Plume d’Éveil, Du chemin (28)

– Et bien, ce temps-là, s’il vient est bien tard pour moi.

 

– Peu importe. Il viendra quand ce sera juste pour toi, il est au-dessus de ta tête. Tous les temps sont là, au-dessus de nos têtes.

Ce n’est pas nous qui décidons et pourtant c’est un peu nous aussi.

 

– Que veux-tu dire tous les temps sont là ?

 

– Que de gros efforts semblent nécessaires, comme pour accomplir de très longues distances, alors que tout objet est à portée de nous, peu importe l’image.

Je te disais l’autre fois, que nous sommes assis dessus, ça a le même sens.

 

– Il n’y a pas besoin d’effort pour les longues distances, il suffit de se mettre en route chaque matin.

 

– Mais n’oublie pas que chaque matin on peut se voir arriver. Il suffit d’une seconde pour atteindre à toutes les lumières et pourtant peu y arrivent en une vie entière.

Certains y arrivent l’instant du dernier soupir. C’est ainsi.

Plume d’Éveil, Du chemin (27)

– Cette force prend sa source dans le lien qui s’établit par la conscience, le lien qui nous unit à la terre et à l’animal.

*

– Tu penses donc que parce que tu as gardé ce lien vivant en toi, cette force t’a permis de grandir ?

*

– Mais je ne me sens pas particulièrement grand… pas du tout en fait.

*

– Ha, je ne viens pas te flatter là !

*

– Mais je suis tout petit, non je ne me sens pas flatté, je rectifie les choses telles que je les crois justes.

Un homme s’éveille et cela signifie qu’il a conscience de sa rienté.

*

– Je disais grandir, non que tu sois grand. « Grandir », être ce que nous sommes.

*

– Plus un homme se sent petit, plus il semble grandir. Mais cette notion de croissance n’est pas une bonne formulation.

*

– Alors quelle est cette juste attitude qui fait que l’on reste connecté, en toutes circonstances ?

*

– La femme qui a son petit enfant tout près d’elle, même celle qui savait dormir d’un sommeil profond que sa nuit lui paraissait tomber au fond d’un puits, cette femme là ouvrait les yeux au moindre murmure de son enfant, et si par malheur une nuit la fièvre le prenait, elle le sentait et ses yeux s’ouvraient par eux-mêmes, le lien avec son enfant ne laissait pas de place aux mauvaises surprises.

Il ne s’agit point d’un désir, ni celui de grandir, ni celui d’être meilleur, ni celui de marcher vers la lumière, ni celui de perfection, c’est d’instinct qu’il s’agit, l’instinct seul peut nous relier à ce monde dans la qualité et la simplicité

Plume d’Éveil, Du chemin (26)

– Cela se fait.

On ne peut pas mettre les idées au clair, quand on est à l’écoute de soi, il n’y a plus d’idées non claires.

C’est le geste, que l’on dit raté, qui sert le plus d’expérience, c’est celui qui contient le plus de vérité, c’est celui qui nous en dit le plus sur l’état des choses.

Il règle la question des illusions et désillusions.

L’illusion est liée à notre assurance.

Assimiler le passé après l’avoir intégré… tout ce que tu dépasses est constitutif.

Assimiler est en conscience, prêt à être consommé pour de vrai, pour libérer son énergie.

Il faut un certain temps pour assimiler, prendre en soi, c’est devenir… ce que l’on a absorbé.

A quoi servent les repères ou à qui ?

*

– Ben, à l’esprit, je suppose… Je ne suis pas convaincue que cela soit nécessaire.

*

– Oui, c’est certain mais répond comme si c’était une question simple.

*

– Si j’étais convaincue de cette nécessité je te dirais cela me sert à moi.

Comme je n’en suis pas convaincue, je te réponds à l’autre.

*

– Encore plus simple, répond comme un enfant.

*

– A marcher…

*

– A marcher oui, mais sans se perdre, n’est-ce-pas ?

Donc, les repères servent à s’assurer qu’on ne va pas tomber dans un précipice au lieu de rentrer chez soi.

Donc, les repères servent à ceux qui ne peuvent pas être sûrs de leur chemin. Ils ne connaissent pas leur chemin, ne savent pas par où il faut passer.

Les repères cessent d’être utiles à deux catégories de gens, la première, ceux qui connaissent le chemin. La seconde, ceux pour qui n’importe quel chemin est bon.

*

– C’est de ça dont je voulais parler en d’autres mots, question de confiance, en l’intention ?

*

– Bon ben voilà, la question n’existe plus !

*

– Alors pas besoin de repère, puisque tous les chemins sont bons .

*

– Non, tu traduis mal ce que j’ai dit, tu ne peux dire cela que pour toi-même et jamais pour un tiers.

*

– Cela se fait.

On ne peut pas mettre les idées au clair, quand on est à l’écoute de soi, il n’y a plus d’idées non claires.

C’est le geste, que l’on dit raté, qui sert le plus d’expérience, c’est celui qui contient le plus de vérité, c’est celui qui nous en dit le plus sur l’état des choses.

