Plume D’Eveil – De la souffrance (9)

– Pourquoi cette sensibilité à la plainte des autres ?

– Aucun être normalement constitué ne peut voir souffrir ses congénères sans se sentir concerné, au sens propre. La douleur des autres est aussi notre douleur, leurs joies et leurs difficultés de même. Si nous n’essayons pas de porter la souffrance, elle nous menacera à un moment ou un autre, elle nous épiera sur notre chemin et nous fera tomber dans ses pièges, ainsi, elle sera devenue pleinement la nôtre, passant du voisin à nous.

Il nous faut la voir, parce que c’est la nature qui se montre à nous à travers elle. Il nous faut l’entendre, parce que c’est un message du monde à notre vie et à celle de nos enfants.

Il nous faut la comprendre, parce que c’est la démarche qui délivre. Il nous faut la résoudre, parce que c’est notre devoir d’êtres vivants, résoudre les énigmes afin d’aplanir le chemin pour ceux qui nous suivent.

Plume D’Eveil – De la souffrance (8)

– J’ai quitté, mais j’ai travaillé de longues années dans le domaine social, j’ai quitté parce que je ne peux pas savoir pour autrui. Lorsque s’établissent des rôles, un qui aide, un qui est aidé, la relation est pervertie. Elle donne le pouvoir sur une personne et la prive de son autonomie. C’est ainsi que s’établit le contrôle social.

Je ne dis pas que tu fais cela, je te demande de m’expliquer. Puisque tu vas vers ceux qui souffrent, la relation ne devient-elle pas « relation d’aide » ?

 

– J’aimerai dépasser ce concept de l’aide à autrui, sentir qu’en vérité, il n’y a jamais eu ici qu’une affaire d’importance egotique. Bien sûr que nous sommes tous une aide autant que tout est aide pour nous, ceci est une réalité.

Mais quoi ? Sommes-nous capables de le savoir ?

Je suis persuadé que non, comme je suis persuadé que si notre volonté, nos buts se mêlent de ces relations subtiles, il y a plus de chance que nous devenions davantage une gêne, un obstacle, qu’une aide.

Ce que nous faisons de mieux se fait sans le « nous » ou le « je ». Ce qui est le plus beau en nous, nous est inconnu, parce que ce n’est pas nourriture pour l’esprit, celui-là n’aime que les fioritures, mais oui nous sommes beaux malgré tout. La nature vibre en nous, ce ne sont que nos idées qui sont pauvres, misérables.

 

Nous commençons par conceptualiser notre souffrance, puis nous continuons par nous apercevoir des plaintes des autres.

Ah mais oui ! Les autres aussi souffrent ! Et de plus, ils souffrent comme nous, des mêmes causes, de la même manière. Leurs larmes ont le même goût d’eau salée, leurs cris la même tonalité vibrante, et leurs bouches dessinent le même rictus. C’est donc que ce sont nos frères ? !! Quelle surprise !! Par conséquent ils méritent mon amour mon affection, puisque ce sont mes frères et mes sœurs !! Et d’aimer leurs larmes je me consolerai un peu des miennes. Je me trouverai quelque chose d’utile à faire, utile parce que ce sera utile pour eux et cela me détournera de ma propre misère.

Mais … ne suis-je pas en train de me soigner de mes maux en me penchant sur les maux d’autrui ? Sans doute !!!

Alors je ne suis pas arrivé au bout, il doit y avoir encore une forme de l’amour au-delà de cette crête, une forme si belle que mon esprit ne peut pas encore la voir.

Un amour sans pitié de moi ne se cachant pas derrière la pitié pour mon prochain, un amour sans pitié pour le lointain, le lointain étant au-delà des besoins, le lointain étant au-delà des frontières conceptuelles, au-delà de celui qui veut grandir en importance, en utilité.

Un amour qui ne serait pas ma propre production, comme le sont ma sueur ou mes larmes, mes peurs et envies. Un amour qui passerait en moi, de l’un à l’autre, y résidant, parfois quelque temps, toujours trop peu de temps. Pour lequel je ne serais qu’un conduit, qu’un tuyau. Dont je serai animé, comme une marionnette s’anime par ses fils qui la relient au-delà de son monde.

