*

– Et la raison sans intensité ?

*

– La raison sans intensité est creuse. C’est de la philosophie.

Plume d’Éveil, De l’amour

Comment la question pourrait-elle être réglée autrement qu’en la jetant par-dessus son épaule ? (Sourire).

C’est pour moi une question vaine. Comment puis-je être certain que ce que je sens au fond de moi est « l’amour » ? Comment puis-je le mesurer ? Cet amour doit-il être comme un objet parfait que rien ne peut altérer ?

Comme tu dis « au fond de moi je sais l’amour… ». Mais mes pensées, mes actes ne sont pas toujours en accord avec cet « amour », je crois que c’est naturel. Car qu’est-ce que l’amour ? Le don de soi ? Certes alors le don de soi est naturel et bon, et qu’est-ce que le non-amour ? La préservation de soi qui est une fermeture à l’autre ?

Alors certes la fermeture et le non-amour sont naturels et bons.

La vie est faite d’instants contradictoires qui se nient les uns les autres.

Et ce visage de la vie ne me fait pas peur, ni ne me gène.

L’amour ne sait qu’être sincère, il ne faut pas le questionner, il ne sait trahir. Mais le temps qu’on lui accorde pour fleurir, pour s’épanouir, est toujours bien trop court.

Quand on est dans le temps de l’amour, il n’y a que l’amour. L’instant d’après dans quel temps sommes-nous ?

Est-ce cela qui te pousse à chercher la qualité de la sincérité ? Je crois que nous sommes toujours sincères, dans les meilleures actions comme dans les pires. Nous le sommes moins peut-être quand notre esprit voudrait se trouver à la plage un jour de tempête, ou quand il dit : mais pourquoi ai-je fait cela ??? Je voulais tant l’aimer !!!

Soyons sincères en saisissant les instants dont nous sommes faits comme le maçon qui prend sa brique posée sur le tas derrière lui, sans lui donner un regard, parce qu’il sait que quelle que soit sa forme ou sa couleur, elle est destinée à faire partie du mur qu’il monte. Tous nos instants multicolores, faits d’amour, des amours et des haines, sont les briques qui nous composent, qui composent la vie, telle que je la vois sur cette planète.

Est-ce à dire que je ne regarde pas de quoi je suis fait ?

Moins j’accepte ce dont je suis fait, et plus cela « me » résiste, cela résistera à chacune de mes tentatives de changer telle ou telle brique.

Plus je me cognerai à ce mur et plus les briques seront solidaires les unes des autres, plus le ciment jettera ses étincelles sous mes coups.

Mais si j’accepte, si j’aime, ce n’est plus moi que j’aime ou accepte, mais la vie toute entière que j’embrasse, et voilà que mon propre mur devient mou, souple, voilà que je peux influer sur sa forme, le sculpter, sortir un visage neuf.

De la souffrance, fin du chapitre

Haine ou amour ?

La question a fait son chemin

Elle est descendue dans les profondeurs

Là, où tout se cache farouchement

Et pourtant crie si fort

En une plainte sans fin.

*

Comme un mal lancinant

qui ronge tout de l’intérieur

Qui porte tant de noms

Mais qu’on ignore

Ne pouvant le découvrir

Dans sa globalité.

*

Il parle d’espoir

Alors que l’on tient tant

A sa désespérance

Il parle d’amitié

Alors que l’on ne veut surtout

Pas aimer.

*

Il est le doute

Qui grandit au cœur du plus beau

Sournois, tapi dans l’ombre

Étouffant la vie même

Disant que si, que non

Emplissant tout l’espace.

*

Le voir

Le voici furoncle putréfié

Le nôtre, celui du monde

Le voir dans toute sa réalité

Et là, enfin, décider

De vivre.

Plume D’Eveil – De la souffrance (25)

– Un exemple, les enfants à l’école viennent de s’installer, les 9 autour de la grande table, tous du même âge, 7 ans, ils piaillent, je parle, ils ne m’entendent pas, j’ai mal à la tête, etc.

Ça bout à l’intérieur, je contrôle l’énergie le plus longtemps possible, essayant de négocier avec les marmailles des conditions pour se mettre au travail, sans succès. Je finis par élever la voix, menacer, punir.

A aucun moment, je n’ai admis que les enfants sont dans ce mouvement de turbulence, admis que cela me met en difficulté. J’ai sauté à pied joint, dans le déni, tendant vers ce qui devrait être, fuir cette situation inconfortable qui remet en cause.

Alors que dans l’acceptation de ce qui est, mouvement interne lié je pense à l’amour, quelque chose d’autre devient possible et c’est la fin de la violence sans qu’aucune volonté ne vienne s’en charger.

A tout moment cela se peut, il n’est jamais trop tard.

*

– Il y a dans tes mots présents une forme de prolongement à ma réponse sur la souffrance.

Il n’y a que l’amour qui puisse effacer, le réel lâcher prise est un geste de cet « amour-là ».

L’amour pour la vie et pour l’instant, l’amour pour ce qui est à vivre déracine le germe de la violence, la souffrance en est un beau aussi.

L’acceptation est effacement.

L’effacement est légèreté et spontanéité, liberté.

Plume D’Eveil – De la souffrance (24)

– Il me semble que parler de la souffrance est parfois nécessaire.

Si la souffrance ne s’exprime pas, elle finit par faire corps avec la personne à tout jamais. Et là, c’est pour l’espèce des informations douloureuses.

*

– Certes Michelle, parler de la souffrance doit soulager, pourquoi ?

Est-ce parce que le fait d’en parler peut permettre d’y voir plus clair, de mieux connaître sa souffrance ?

Parler de ses souffrances, est-ce réellement les exprimer, les sortir de soi ?

Que d’autres oreilles reçoivent nos plaintes, cela semble-t-il représente un soulagement, pour ma part ce comportement est difficile à accepter. Je ne pense pas que ce soit le « passage obligé » pour en sortir.

Alors, comment ai-je fait toutes ces années, en les taisant, qu’ai-je fait de mes souffrances ?

Chez certaines tribus primitives d’Amérique du sud, a contrario des théories psychanalytiques, car c’est très psy que de devoir exprimer ses souffrances, les gens effacent de leur mémoire tous les événements tragiques, c’est naturel chez ces gens-là.

« Mais comment font-ils pour effacer de leur mémoire des pans entiers de leur vie ? » Mystère !!!

Alors bien entendu il y a l’explication du refoulement, mais elle ne marche pas ici, parce que refouler ne permet pas de se libérer, et ces gens-là sont bien libérés de leurs douleurs passées.