Il règle la question des illusions et désillusions.

L’illusion est liée à notre assurance.

Assimiler le passé après l’avoir intégré… tout ce que tu dépasses est constitutif.

Assimiler est en conscience, prêt à être consommé pour de vrai, pour libérer son énergie.

Il faut un certain temps pour assimiler, prendre en soi, c’est devenir… ce que l’on a absorbé.

A quoi servent les repères ou à qui ?

*

– Ben, à l’esprit, je suppose… Je ne suis pas convaincue que cela soit nécessaire.

*

– Oui, c’est certain mais répond comme si c’était une question simple.

*

– Si j’étais convaincue de cette nécessité je te dirais cela me sert à moi.

Comme je n’en suis pas convaincue, je te réponds à l’autre.

*

– Encore plus simple, répond comme un enfant.

*

– A marcher…

*

– A marcher oui, mais sans se perdre, n’est-ce-pas ?

Donc, les repères servent à s’assurer qu’on ne va pas tomber dans un précipice au lieu de rentrer chez soi.

Donc, les repères servent à ceux qui ne peuvent pas être sûrs de leur chemin. Ils ne connaissent pas leur chemin, ne savent pas par où il faut passer.

Les repères cessent d’être utiles à deux catégories de gens, la première, ceux qui connaissent le chemin. La seconde, ceux pour qui n’importe quel chemin est bon.

*

– C’est de ça dont je voulais parler en d’autres mots, question de confiance, en l’intention ?

*

– Bon ben voilà, la question n’existe plus !

*

– Alors pas besoin de repère, puisque tous les chemins sont bons .

*

– Non, tu traduis mal ce que j’ai dit, tu ne peux dire cela que pour toi-même et jamais pour un tiers.

Plume d’Éveil, Du chemin (24)

L’expérience

L’expérience est à portée de main, car le monde tout à la fois corpusculaire et ondulaire traite avec nous comme nous traitons avec lui chaque seconde, il est là, nous baignons dedans comme il baigne au-dedans de nous.

Suffit d’ouvrir les yeux et de les poser dans un « ailleurs » débarrassé du « moi » pour recevoir l’invitation au spectacle.

Littéralement l’observateur est celui qui observe, mais les choses sont plus compliquées, parce que nous avons désappris à pratiquer l’observation séparément de l’interprétation.

Cette action représente aujourd’hui une véritable grande opération de yoga.

Il n’y a rien à décider une fois qu’on a changé, une fois que nos habitudes nous ont quittés.

Les églises sont faites pour accueillir un Dieu qui n’a trouvé aucune place dans le cœur de l’homme.

Plume d’Éveil, Du chemin (23)

Chaque jour on s’éveille.

Il n’y a pas mille sortes d’expériences.

Il n’y en a qu’une pour tous quel que soit le titre qu’on veut lui donner.

Un être humain peut devenir plus intelligent ou plus bête.

Mais en général quand il devient plus bête il ne s’en aperçoit pas très bien, parce que c’est justement le sens du mot bêtise d’apercevoir moins de chose.

Quand l’être humain devient plus intelligent cela signifie qu’il comprend mieux ce qui se passe en lui comme en tout.

Il ne peut donc que se sentir plus joyeux de cet avantage.

Un point c’est tout ! Le reste est du roman.

Plume d’Éveil, Du chemin (22)

Je pense que dans tous les cas nos corps ne peuvent faire que cela, créer.

Que lorsque je suis un peu plus attentif, j’en aperçois quelques morceaux.

Que lorsque je veux diriger, les choses se créent avec ma participation, en fonction de ce que je suis capable de voir.

Que dans la mort, mon corps se décomposant créera encore des montagnes de choses auxquelles ma volonté ne cherchera pas à se joindre.

Quoi qu’il en soit le « je » se refuse définitivement à porter un jugement, quel que soit ce jugement sur la nature de « ce » qui se crée là. Je crée sans être l’auteur de la création, je me sens pinceau tout au plus et certainement pas peintre.

Le pinceau peut-il se porter en juge de l’œuvre ?

Plume d’Éveil, Du chemin (21)

– Alors l’intériorité, c’est ça, se rendre disponible à …

 

– Oui tout à fait, c’est d’ailleurs le bon terme, la disponibilité, ou la vacance.

 

– Oui, que de mots incompris, et ce ne sont pas histoires de vocabulaire et de définition.

 

– Oui.

 

– Tu sais, ça s’éclaire…

 

– Oui, je comprends et tu ressens quoi ?

 

– De la joie paisible, une grande confiance, une stabilité, un jour tu as dit être dense comme la montagne et surtout je vois cette désespérance qui m’a toujours habitée, disparaître. Ça, je crois que c’était vraiment lié à ce fonctionnement du mental, avec l’appel d’autre chose qui ne pouvait prendre sa place et cela faisait désespérance.

 

– Transformation se fait, et il n’y a aucun raison pour que la conscience s’en détourne.

Chaque moment est un moment de transformation que nous le voulions ou non quelque soit notre volonté. C’est la conscience que l’on en a qui change. Mais décider de changer n’est rien d’autre qu’appliquer son attention à un changement dont la direction est choisie.