Un amour indicible, et que je renoncerais à signifier, parce qu’il serait tout autant absurde d’espérer que la marionnette songe à connaître les mains qui l’ont faite.

Plume D’Eveil – De la souffrance (7)

– Pourquoi je vais vers les autres ? C’est difficile de le savoir, ne sont-ce pas eux qui viennent vers moi ? Car là aussi j’ai espoir que ce ne soit pas décision de mon esprit, j’ai bon espoir… (Sourire)

Tout petit, je le faisais déjà. Non ce n’est pas pure générosité, ni pure compassion et parfois j’en suis gêné, j’aimerai parfois pouvoir penser que ce n’est qu’une tendance compassionnelle produite de mon être. Il y a un instinct en moi que je ne peux apprivoiser, étudier, connaître, juste le voir se manifester ici ou là. Imagines-tu Michelle combien de fois par jour je me pose la question : mais Ron aimes-tu les gens ?

C’est affreux comme je ne parviens pas à répondre simplement à cette question. Une minute je les aime, la suivante je les hais. Je suis coincé dans les paradoxes. Ils sont à la fois la toile d’araignée sur laquelle je vis et les pièges qui me sont tendus en permanence.

Si j’aimais les gens, chercherais-je un autre passage ? Car ce n’est pas d’eux qu’il s’agit en vérité mais de leurs souffrances. Le bon médecin aime-t-il les malades qu’on lui amène ? Non, bien-sûr, ils les aimeraient sains et non couverts de pustules.

Et le médecin lui-même qu’est-il ? Un patient certainement lui aussi, un malade qui voit un peu plus les bouts de son mal.Un malade qui voudrait dire à ses semblables : Mais regardez ! C’est là qu’est figé le dard !! Mais ne le voyez-vous pas ?

J’entends une plainte d’abord. Alors je tourne la tête. Je laisse se diffuser la plainte en moi, pour la sentir, c’est cela le sens du mot « comprendre ».

Mon corps doit l’analyser, car il ne suffit pas de connaître la souffrance, il me faut surtout mesurer la soif de guérir. Celle-ci n’apparaît pas dans les mots du souffrant, elle remonte de certains de ses organes.

Si cette soif n’est pas là, je passe mon chemin. Car je ne prétends pas soigner l’homme, l’individu. C’est moi-même que je veux atteindre et l’espèce à travers notre échange, s’il se peut. Lui et moi nous devons agir pour l’espèce. La nature ne s’intéresse pas aux individus. L’individu participe, et tout se fait autour de lui, mais ce n’est pas lui qui est la cible.

L’absence de souffrance est aussi absence de connaissance, le monde se construit sur la souffrance, c’est elle qui garde en elle la marque de tous les défis, leur sens aussi.

Je m’intéresse donc aux souffrances pour les connaissances qu’elles peuvent nous livrer, je les presse pour en faire sortir ce jus.

Mais pourquoi ?

Je veux croire que c’est la réponse à un vieil instinct, si ce n’est pas cela, il ne reste rien qui vaille qu’on s’y intéresse. Un instinct ! Donc une mission ! Pour moi le seul fait de vivre représente une mission, à tous, la vie nous est donnée pour accomplir une œuvre. Les instincts sont des missions programmées en nous par la nature, par l’intelligence du monde.

Quand je te disais que je me sentais missionné Michelle, tu pensais sans doute, que je devais me sentir bien particulier. Mais non, nous sommes tous des missionnés. Voilà qui me ramène à un rang plus modeste, n’est-ce-pas ?

Plume D’Eveil – De la souffrance (6)

– Cela veut-il dire que tu n’interviens pas intentionnellement dans ce qui produit le changement en l’autre ?

– Oui, je n’interviens pas, le sujet penseur qui peut se permettre de dire « je » n’interviens pas, ce n’est donc pas un choix, une volonté de ce « je ». Cela implique donc qu’en moi, en nous, il y a d’autres entités, d’autres « on » qui ne se voient pas eux-mêmes comme des sujets penseurs et décideurs.

