Plume d’Eveil – De la perception (11)

– Voyons-nous les mêmes choses et que vois-tu de moi ?

 

– Comme « voir » est une action qui ne se base pas sur la raison, ce qui est offert par cette ouverture n’est pas du genre à la satisfaire, ce n’est pas ce qu’elle recherche, elle l’évite plutôt. Nous pouvons toujours chercher à signifier ce qui est perçu par « voir » mais en réalité c’est encore chercher à se tromper. L’intellect peut se saisir de quelques informations subtiles lors des sensations et de certains mouvements du corps, mais la quantité saisie est toute petite part de la « connaissance ».

Nous voyons tous par les mêmes processus et positionnement de conscience, mais c’est certain que nous ne voyons jamais les mêmes choses. Car les conditions internes d’un individu sont trop étrangères à celle d’un autre individu, c’est pourquoi chaque « connaissance » nous concerne directement, c’est réellement une « chose » intime.

« Voir » ne concerne pas vraiment les yeux et c’est justement pour cela que ça ne concerne pas non plus la raison, les yeux sont au service de la raison.

Part l’acte de « voir » ce qui est perçu est émanations et non des formes. Un « mouvement » existe pour la raison, il a un sens. Une émanation n’en a presque pas, ou reste toujours très trouble pour elle.

Dans chacun de nos rapports avec ce monde, il y a la volonté de comprendre rationnement et il y a aussi « voir », ces deux-là se font indépendamment l’un de l’autre et n’entrent en choc que si l’intellect veut s’approprier les actions de la « conscience ».

Lorsque nous faisons l’analyse ou la définition de ce qui a pris forme dans la perception d’un objet par l’acte de « voir », nous oublions que le résultat de cette analyse est un appauvrissement profond de cet acte. Parce que « voir » engendre d’autres comportements que ceux induits par la raison au sein de la relation.

 

–  Pourquoi renoncer à vouloir comprendre ? Il me semble que comprendre aide à faire le ménage dans cette confusion qui nous habite, cela ne fait pas des certitudes.

 

–  La certitude est comme un bâton sur lequel on s’appuie et souvent on y accroche des lambeaux de notre vie. Oui, celui qui cherche à comprendre veut se nourrir de certitudes, parce que le doute est source d’inquiétudes. Nous cherchons à comprendre pour nous défaire des peurs, mais nous en créons d’autres au fur et à mesure. Ainsi de nos désirs, sitôt satisfaits de nouveaux apparaissent.

Comprendre n’est pas faire le ménage selon moi, c’est entasser dans la cave. Faire le ménage c’est faire le vide, jeter dehors ce que nous voyons inutile. Nous garderons ce à quoi nous sommes le plus attachés, ou ce qui nous est essentiel pour la survie, mais bien entendu ce sont des illusions, seul l’instant présent est essentiel.

Cependant tu as raison, nous ne pouvons nous passer de vouloir comprendre, c’est encore un paradoxe et comme tous les paradoxes, il ressemble à une paroi bien lisse et fermée. Mais lorsqu’on s’approche, on finit par trouver une faille qui nous introduit dans un espace insoupçonné.

Toute information est en trompe-l’œil, elle n’est que le reflet de ce qui se passe en nous. Il nous faut être funambule et ne pas regarder à droite ou à gauche, seulement devant soi, à courte distance.

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