Tu es aussi la vie, ton choix est aussi la vie. Ta décision est encore la vie.

Quand on est dans l’illusion c’est qu’on ne peut pas faire mieux pour l’instant.

On ne tarde pas à tomber dans un trou et on prend une claque alors on se redresse vers une autre direction.

Les claques qui sont nécessaires, il n’y a moyen de les éviter tu sais.

Une seule chose peut nous tuer. C’est la suffisance

Plume d’Éveil, Du chemin (20)

– Y-a-t-il quelque chose d’infiniment important à quoi nous devrions rester attentifs à chaque instant ?

Quelque chose qui nous permettrait d’aller en toutes circonstances d’un pas paisible, sans plus connaître cette errance que nous sommes à nous-mêmes ?

 

– Je te dirai : la « vie » ! Michelle.

Mais tu ne te contenteras pas de cette réponse, qui s’en contenterait d’ailleurs ?

Un seul mot de trois lettres, serait-il un jour une réponse ? La réponse à toutes les questions ?

Nous allons dans la vie comme le funambule sur son fil à 300 mètres du sol, sans filet, sans sécurité aucune, si ce n’est nos illusions.

En équilibre sur son fils, la pression de la mort de tous les côtés, à 360 degrés.

Une seule issue pour connaître ce que l’instant d’après nous réserve, avancer tout doucement, délicatement en maîtrisant toutes les tensions nôtres, toutes les forces qui nous frappent et nous poussent vers la chute, vers la fin, vers l’incommensurable peur.

Avancer centimètre après centimètre sans jamais regarder derrière, sans jamais regarder trop loin en avant, de peur que le fil ne disparaisse et qu’on ne sache plus où reposer son pieds.

Et arrive l’inexplicable expérience, par surprise, dans un oubli intense de son petit « soi », le fil n’est plus séparé de nous, de notre souffle, il est l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, ses deux points de fixation ne sont pas ailleurs que dans notre chair la plus profonde.

Et c’est cela que « vivre », écouter notre conservation intime, secrète, avec ce monde au creux le plus profond de notre chair.

 

– Je sais que c’est ainsi que tu vis.

Cette relation, avec le monde, nous la connaissons tous, mais de façon épisodique, et bien souvent de manière inconsciente.

De l’attention, à l’inattention, nous désespérons de ça, et cela entraîne bien de la souffrance, qu’on le reconnaisse ou pas.

 

– Nous allons sans décider de par ce monde Michelle, et il devient inexact de le dire ainsi : « nous allons », nos pensées, nous font aller où elles « veulent ».

En fait, une part de nous « inconsciente », donc indépendante de la volonté de notre « moi » mène une activité intense dans la « pensée générale » sans que nous soyons naturellement invités à profiter du spectacle.

Nous nous rendons compte quelquefois de cette activité souterraine lorsque de petits geysers de surface viennent nous éclabousser les chaussures.

Nous ne sommes donc pas le « capitaine » à bord du navire qui porte comme nom : « penser ». Oui, ce nom n’est pas celui de notre navire mais celui de la mer sur laquelle nous voguons.

Et notre navire n’est pas un vrai navire, mais juste un petit radeau, sur lequel nous avons entassé les quelques petites affaires que nous croyons posséder, mais qui dans les faits réels nous possèdent bien.

Alors, avec tout cela, comment peut-on prendre la direction de nos « choix », de nos « pensées » ?

En quittant la peur qui nous cloue à la surface de notre petit esquif, et en plongeant dans la mer avec l’intention de se transformer en petit poisson.

Un radeau c’est grand à côté d’un petit poisson, mais combien de risques pour lui qui sont inexistants pour le poisson.

 

Plume d’Éveil, Du chemin (19)

L’art

Comme pour le tir à l’arc, au début on se voit par rapport à la cible, entre elle et nous, il y a cet arc qu’on a bien du mal à dominer. On veut atteindre le point central, mais l’arc nous défie, dans sa résistance il défie notre arrogance et notre suffisance, installant en nous toutes les tensions qui surgissent naturellement dès que nous nous fixons un but, et tout but exige des moyens et des connaissances. Et plus on veut faire bien, plus on se tend, plus on se tend moins on domine, arrive l’instant de la décision et l’on explose dans tous les sens sauf vers celui du point visé.

Puis vient le moment où le corps et l’arc se parlent par-dessus notre suffisance, notre orgueil, notre volonté.

Ils font connaissance tous les deux, ils consentent au mariage désormais parce qu’ils ont pris le temps de se connaître, de s’accepter, ceci fait partie de l’art. Vient un autre moment où le mental se détend parce que les noces de l’arc et de notre corps ont installé une paix qui le suspend au-dessus du vide, il oublie même les buts qu’il s’était fixés.

La flèche vole vers le point, guidée par une force invisible, cette force est une émanation produite par les éléments fusionnés, la fusion crée la paix, la paix est la mère du but atteint quand celui-ci a cessé d’exister en tant que tel.