Je crois que l’on parle trop souvent de la « personne », de « l’être » à partir de ses manifestations mentales, nous pensons tisser « l’être » sur la chaîne de l’esprit, alors que pour moi, l’esprit agit comme l’écran cathodique, il met en image les émanations de l’être qui provient du corps tout entier. En chaque endroit de ma chair et de mes os se tient peut-être l’entièreté de mon « être ».

C’est pourquoi nous ne pouvons guère juger, nous pouvons classer et comparer telle idée avec telle autre, tel choix avec tel autre, telle croyance, etc. Mais nous ne pouvons juger de ce qui ne peut être changé, de ce qui a été donné et non choisi. Comme nous n’avons pas choisi de naître.

Notre « être », nous n’y participons pas, il est création de la nature, nous pouvons lui imposer la volonté de notre ego, nous pouvons « parler » au-dessus de lui et ainsi le couvrir de nos bruits.

Mais « l’être » ne s’écoute pas avec les oreilles, ne se regarde pas avec les yeux, et c’est donc impossible réellement de le bâillonner.

Plume D’Eveil – De la souffrance (5)

– Et ce passé que penses-tu en faire ?

 

– Je voudrais le jeter en bloc …

 

– Le cacher sous une grosse pierre ? Ce n’est pas possible de s’en débarrasser comme ça, même si tu pouvais tout mettre dans un sac et le jeter à la mer, il te resterait les peurs qui lui sont attachées. En fait, ce sont elles qui le vivifient, lui (le passé) n’est rien, il n’a aucune force en lui-même, mais ce sont tes peurs qui le font exister.

 

– C’est sérieux non ?

 

 – On joue tous la comédie, même dans nos souffrances les plus grandes, parce qu’on se prend trop au sérieux.

Je travaille à mon unité, et le reste viendra… tu veux des amis ?

Sois d’abord ton propre ami, comment veux-tu avoir des amis si tu te maltraites ainsi toi-même ?

Sois d’abord ton propre ami, ton propre confident, parce que personne ne saura t’écouter comme toi-même tu sauras le faire.

Tu n’es pas encore assez forte pour garder une droite ligne, tu es comme un enfant qui ne se tient pas droit et qui a mal au dos sans pouvoir comprendre que c’est à cause de sa position qu’il a mal au dos.

Quand tu auras exploré des pistes nouvelles, tu sauras que tes habitudes (tes postures d’esprit) sont la source de tes maux.

Tu cherches trop en dehors de toi, et lorsque tu t’accoutumeras à ces nouvelles pistes, tu prendras confiance en toi et en elles, et tu sauras que le chemin est devant toi, que rien ne sert de regarder en arrière car tes pieds ne vont pas à reculons.

Mais pour cela il faut du temps, ce sera comme un changement de peau, tu renaîtras, tu accoucheras de toi-même, et tous ceux qui te connaissaient devront à nouveau te rencontrer.

 

Plume D’Eveil – De la souffrance (4)

– Comment comptes-tu en finir avec ces souvenirs qui te font mal ?

 

– Je ne sais pas, sinon je ne serais pas là, ça me bouffe de plus en plus. Je n’ai plus rien à quoi me raccrocher…

 

– Peut-on dire que ce sont ces souvenirs qui entretiennent ta souffrance ? Serais-tu d’accord ?

 

– Oui.

 

– Donc il faut bien chercher toutes les possibilités de traiter ces souvenirs.

 

– Parce que le moindre souci qui arrive et c’est la passé qui prend le dessus et vient m’effondrer comme un bébé.

La première façon… C’est de les laisser faire, revenir inlassablement, mais ça ne permet pas de régler les problèmes.

La deuxième façon… C’est d’essayer de les laisser descendre le plus au fond de l’inconscient et de les recouvrir de tapis, d’une couche énorme de tapis, mais cette façon n’est pas complètement intéressante car un événement arrive et les voilà qui remontent tout d’un coup et on se retrouve face à tous ses ennemis.

 

– Je l’ai fait je me suis réfugié comme une bête dans le boulot, et pour finir je perds ma… Et tout s’effondre…

 

– La troisième façon c’est de les affronter et de les vaincre.

 

– Mais depuis trois ans je fais cela…

 

– Ce n’est pas facile de se lancer dans cette entreprise mais c’est la bonne solution. Vois-tu lors de tous ces événements, on a blessé ton corps d’enfant et pour se défendre il s’est dit à lui-même des tas de choses qui ont donné la forme de ta vie.

Faire face à ces souvenirs c’est faire un voyage, pour visiter l’enfant que tu étais et qui continue de diriger tes pas. Lui dire que toi l’adulte, tu comprends ce qu’on a fait à lui, l’enfant. Mais que vous devez travailler tous les deux ensemble pour réparer les fuites, car si lui l’enfant se bat pour que les fuites restent ouvertes, toi l’adulte, tu ne peux disposer de toute ton énergie pour affronter ce présent.

C’est comme si une blessure dans ta peau, ta chair, était maintenue ouverte et rouverte tous les jours, laissant ton sang s’écouler. C’est une autre personne qui a causé la blessure certes, mais, c’est cet enfant qui vit au fond de toi qui la maintient et la réveille, parce qu’il ne veut pas que ça cicatrise, il a peur que si ça se cicatrise, on oublie ce qu’on lui a fait et que ça recommence.

Comprends-tu ?

 

– Oui je comprends Ron.

 

– C’est donc avec cet enfant qu’il va falloir parler.

Plume d’Eveil – De la souffrance (3)




 

– Je voudrais te demander un conseil, ton avis.

Qu’est ce qui nous consolide, qu’est ce qui dans nos vies nous renforce, quel genre de choses méritent d’être défendues, ou quels objectifs méritent d’être poursuivis pour nous rendre plus forts ?

 

– Pour moi, ça a été de prendre conscience que toute chose dans le monde avait un sens, une place, de savoir que le hasard n’existait pas, cela a déterminé ma démarche, je n’aurai pas accepté de vivre dans un monde incohérent.

 

– Tu vois ce que tu m’as dit hier sur la cohérence était très juste… Mais je ne suis pas sûr d’avoir le courage de donner de la logique dans ce monde sans logique, c’est très révélateur pour moi ce que tu me dis, je m’aperçois que je n’ai jamais accepté de vivre dans un monde illogique…

 

– Oui mais je n’ai pas dit que ce monde était illogique, j’ai dit qu’il fallait comprendre qu’il le semblait parfois…

– En ce moment je fais un chantier pour un vieux, il a la maladie de Parkinson, c’est un boulot pénible, et il s’affirme en faisant mine de participer, mais sa vie n’a jamais rien eu de personnel, il n’est que ce que sa supériorité financière lui a permis d’imposer aux autres, et il saccage systématiquement mon travail en massacrant les enduits.

Le respect que j’ai pour moi-même et mon travail voudrait que je lui dise qu’il n’est bon à rien ?

 

– Peut-être pas dans ces termes mais sans doute lui dire quelque chose qui ressemble à ça oui… mais il y a tellement d’autres possibles.

 

– Oui, c’est vrai, mon anecdote n’a pas beaucoup d’intérêt, je m’y suis embarqué trop vite…

 

– (Sourires), on peut lire plusieurs sens dans ce message, mais on ne lit que celui qui saute aux yeux au moment où l’on se trouve devant…

Oui c’est ça… Peut-être que ce que tu as vu, c’est un message qui te ramène à ta sensibilité, ce vieux avec sa maladie il saccage au lieu de respecter, finalement c’est ce que tout le monde fait.

Ils ont saccagé mon enfance, saccagé mes attentes, saccagé mes élans et mon énergie.

Ils ont saccagé la nature, saccagé mon pouvoir de relation et de communication avec autrui, saccagé ma foi d’enfant …

 

– Oui c’est ça !

 

– Et ils continuent à saccager mon travail…

 

– Sommes-nous pareils Ron ?

 

– (Rires)… Là je parlais pour toi, mais nous sommes pareils en effet sur ce point en tout cas.

Plume d’Eveil – De la souffrance (2)

– Il y a vraiment des choses importantes qui nous font marcher du même pas, le sais-tu ?





– Oui… La souffrance réunit les hommes comme elle réunit les individus des autres espèces. Pour la vie, elle est un signal qui doit être émis et reçu, donc partagé. La douleur d’un individu ne doit pas rester ignorée des autres, si non il y aurait un grand danger pour l’espèce, et la vie dans le sens se séparerait d’elle-même.

Il nous faut la voir, parce que c’est la nature qui se montre à travers elle.

Il nous faut l’entendre, parce que c’est un message du monde à notre vie et à celle de nos enfants. Il nous faut la comprendre, parce que c’est la démarche qui délivre.

Il nous faut la résoudre, parce que c’est notre devoir d’êtres vivants, résoudre les énigmes afin d’aplanir le chemin pour ceux qui nous suivent.

Dis-moi de quoi tu souffres et je te dirai de quoi tu peux guérir.

Dis-moi où tu veux aller, et je te dirai où tu peux t’arrêter.

Dis-moi ce que tu veux me dire, et je te dirai comment te taire.

Dis-moi ce que tu aimes, et je te dirai comment t’oublier.

Dis-moi ce que tu crains et je te raconterai la peur de ne plus connaître la peur.

Dis-moi sur quelle musique tu veux danser, et je te montrerai le sourire de l’enfant.

Dis-moi sur quoi tu veux pleurer, et je pleurerai peut-être pour toi.

Plume d’Eveil – De la souffrance

– Pourquoi dis-tu que tu es heureux de tout ? Tout va-t-il si bien ?

 

– Par pudeur sans doute, ou par je-ne-sais-quoi d’autre, je dis que je suis heureux, mais ça n’a pas de sens. On peut être heureux un instant et de n’importe quoi, et l’instant d’après se souvenir de ces enfants qui meurent le ventre rond mais vide, sous le soleil, les yeux remplis de lassitude sans espoir.

Je suis heureux pleinement oui, le temps d’une seconde, je trouve la vie magnifique, mais la mort aussi. Cette idée de permanence dans l’état de bonheur me semble invraisemblable si l’on ne s’est pas décidé une fois pour toute que rien d’autre ne compte, rien n’a d’importance, sinon cette idée-là. Et pourtant moi qui te parle, j’ai fait cette expérience, je l’ai faite oui. C’est ainsi que je sais que je suis capable d’être un homme insensible, de me fermer aux autres, de ne plus les voir, les entendre. Je suis capable aussi de me fermer à ma chair, de ne pas la sentir souffrir, de passer en dessous du froid et du chaud. Je suis capable de la plus grande solitude, de l’indifférence absolue. Je le sais parce que je l’ai fait, je m’y suis trouvé, parlant avec la mort du temps qu’il fait, l’invitant à jouer aux cartes, blaguant avec elle. Mais je ne veux pas de cela pour moi. Vois-tu cette grande souffrance qui peut nous mener dans cet état de désolation.

Donc comment être heureux ? Une seconde, cet oiseau qui passe et mon cœur sourit, une seconde un visage d’enfant meurtri, un charnier, une fracture dans l’os, une gorge ouverte et toutes ces images qui se bousculent en moi dans une ronde infernale.

Je t’ai dit que j’étais heureux, que voulais-je donc dire en ce moment là ?

Qu’il fallait y croire ? Qu’il fallait continuer ? Que tout allait s’arranger ?

Parce que nous n’étions pas seuls ? Parce que si nous changions une chose en nous, le monde en changerait mille en lui ?

Je ne me souviens plus pourquoi je t’ai dit cela (Rires).

Plume d’Eveil – De la perception (fin du chapitre)

Tressaillement de l’âme

Dans les lueurs irisées

Prise au piège de son doux rêve

 

Papillon déconcerté

Par le goût, le toucher

Ne plus rien reconnaître

Et ce qui ne se connaît pas

Qu’aucun sens ne peut répertorier…

Les synapses s’affolent

 

S’ouvrir encore,

Plonger en cette vue profonde

Mourir et naître

 

A chaque instant, ce jeu-là se fait

Un court instant que nous ne percevons pas

Parfois…

 

Impossible à dire si cela a duré

Si quelque chose de la personne

A investi ce mystère de la vie

 

Alors, le voile en un chant murmuré

Vibre doucement l’air, là devant les yeux

Devant cette âme plus sage, plus posée.